— Maman, je te présente, — dit Victor en avançant une jeune femme, — voici Aline. Ma fiancée.

Il y a bien longtemps, dans un petit village près de Lyon, une scène mémorable se déroula.

« Maman, fais connaissance, » annonça Louis en présentant une jeune femme. « Voici Élodie. Ma fiancée. »

Anne-Marie, la mère, chancela et sassit à la hâte sur une chaise heureusement placée derrière elle. Son petit Louis, son Louison, semblait un enfant comparé à cette femme qui se tenait là, mâchant du chewing-gum, les mains enfoncées dans les poches de son jean.

« Salut, » lança Élodie, lair sûr delle, sans même ôter ses mains de ses poches.

« Bonjour toi, » bredouilla Anne-Marie, stupéfaite. « Depuis quand ? Comment ? »

« Mman, tout va bien ! » Louis enleva ses chaussures et fit un signe à Élodie pour quelle en fasse autant. « On va vivre chez Élodie, hein, ma chérie ? »

« Ouais, » approuva-t-elle, continuant à mastiquer bruyamment.

« Mon fils, un mot en privé ? » Anne-Marie se leva et se dirigea vers la cuisine.

« Parlez devant moi, » déclara Élodie en sinstallant dans le fauteuil, croisant les jambes et saisissant la télécommande pour zapper. « Louison et moi navons pas de secrets. Pas vrai, mon petit éléphant ? »

« Cest vrai, mman, » confirma Louis, rougissant.

Anne-Marie reprit son souffle. « Mon fils, es-tu certain quelle te convient ? Elle a au moins dix ans de plus que toi. »

« Huit ! » rectifia Élodie. « Et ça na aucune importance. Vous avez quelque chose contre moi ? Je suis une femme indépendante, accomplie »

« Justement ! Une femme ! Et mon fils na que vingt ans ! » sexclama Anne-Marie, se prenant la tête entre les mains.

« Eh bien, quelquun devait bien en faire un homme, puisque personne ny est parvenu jusquici, » ricana la fiancée.

Anne-Marie resta bouche bée, comme une carpe hors de leau.

« Mman, » reprit Louis, qui sétait tu jusqualors, « on est venus pour te demander de largent pour le mariage. »

« Et en quoi cela me concerne-t-il ? » rétorqua la mère, sidérée par laudace de sa future belle-fille.

« Comment ça ? » sétonna Élodie. « Depuis toujours, cest aux parents du marié de payer la noce. Mes parents sont du même avis. »

« Bien sûr ! » sécria Anne-Marie. « Cest très commode ! Vous vous débarrassez dune vieille fille et en plus, vous réclamez de largent ? Cest à vous de me payer pour avoir pris mon petit ! Pas un sou ! »

Elle coupa court dun geste ferme.

« Comme tu voudras, » dit Élodie en se levant, un sourire narquois aux lèvres. Elle sapprocha de sa future belle-mère. « Reste donc avec tes vieilles idées, ma pauvre. Viens, mon éléphant, on se débrouillera sans elle ! »

Elle sortit dans le couloir et ouvrit la porte dentrée. Louis la suivit en jetant un dernier regard plein despoir à sa mère, mais celle-ci détourna la tête.

« Pourquoi lappelles-tu “éléphant” ? » demanda-t-elle enfin.

« Parce quil a de grandes oreilles ! » cria Élodie depuis la porte avant de pousser son fiancé dehors.

« Au revoir, mman ! » parvint encore à dire Louis avant que la porte ne claque.

Anne-Marie éclata en sanglots, sassit à la table de la cuisine et noya son chagrin dans des gaufres. Jamais elle naurait cru que son fils, si doux et sensible, tomberait entre les griffes dune telle harpie.

« Ses oreilles sont parfaitement normales, » murmura-t-elle entre deux sanglots.

