Et Victoria sentendait bien mieux avec ma mère, tu sais
Écoute, si je commence à te dire en quoi mon ex était meilleur que toi, on va tous les deux avoir honte. Enfin, moi, je ne suis même pas sûre coupa sèchement Anaïs en frottant la table de la cuisine avec énergie. Si vous vous entendiez si bien tous les deux avec Victoria, pourquoi tu las quittée, alors ?
Victor lui tourna le dos, vexé, et regarda par la fenêtre dun air sombre.
Tu connais lhistoire
Je la connais, oui. Alors épargne-moi tes histoires de “petite Victoria”, rétorqua Anaïs. Sinon, je deviendrai ta prochaine ex.
Anaïs était prête à prendre des mesures radicales. Elle avait rencontré Victor il y avait presque un an, dans un groupe damis communs. Elle connaissait même cette fameuse Victoria, de loin. Cest elle qui avait amené Victor. Puis, quelques mois plus tard, elle avait disparu sans laisser de traces.
Un soir, un peu ivre, Victor lui avait avoué lavoir quittée après lavoir surprise en train de le tromper. Il avait même versé une larme. Sur le moment, Anaïs avait trouvé ça touchant : un homme qui na pas peur de montrer ses sentiments, qui tient à lamour. Quelque chose en elle avait cliqué, lenvie de le réconforter.
Aujourdhui, elle comprenait que ce “quelque chose” était sans doute son instinct maternel, pas un intérêt amoureux. Mais sur le coup, ça avait suffi pour quune relation se noue entre eux.
Au début, tout était beau. Il venait la chercher après le travail, la raccompagnait chez elle, lui envoyait des messages doux chaque jour, lui demandait si elle sétait bien couverte. Anaïs se sentait choyée.
Le premier signal dalarme avait été un message de Victoria.
Salut. Écoute, jai entendu que tu sortais avec Victor. Ce nest pas mes affaires, mais fais attention avec lui. Lui et sa mère, cest un duo inséparable.
Anaïs avait pris note, sans plus y penser. Lamour surmonte bien pire, non ? Après tout, si ça navait pas marché avec une femme, ça ne signifiait pas que ce serait pareil avec une autre.
Salut. Je pense quon gérera. Mais merci quand même pour lavertissement, répondit-elle.
Elle navait pas envie de poursuivre la conversation. Ça lui semblait malhonnête envers Victor.
Lui, en revanche, navait aucun scrupule à bousculer son confort.
Quand sa mère, Marguerite, était arrivée chez eux sans prévenir, Anaïs avait fait bonne figure. Peut-être quils ne réalisaient pas à quel point cétait gênant. Sans doute que Marguerite sinquiétait pour son fils et voulait voir avec qui il vivait.
Anaïs avait envoyé Victor laccueillir, sétait habillée à la va-vite, avait attaché ses cheveux en queue-de-cheval et était sortie, encore ensommeillée et les yeux cernés, pour rencontrer sa future belle-mère. Celle-ci était déjà en train dinspecter les tiroirs du salon.
Tout est en désordre, remarqua Marguerite avec un sourire condescendant. Bientôt, vous ne retrouverez plus vos chaussettes. Anaïs, après le petit-déjeuner, je vais tapprendre à plier le linge correctement.
Pas un “bonjour”. Anaïs était sidérée. Quune étrangère fouille ainsi dans ses affaires, chez elle, lui semblait dune impolitesse rare. Mais répondre par la rudesse en début de relation nétait pas une bonne idée. Elle serra les dents.
Oh, ma pauvre, tes cernes ! continua Marguerite, compatissante. Tu devrais faire des masques au concombre. Ou mieux, vérifier tes reins. Une de mes amies
Anaïs souriait, hochait la tête, faisait semblant de sintéresser aux problèmes de santé dinconnues. En réalité, elle ne rêvait que dune chose : retourner au lit. Il était huit heures du matin. Un dimanche. Elle sétait couchée tard exprès pour faire la grasse matinée.
Raté.
La visite de Marguerite dura jusquau soir. Anaïs essuya une avalanche de critiques et de conseils sur larrosage des plantes, le nettoyage de la baignoire, et même le polissage des cuillères. Elle eut droit à une démonstration pratique. Elle était épuisée. Et pendant tout ce temps, Victor ne fit rien pour laider ou pour signaler à sa mère quils avaient besoin de repos.
Dis-moi, ta mère est toujours aussi envahissante ? demanda prudemment Anaïs avant de dormir.
Elle nétait pas contre une famille proche, mais elle avait besoin dun peu despace.
Bah, oui. Et alors ? Elle veut juste se lier damitié, répondit Victor en haussant les épaules. Avant, Victoria et moi vivions chez elle, cétait animé. Maintenant, elle sennuie.
Jespère quon ne vivra pas à trois soupira Anaïs.
Quel est le problème ? Tu naimes pas ma mère ? sénerva Victor. Victoria sentendait très bien avec elle.
Anaïs se tut. Victoria avait huit ans de moins quelle et adorait flatter les gens. Bien sûr quelles sentendaient. Elle devait connaître toutes les amies de Marguerite par leur prénom et leurs problèmes de santé, repassait le linge à la perfection et cuisinait selon les recettes de sa belle-mère.
Mais Anaïs navait pas signé pour ce bonheur-là. Elle avait assez vécu pour savoir une chose : moins les autres simmiscent dans un couple, mieux cest. Mais Victor ne partageait pas cet avis.
Ma mère est très sociable. Elle sentend avec tout le monde.
“Oui, sauf que tout le monde napprécie pas”, aurait voulu répondre Anaïs. Elle se retint.
Les choses empirèrent. Marguerite revint le lendemain, encore tôt. Cette fois, elle inspecta le frigo.
Des œufs de poule ? Je ne cuisinais que des œufs de caille pour Victor, cest mieux pour les hommes, déclara-t-elle dun ton doctoral. Et vos étagères sont sales Vous mangez ce qui est dedans, quand même. Anaïs, il faudrait les nettoyer
“Je ne mange pas directement sur les étagères”, pensa Anaïs.
Je le ferai plus tard, Marguerite, promit-elle. On voulait se reposer aujourdhui. Cest dimanche
Victor, quant à lui, dormait paisiblement pendant quAnaïs jouait les hôtesses.
Justement ! Le dimanche, cest fait pour cuisiner et faire le ménage, trancha Marguerite. Prends ton éponge et ta serpillière. Dimanche prochain, je tapprendrai à faire la tourte à la viande, comme Victor ladore. À se lécher les doigts !
Anaïs se figea, les bras croisés. Elle nallait pas se laisser commander comme ça deux jours de suite.
Marguerite, peut-être pourriez-vous mappeler avant de venir ? Comme ça, je pourrais vous dire si jai des projets.
Téléphoner ? Je nai plus le droit de rendre visite à mon fils ? rétorqua Marguerite, offensée.
Bien sûr que si. Mais votre fils vit avec une femme maintenant. Ce serait bien quon tienne compte des sentiments de chacun.
Victoria navait pas ces problèmes, fit remarquer Marguerite en grimacant.
La mère de mon ex ne débarquait pas chez moi à laube non plus, répliqua Anaïs. Et elle mapportait des tartes aux cerises. Délicieuses. Vous voulez la recette ?
Marguerite changea de visage. Son front se plissa, une lueur de colère dans les yeux.
Réfléchis





