Quand tu achèteras ton propre appartement, alors tu y logeras qui tu voudras ! Mais pour l’instant, dégage d’ici avec ta sœur !

Quand tu auras ton propre appart, tu y mettras qui tu voudras ! En attendant, dégage dici avec ta sœur !

Élodie avait toujours considéré son deux-pièces au septième étage comme une forteresse. Pas la plus grande, ni la plus luxueuse, mais bien à elle. Chaque mètre carré avait été gagné à force de nuits blanches dans son agence de design, chaque meuble choisi avec soin et goût. Les serviettes immaculées dans la salle de bain étaient alignées par taille, les produits de beauté sur létagère rangés en rangs serrés, et les robes dans le placard triées par nuances du clair au foncé.

Thibaut était entré dans sa vie en novembre, quand les premiers flocons dansaient derrière la vitre. Grand, avec des cheveux brins ébouriffés négligemment et un sourire qui lui coupait les jambes. Ils sétaient rencontrés dans un café de Montmartre il avait bousculé sa table en passant, renversant son café sur son chemisier blanc.

Pardon, je suis un vrai empoté, avait-il marmonné en lui tendant des serviettes. Laissez-moi au moins payer le pressing.

Le chemisier nétait jamais revenu blanc, mais peu importait. Thibaut était photographe, spécialisé dans les mariages et les séminaires dentreprise, et vivait dans un studio miteux en banlieue. Il parlait de ses projets avec une passion qui la captivait pendant des heures.

Les premiers mois avaient filé comme un rêve. Thibaut venait presque tous les soirs avec des fleurs ou une boîte de macarons. Ils cuisinaient, regardaient des films, faisaient des projets. Élodie se sentait heureuse, comme si elle avait enfin trouvé la pièce manquante de son puzzle.

En février, alors quune tempête de neige faisait rage dehors, elle lui avait proposé demménager.

Pourquoi payer ce trou à rats ? avait-elle dit en lenlaçant dans la cuisine. Il y a de la place pour deux ici.

Thibaut avait dabord résisté, parlant dindépendance et de ne pas vouloir être un poids, mais avait fini par accepter. Il était arrivé en mars avec deux valises et son matériel photo.

Le premier mois avait été idyllique. Thibaut faisait des efforts pour ne pas tout laisser traîner, aidait un peu au ménage pas aussi méticuleusement quelle, mais elle mettait ça sur le compte des hommes. Elle rattrapait en silence, rangeant les assiettes mal lavées, repliant les serviettes de bain tordues.

Seul détail qui la chiffonnait : Thibaut navait jamais proposé de participer aux charges ou même aux courses. Quand elle abordait le sujet, il rigolait ou évoquait ses clients en retard de paiement. Elle ne insistait pas après tout, lappart était à elle, et elle pouvait bien lassumer seule.

Mais mi-avril, tout avait changé.

Élodie rentrait dune journée éprouvante un client avait rejeté sa troisième maquette de site en exigeant quelque chose de « plus disruptif », et son patron lui avait glissé une allusion aux heures sup non payées. Elle ne rêvait que dun bain chaud et dun verre de vin.

En pénétrant dans lappartement, elle sétait figée. Des voix lui parvenaient du salon celle de Thibaut, et une autre, féminine. Il navait pas prévenu de visite.

Dans le salon, une inconnue dune vingtaine dannées était vautrée sur son canapé beige, en pyjama fleuri pas vraiment une tenue pour recevoir. Elle se vernissait les ongles en rose fluo tout en regardant un feuilleton brésilien.

Salut, avait lancé linconnue sans lever les yeux. Tes Élodie, non ? Moi, cest Léa, la sœur de Thibaut.

Élodie était restée plantée là, sidérée. Thibaut navait jamais parlé de sa sœur en détail juste une mention comme quoi elle vivait en banlieue lointaine.

Élo, te voilà ! Thibaut avait surgi de la cuisine avec une tasse de thé, lair vaguement coupable mais souriant. Je te présente Léa, ma petite sœur. Je ten ai parlé, non ?

Vaguement, avait répondu Élodie sèchement. Elle fait quoi ici ?

Thibaut avait posé la tasse sur la table basse et enlaçait ses épaules.

En fait, elle a un souci avec son logement. Sa proprio veut récupérer lappart pour son fils qui rentre de létranger. Elle avait nulle part où aller, alors je lui ai proposé de rester ici. Juste quelques jours, le temps de trouver.

Élodie avait senti un froid lenvahir. « Ici » ? Cétait son appartement, son territoire. Personne navait le droit dy inviter qui que ce soit sans son accord.

Je vois, avait-elle dit en maîtrisant sa voix. Tu pouvais pas me demander avant ?

Allons, Élo, avait-il haussé les épaules. Cétait une urgence. Je pouvais pas la laisser à la rue.

Léa avait enfin levé les yeux de ses ongles et toisé Élodie.

Tinquiète, je serai discrète. Je prends pas de place, et je fais pas de bruit.

Son ton faussement détendu avait irrité Élodie plus que son intrusion même.

Daccord, avait-elle cédé, évitant un clash immédiat. Pour combien de temps ?

Deux-trois jours max, avait répondu Léa en haussant les épaules. Je cherche déjà.

Thibaut avait souri, soulagé, et lavait embrassée sur la joue.

Tu vois, ça va sarranger. Je te fais un thé ?

Dans la cuisine, Élodie avait découvert une pile de vaisselle sale et des miettes sur la table. Sur la plaque, une casserole de soupe à loignon celui quelle avait préparé la veille pour deux jours.

Thibaut

Mmm ?

Cest mon soupe ?

Euh ouais, désolé. Léa avait faim, et y avait rien dautre. Jirai faire les courses demain.

Elle avait hoché la tête, bouillonnant intérieurement. Elle sétait tue par éducation. Mais chaque minute renforçait son agacement.

Ce soir-là, au lit, elle avait craqué.

Thibaut, cétait hyper soudain.

Quoi donc ?

Ta sœur. Tu aurais pu me prévenir.

Il sétait assis sur le lit et lui avait pris les mains.

Je sais que cest pas idéal. Mais je pouvais pas la laisser tomber. Elle ma appelé en larmes ce matin.

Je dis pas de la laisser tomber. Je dis : me consulter. Cest mon appart, Thibaut.

Notre appart, avait-il rectifié. On vit ensemble, non ?

Mais cest moi qui paie tout.

Il avait froncé les sourcils.

Et donc ? Tu vas me le rappeler à chaque dispute ?

Je rappelle rien. Je veux juste quon prenne ce genre de décisions à deux.

La prochaine fois, je te demanderai. Mais là, cest trop tard. Deux jours, okay ?

Le lendemain, Élodie était partie tôt au travail pour éviter Léa. Mais le soir, même scène : la sœur en pyjama, les yeux rivés sur la télé, croquant une pomme celles quÉlodie réservait pour son dessert.

Alors, ta journée ? avait lancé Léa.

Correcte. Tu as trouvé un logement ?

Pas encore. Mais je cherche. Jai des visites demain.

Son ton léger, comme si elle planifiait un weekend, avait exaspéré Élodie. Elle sétait réfugiée dans la chambre.

Deux jours plus

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Quand tu achèteras ton propre appartement, alors tu y logeras qui tu voudras ! Mais pour l’instant, dégage d’ici avec ta sœur !
Il a choisi sa carrière plutôt que moi