Dehors, Élodie gratta sa nuque. « Alors, on fait quoi ? On na pas les moyens de louer une salle, dengager un traiteur et un animateur. Mes parents ne veulent pas non plus mettre la main à la poche. »

« Et si on célébrait à la maison de campagne ? Ensuite, on partirait en voyage, » suggéra Louis plein despoir.

Élodie lui donna une tape amicale sur lépaule. « Pourquoi ne pas lavoir dit plus tôt ? Va demander les clés à ta mère. Moi, je tattends ici pour ne pas effrayer la pauvre femme avec mon modernisme. »

À peine Anne-Marie sétait-elle calmée que la sonnette retentit à nouveau.

« Qui donc vient mimportuner ? » grogna-t-elle en allant ouvrir.

Cétait Louis, seul cette fois.

« Elle ta quitté ? » sexclama-t-elle, ravie.

« Mman, voyons ! On saime. »

« Alors, que veux-tu ? » demanda-t-elle, déçue.

« Les clés de la maison de campagne pour la noce, » répondit-il dun ton cajoleur.

« Jamais ! Vous allez tout saccager ! Et qui nettoiera après ? »

« Promis, on sen occupera ! Tout le monde aidera. Tu veux bien que je sois heureux, non ? »

Anne-Marie sétrangla avec son verre deau.

« Cest justement ton bonheur qui mimporte ! Pas cette mascarade ! »

« Je suis heureux avec Élodie, mman. Elle est formidable. »

Anne-Marie soupira. « Je nen ai pas limpression. Mais bon, que puis-je faire ? »

Elle alla chercher les clés et les lui tendit. « Mais je veux que tout soit impeccable après. »

« Tu es en or, mman ! » sexclama Louis en lembrassant avant de filer.

Dehors, il brandit les clés triomphalement.

« Bravo, mon chou, » dit Élodie en crachant son chewing-gum et en lembrassant fougueusement.

Anne-Marie fut invitée au mariage, ce qui la surprit.

« Comment vais-je faire bonne figure ? » se lamenta-t-elle auprès de sa voisine. « Jai envie de la noyer dans la salade, et je devrai sourire, les féliciter, porter un toast à leur bonheur. »

« Ne ten fais pas, » rétorqua la voisine. « Les jeunes sont volages. Aujourdhui mariés, demain divorcés. Ma fille en est à son troisième mariage. Limportant, cest de ne pas avoir denfants. »

« Mais alors, à quoi bon se marier ? » sétonna Anne-Marie.

« Chacun ses raisons, » haussa les épaules la voisine.

Le jour du mariage fut ensoleillé et doux.

« Quelle chance avec la météo ! » sexclamèrent les invités, une trentaine en tout. Les parents dÉlodie, guindés et dignes, arrivèrent en grande pompe. La mère dÉlodie, effarouchée par la campagne, se plaignait des insectes. Son mari, après quelques verres de cognac, perdit toute retenue et flirta avec les amies de la mariée.

« Qua-t-elle trouvé en lui ? » geignit la mère dÉlodie auprès dAnne-Marie. « Elle avait tant de prétendants ! Des sportifs, des hommes daffaires »

« Moi non plus, je ne suis pas enchantée par votre fille, » répliqua Anne-Marie en séloignant.

La fête battait son plein, mais Anne-Marie ne cessait de salarmer. Les invités piétinaient son potager, utilisaient son bois de chauffage pour le barbecue, et certains se soulageaient derrière les arbres.

« Les toilettes sont par là ! » leur cria-t-elle, désespérée.

La noce dura jusquà laube. Le jardin était jonché de déchets, et quelques invités dormaient à même le sol. Au petit matin, Anne-Marie trouva une enveloppe oubliée par les mariés, pleine dargent.

« Tant dargent pour des gens si négligés, » murmura-t-elle avant dappeler une entreprise de nettoyage.

« Bon voyage, mes enfants, » sourit-elle en sirotant son café, lenveloppe à portée de main.

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