**Journal intime Valérie**
*Cher journal,*
Papa Océane a demandé que nous ne venions pas à son mariage. Elle dit quelle aurait honte de ses parents campagnards. Comment est-ce possible, mon Dieu ? Jattendais tellement ce jour, voir ma fille sunir à lhomme quelle aime. Et maintenant, elle a honte de nous
Hier, elle ma appelée, excitée : « Maman, Victor ma demandée en mariage, tu te rends compte ? Jen ai toujours rêvé ! »
Jétais si heureuse pour elle. Notre Océane, si belle, si intelligente. Nous lavons toujours soutenue. Après le lycée, elle rêvait dintégrer une école de mannequinat avec son physique, elle avait tout pour réussir.
Mais il fallait de largent. Papa a vendu les vaches et les cochons, juste ce quil fallait pour les frais de scolarité. Océane revenait rarement au village, happée par la vie parisienne. Elle a commencé à gagner sa vie grâce à des shootings et des défilés. Nous étions fiers de la voir indépendante.
Victor était le fils unique dun grand patron, habitué à ne manquer de rien. Océane ne nous a jamais présentés à ses beaux-parents, ni même invités en ville. Elle disait : « On na pas le temps, maman, notre vie est si remplie, on voyage souvent. »
Je travaille comme femme de ménage à lécole, et je montrais fièrement ses photos à mes collègues.
« Valérie, pourquoi Océane ne présente-t-elle jamais son fiancé ? Elle a honte, peut-être ? »
« Mais non, Alline, elle nous aime, son père et moi. »
« Ça fait si longtemps quelle nest pas venue Elle appelle souvent ? »
« La semaine dernière, elle ma annoncé son mariage. Il faut quon trouve largent pour un cadeau et des habits convenables. »
***
« Océane, quand viendras-tu avec Victor nous présenter ? Ton père a préparé son fameux coq au vin, il aimerait le partager avec son futur gendre. »
« Maman, arrête, il ne boit pas. On na pas le temps de venir, on prépare le mariage, il y a tant à faire. »
« Mais la date, ma chérie ? Nous devons aussi nous préparer. »
« Maman Écoute Ne venez pas au mariage. Tu comprends, Victor vient dune famille riche, tout le gratin sera là, et vous Ça sent toujours la ferme avec papa. Tu imagines le contraste ? Vous avez lair de paysans, et vous ne savez pas vous tenir en société. À ma place, comment te sentirais-tu ? »
« Daccord, ma fille. Tu ne nous verras pas. »
Comment lui annoncer à Philippe ? Il attendait ce jour avec impatience, voir sa princesse en robe de mariée, lui souhaiter bonheur. Les murs de la maison étaient couverts de ses photos, il se souvenait de chaque date, chaque souvenir.
« Philippe Océane ne veut pas quon vienne Elle a honte de nous. »
Il est devenu blême. Je lui ai donné un verre deau et ses médicaments son cœur était fragile.
« Ne ten fais pas, mon chéri On nira pas, ce nest pas grave. »
Cette nuit-là, jai dû appeler les urgences. La douleur était trop forte.
« Écoute, Valérie, on ira quand même ! On a bien le droit de la féliciter ! »
Je ne voulais pas, mais je savais quil nécouterait pas. Trouver la date et la salle fut simple Victor était une personnalité, tout était en ligne. Jai demandé à une collègue de chercher, nous navons pas internet à la maison.
Jai emprunté une robe élégante à une amie, acheté un costume neuf à Philippe, et nous sommes partis pour Paris.
Quand nous sommes entrés dans la salle, la fête battait son plein. Discrètement, un bouquet à la main, nous avons attendu. Quand lanimateur a demandé qui voulait féliciter les mariés, Philippe sest exclamé : « Nous ! »
« Victor et Océane, nous vous souhaitons une longue vie heureuse, et que vos enfants noublient jamais leurs racines, quils honorent leurs parents et nen aient jamais honte. À votre santé ! »
Il a posé les fleurs sur leur table, ma prise par la main, et nous sommes partis.
Victor, interloqué, a rattrapé Philippe :
« Mais qui êtes-vous ? Océane ma dit quelle navait plus de famille. »
« Nous sommes ses parents. Elle a menti pour ne pas avoir honte. »
« Je suis désolé Je ne savais pas. Restez, sil vous plaît. »
« Non, nous ne gâcherons pas son jour. »
Trois mois ont passé. Pas un appel.
Ce matin, jétendais le linge quand un taxi sest arrêté. Océane en est sortie, une valise à la main.
« Maman, salut. Tu nes pas contente de me voir ? »
« Bonjour. Pourquoi es-tu là ? »
« Comment ça ? Je rentre à la maison. »
« À la maison Je vois. »
« Papa est là ? »
« Il est au cimetière. »
« Cest une blague ? »
« Non. Tu nous avais enterrés de ton vivant, mais lui, il est vraiment parti il y a deux mois. Ta trahison lui a brisé le cœur. Et je ne te pardonnerai jamais. Tu mas pris mon mari et ma fille. Pars. »
Elle est entrée dans la maison. Tout était silencieux. Le lit de papa avait disparu. Ses photos aussi. Comme si elle navait jamais vécu ici.
« Maman, je ne pouvais pas venir plus tôt Victor et moi étions aux Maldives, il ny avait pas de réseau. Il ma quittée à cause de mes mensonges. Et maintenant Je pars à létranger, une agence mattend. Le monde est vaste. »
« Vis ta vie, Océane. Adieu. »
La porte sest refermée. Elle est partie.
Je suis rentrée et jai pleuré. Que sest-il passé ? Elle était si douce, autrefois Mais je nai plus de fille. Mieux vaut la solitude quune enfant pareille.
*Valérie*






