LES PARENTS EN CHAUDES CHARANTAISES REFUSÉS À LA CÉRÉMONIE DE REMISE DES DIPLÔMES — MAIS LORSQUE LE PUBLIC A DÉCOUVERT QUI ILS ÉTAIENT, LA SALLE ENTIÈRE EST DEVENUE SILENCIEUSE

LES PARENTS EN CHARANTAISES INTERDITS À LA REMISE DES DIPLÔMES JUSQUÀ CE QUE LON DÉCOUVRE QUI ILS SONT, ET TOUT LAMPHITHÉÂTRE RESTA BOUCHE BÉE

Ils étaient venus tout droit du fin fond de la Bretagne. Les mains burinées par les années passées à traire les vaches et à retourner la terre témoignaient dune vie de labeur. René portait sa chemise préférée déjà bien passée à la machine, délavée et repassée à lancienne. Paulette, elle, avait mis sa robe bleu marine, qui avait dû connaître la cloche du mariage dargent.

Mais le détail qui frappait surtout : tous les deux portaient de sobres charentaises.

« Maman, Papa, venez, on va entrer ! » lança Amélie, gonflée de fierté.

À lentrée de la grande salle de la Sorbonne, ils furent stoppés net par Mme Dupinet, maîtresse de cérémonie et talons acerbes. Dun œil glacial, elle scruta le duo campagne-champêtre du pied au chignon.

« Désolée, » trancha-t-elle, sèche comme un vieux biscotte.

« On naccepte pas les charentaises ici. Cest un événement formel ! Limage de notre institution, vous comprenez ? Vous restez dehors. »

« Mais madame, » supplia Amélie, « ce sont mes parents. Ils ont fait tout ce chemin depuis Ploumanach »

« Les règles sont les règles, Mademoiselle Dubois, » fanaitine-t-elle agacée, en agitant son éventail. « Ce nest pas la fête au village ! Vous imaginez le scandale devant les mécènes et les bienfaiteurs ? »

Amélie vira cramoisie, partagée entre la colère et la honte dimposer ce mauvais théâtre à ses parents. Mais René, stoïque comme une statue bretonne, lui posa sa grosse main sur lépaule.

« Cest rien, ma fille, » murmura-t-il avec les yeux humides de fierté discrète. « On va rester ici, derrière la grille, on te verra monter sur scène. Le principal, cest que tu sois là. »

Amélie bafouilla :

« Mais, papa »

« File, entre, on tattend ! » coupa Paulette, forçant un sourire derrière ses petites lunettes, tandis que les larmes menaçaient déjà de couler.

Le cœur lourd comme une baguette rassis, Amélie entra dans limmense salle. Sur les gradins, dautres parents arboraient costume trois pièces, robes du soir, minaudant et riant dun air entendu.

Ses propres parents, eux, restaient dehors, coinçant leur bonheur derrière les barreaux de la grille comme deux spectateurs clandestins.

La cérémonie souvrit. Chaque applaudissement résonnait pour Amélie comme une claque de plus.

Puis vint LE moment tant attendu : lannonce du « Bienfaiteur mystère » qui avait financé le nouveau bâtiment de Sciences et Technologies, un mastodonte de dix étages dans Paris.

Le Doyen prit le micro, rayonnant dautosatisfaction.

« Mesdames et messieurs, aujourdhui nous sommes honorés daccueillir le couple formidable qui a offert cinq millions deuros pour nos nouveaux locaux. Ils ont souhaité garder lanonymat jusquà maintenant. Accueillons chaleureusement Monsieur René et Madame Paulette Dubois ! »

Tollé dapplaudissements dans la salle.

Mme Dupinet guettait déjà du regard une limousine en stationnement, sattendant à voir surgir des milliardaires parfumés. Personne.

« Monsieur et Madame Dubois ? » relança le Doyen, un brin perdu.

Amélie se leva à pas mal assurés, prit le micro, et désigna la grille du doigt.

« Ils sont dehors » lança-t-elle, la voix chevrotante. « On ne les a pas laissés entrer parce quils portent des charentaises. »

Silence plombant. On aurait cru que tout Paris arrêtait de respirer. Tous se retournèrent vers lentrée, où le vieux couple, mains serrées sur les barres, souriait timidement.

Mme Dupinet vira couleur camembert. On aurait cru quelle allait fondre sur place.

Le Doyen et la Présidente de lUniversité dévalèrent les marches, ouvrirent grand les portes à René et Paulette, en sinclinant comme devant des souverains.

« Mille excuses Nous ne savions pas » balbutia la Présidente, la mine bouleversée.

« Bah, cest pas grave, » répondit René avec une sincérité désarmante. « On a lhabitude des bottes et du crottin. Ce qui compte, cest la réussite dAmélie. »

On les escorta, charentaises aux pieds, sur le tapis rouge. Progressivement, tous les étudiants et parents se levèrent.

