– Tu m’as pris mon fils, et je te prendrai tout – déclara la belle-mère

Tu mas pris mon fils, et je te prendrai tout à mon tour murmura la belle-mère dune voix glaciale.

Élodie, tu es debout si tôt ? sétonna Jacqueline en sortant de sa chambre, les cheveux en désordre. Il est à peine six heures et demie.

Jai une réunion imprévue ce matin, répondit Élodie en enfournant des dossiers dans son sac à main. Le patron veut avancer le briefing.

Jacqueline traîna ses pantoufles jusquà la cuisine et se mit à remuer les casseroles avec fracas. Élodie tenta de filer vers la porte, mais en vain.

Et le petit-déjeuner ? Tu veux que mon Thibault parte le ventre vide ?

Thibault a trente-deux ans, il est capable de se faire un café tout seul, répliqua Élodie en enfilant son manteau.

Ah, voilà comment tu vois les choses ! Jacqueline se planta devant elle, les mains sur les hanches. De mon temps, une femme digne de ce nom soccupait de son mari.

Élodie retint un soupir. Depuis six mois que Jacqueline vivait sous leur toit, après sa convalescence, chaque matin ressemblait à un tribunal domestique.

Jacqueline, Thibault et moi partageons les tâches. Cest comme ça quon fonctionne.

Fonctionner ? Mon fils a maigri depuis votre mariage ! lança-t-elle en tapotant une casserole avec une cuillère.

Élodie serra les dents. Discuter avec Jacqueline était aussi futile que de parler à un mur.

Je suis en retard. Réveillez Thibault à huit heures, sil vous plaît.

Bien sûr que je le réveillerai. Moi, au moins, je sais ce quest le devoir.

Au bureau, Élodie ne parvenait pas à se concentrer. Sa collègue Camille remarqua son air absent.

Quest-ce qui ne va pas ? On dirait que tu as passé la nuit dans un champ de bataille.

Cest Jacqueline. Toujours les mêmes reproches. Je ne cuisine pas assez bien, je nettoie mal, je parle mal à son fils

Et Thibault, il ne dit rien ?

Il trouve des excuses. *Elle est fragile, elle sinquiète*

Elle est chez vous pour combien de temps encore ?

Aucune idée. Les médecins ont dit quelle pouvait vivre seule, mais Thibault a peur de la laisser partir.

Camille haussa les épaules.

Bon courage. Moi, je ne supporte pas ma belle-mère, alors vivre avec elle

Le soir, en rentrant, Élodie sentit lodeur du boeuf bourguignon. Thibault, affalé sur le canapé, regardait un documentaire.

Salut, mon coeur. Ta journée sest bien passée ?

Correcte. Quest-ce quil y a à dîner ?

Maman a fait son bourguignon, il est excellent. Il en reste dans la cuisine.

Élodie trouva une assiette avec trois morceaux de viande et une pomme de terre.

Cest tout ?

Jacqueline se retourna, un torchon à la main.

Je pensais que tu surveillais ta ligne. Tu te plains toujours de tes jeans trop serrés.

Je nai jamais dit ça.

Bien sûr que si. Je fais attention à toi, ma chérie.

Thibault, appelé en renfort, revint de la cuisine avec un haussement dépaules.

Cest une portion normale.

Pour une souris, peut-être ! Jai travaillé toute la journée, et je dois me contenter de ça ?

Maman ! cria-t-il vers la cuisine. Pourquoi si peu ?

Chéri, je croyais quÉlodie ne voulait pas trop manger. Elle parle tout le temps de régime.

Tu vois ? dit Thibault en se tournant vers sa femme. Elle pensait à toi.

La colère monta en Élodie.

Elle fait exprès. Cest tous les jours la même comédie.

Arrête. Maman est une femme bonne.

Avec toi, oui. Avec moi, elle me traite comme une servante maladroite.

Des sanglots séchappèrent de la cuisine. Thibault bondit.

Tu vois ce que tu as fait ? Elle est fragile !

Et moi, je suis en acier, peut-être ?

Mais il était déjà parti consoler sa mère.

Plus tard, Thibault revint, lair contrit.

Désolé. Maman se sent de trop ici.

Elle a raison.

Élodie !

On est un jeune couple, on veut notre intimité. Mais avec elle, cest comme vivre sous surveillance.

Elle ne surveille pas, elle prend soin de nous.

En critiquant chaque chose que je fais ?

Il sassit près delle.

Tiens bon encore un peu. On lui trouvera un appartement près dici.

Quand ?

Bientôt. Je te le promets.

Le lendemain, en rentrant plus tôt, Élodie entendit Jacqueline chuchoter :

Thibault, ta femme est jeune, naïve. Mais ma patience a des limites.

Maman, Élodie est une bonne épouse.

Une bonne épouse ? Regarde comme tu as maigri ! Et ce caractère Toujours à râler.

Élodie entra, feignant lignorance.

Bonsoir. Je pensais préparer le dîner.

Inutile, jai fait une blanquette, le préféré de mon fils.

À table, Jacqueline demanda soudain :

Tu as des projets ce week-end ?

Non, pourquoi ?

Jai besoin que Thibault maccompagne à lhôpital. Des analyses à faire.

Bien sûr, maman.

Parfait. Je me demandais si Élodie avait prévu de te monopoliser.

Le ton était doux, mais le regard triomphant.

Cette nuit-là, Thibault avoua :

Maman a dit que notre mariage était peut-être une erreur.

Élodie se redressa.

Et toi, tu as répondu quoi ?

Que nous nous aimions.

Elle veut me détruire.

Elle sinquiète, cest tout.

Le lendemain, Thibault travaillant à la maison, il constata les manigances de sa mère.

Tu avais raison, admit-il le soir. Elle ne cesse de dire du mal de toi.

Et alors ?

Je lui ai dit que personne ne simmiscerait entre nous.

Sa réaction ?

Elle a pleuré. Ma accusé de la trahir.

Le matin suivant, la dispute éclata.

Tu mas volé mon fils, et je te volerai tout ! hurla Jacqueline en apercevant Élodie.

Quest-ce que “tout” ? demanda calmement Élodie.

Tu verras. Je sais comment briser les petites intrigantes comme toi.

Vous me menacez ?

Je te préviens. Mon fils vivra comme je lentends. Sinon, tu le regretteras.

Thibault intervint, mais Jacqueline quitta la cuisine en claquant la porte.

Plus tard, une amie appela Élodie :

Ta belle-mère a appelé ma mère. Elle posait des questions sur toi. Tes fréquentations, si tu avais des problèmes

Ce soir-là, pendant le dîner, Jacqueline glissa :

La voisine a une belle-fille qui boit et bat son mari. Heureusement, mon fils a épousé une femme bien.

Son regard disait : *Je peux inventer pire sur toi.*

Dans la cuisine, plus tard, Jacqueline chuchota :

Jai parlé à une ancienne camarade de classe. Elle ma raconté comment tu tétais saoulée au bal de fin dannée.

Et alors ?

Rien. Mais Thibault ignore ça. Jusquà quand ?

Cétait il y a dix ans !

Une traînée qui a ensorcelé mon fils. Je connais ton genre.

Thibault entra.

Tout va bien ?

Parfaitement, sourit Jacqueline. On parlait de recettes.

Cette nuit-là, Élodie comprit que la guerre était déclarée. Jacqueline ne reculerait devant rien.

Et elle ne savait pas comment gagner.

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– Tu m’as pris mon fils, et je te prendrai tout – déclara la belle-mère
J’ai hérité d’une beauté singulière