Ils commencèrent à applaudir, dabord timidement, puis avec tant de force que le bâtiment vibrait jusque dans ses soubassements en béton. Non pour leurs millions, mais pour la noblesse invisible de leur cœur et la dignité tenace dont ils avaient fait preuve.

Arrivés sur scène, Amélie se jeta dans les bras de ses parents. Les larmes ruisselaient, non pour la médaille, mais pour lamour si fort quaucun diplôme ne saurait récompenser.

René prit le micro, tranquille :

« La vraie richesse, ce nest pas ce quon a dans les chaussures, » déclara-t-il. « Cest le ciment quon a coulé pour vos rêves. Ne regardez pas les pieds ; regardez les mains qui ont travaillé pour que vous puissiez toucher les nuages. »

Dans un coin, Mme Dupinet baissait la tête, rouge de honte, face aux charentaises qui venaient de simposer, en toute simplicité, comme les plus belles chaussures de lassemblée.

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LES PARENTS EN CHAUDES CHARANTAISES REFUSÉS À LA CÉRÉMONIE DE REMISE DES DIPLÔMES — MAIS LORSQUE LE PUBLIC A DÉCOUVERT QUI ILS ÉTAIENT, LA SALLE ENTIÈRE EST DEVENUE SILENCIEUSE
– On va habiter chez toi un moment, on n’a pas les moyens de louer notre propre appartement ! – m’a annoncé ma copine. Je suis une femme très active. Malgré mes 65 ans, j’arrive encore à visiter de nouveaux endroits et à rencontrer des personnes passionnantes. C’est avec joie et un brin de nostalgie que je repense à ma jeunesse. À cette époque, on pouvait passer ses vacances où l’on voulait ! On pouvait partir à la mer, faire du camping avec ses amis, ou même embarquer pour une croisière sur la Seine ou une autre rivière. Et tout cela, pour trois fois rien. Mais tout ça, c’est du passé. J’ai toujours aimé faire de nouvelles rencontres. Je me liais d’amitié à la plage, au théâtre… Beaucoup de mes connaissances sont restées des amis de longue date. Un jour, j’ai fait la connaissance de Sara. Nous partagions le même gîte pendant les vacances. Nous nous sommes quittées amies. Les années ont passé ; parfois, on s’envoyait des cartes postales ou des vœux pour les fêtes. Jusqu’au jour où j’ai reçu un télégramme. Il n’était pas signé. Il disait seulement : “Le train arrive à 3 heures du matin. Attends-moi à la gare !”. Je ne comprenais pas qui pouvait bien m’envoyer ça. Bien sûr, avec mon mari, nous ne sommes allés nulle part. Mais à 4 heures du matin, quelqu’un a sonné à la porte. J’ouvre… et là, stupéfaction ! Sur le palier, Sara, deux adolescentes, leur grand-mère et un homme. Ils étaient chargés comme des mulets ! Mon mari et moi étions abasourdis, mais nous avons tout de même laissé entrer nos visiteurs inattendus. Et là, Sara me lance : — “Pourquoi tu n’es pas venue nous chercher à la gare ? Je t’ai pourtant envoyé un télégramme ! En plus, le taxi, ça coûte une fortune ! — Désolée, je n’avais aucune idée que c’était de toi ! — Enfin, j’ai ton adresse, me voici. — Mais je pensais qu’on s’écrirait juste des lettres, c’est tout !” Sara m’expliqua ensuite que l’une des filles venait d’avoir son bac et allait entrer à la fac. Toute la famille était venue l’accompagner. — Nous allons habiter chez toi ! Nous n’avons pas les moyens de louer un logement, et en plus tu habites près du centre-ville ! J’étais stupéfaite. Nous ne sommes même pas de la même famille ! Pourquoi devrions-nous les héberger ? Il fallait les nourrir trois fois par jour. Ils apportaient un peu de nourriture, mais ne cuisinaient jamais. Je devais tout faire pour eux. Au bout de trois jours, je n’en pouvais plus : j’ai demandé à Sara et à sa famille de partir. Je me fichais de savoir où. Cela a dégénéré en scandale monumental. Sara s’est mise à casser la vaisselle en hurlant. J’étais médusée par son comportement. Finalement, ils sont partis. Ils sont même parvenus à me voler mon peignoir, quelques serviettes et – allez savoir comment – ma grande marmite de choucroute ! Disparue, envolée ! C’est ainsi que notre histoire d’amitié s’est achevée. Dieu merci ! Je n’ai plus jamais entendu parler d’eux. Et aujourd’hui, quand je rencontre de nouvelles personnes, je me montre beaucoup plus prudente.