Mets-le à la porte. J’ai trouvé le chat domestique de ma voisine sous la neige, mais sa maîtresse a refusé de le sauver

Mets-le dehors. Jai trouvé le chat du voisin sous la neige, et sa maîtresse a refusé de laider

Clairement, je ne détestais pas les chats. Pourtant, ce gros matou tigré appartenant à ma voisine, Mme Morel, a fini par sérieusement me tapper sur les nerfs.

Cette histoire démontre combien il est essentiel de rester humain, quels que soient les aléas de la vie.

Cet été-là, le chat du voisin, Gustave, avait pris lhabitude dutiliser mes plates-bandes comme litière personnelle. Je le surprenais régulièrement dans mon petit carré de jardin : il grattait la terre avec méthode, comme un archéologue passionné. À chaque fois, je le chassais en criant, mais il séchappait sans se presser, imperturbable. Ma maison de campagne, héritée de ma grand-mère, était modeste mais solide, idéale, dans un coin paisible du Val de Loire, à la sortie d’Orléans.

Dès quon senfonce dans la rue, cest la vraie campagne, mais larrêt du bus pour le centre-ville nest jamais très loin. Du vivant de ma grand-mère, jadorais venir là. Même après sa disparition, jy passais souvent mes week-ends : jemmenais des amis, on chauffait le poêle, on faisait des barbecues et on allait ramasser des mûres. En une heure, la forêt livrait tous les cèpes nécessaires pour un bon dîner. Le calme, lair pur, lespace : tout pour échapper au quotidien. Dans le même village, vivait aussi ma cousine Sophie, fille de loncle André, frère de ma mère. Depuis lenfance, elle était ma plus chère camarade. Entre le potager, la rivière et les promenades, impossible de sennuyer.

Chez moi, je cultivais quelques rangées de radis, de laitue, et à côté de la ciboulette. Un petit jardin, mais à moi. Gustave, quant à lui, prenait ce coin pour son terrain dexploration barbare. Un jour, jai fini par aller me plaindre à Mme Morel, la propriétaire de Gustave. Elle haussa les épaules, agacée : « Quest-ce que tu veux que jy fasse ? Je ne vais pas monter la garde pour un chat ! Lances-lui un caillou si tu narrives pas à lattraper ! »

Mme Morel avait une manière bien à elle de voir les choses : Gustave lui était tombé dessus par héritage. Cétait le chat de son défunt mari, Monsieur Morel, quelle avait toujours laissé soccuper du chat. Elle, elle répétait : « Je nai jamais aimé les chats, je suis une femme à chiens », et ne manquait jamais une occasion de le dire. Depuis que son mari nétait plus là, Gustave lui était resté par obligation plus que par désir.

Gustave était débrouillard. Il attrapait les souris, et certains disaient quil ramenait même du poisson du petit étang derrière la haie. Il suivait jadis son maître à la pêche, il se contentait dune toiture pour dormir et dun coin de cheminée pour affronter les mauvais jours.

La guerre avec Gustave dura des semaines. Jai tenté de négocier, de le flatter, même de partager quelques morceaux de terrine. Pas question : les friandises de la ville, il ny touchait pas. Il me regardait à distance, méfiant, gardant ses cinq mètres de sécurité.

Un jour, jai utilisé le jet deau froide. Une autre fois, je suis sortie désherber avec un sifflet darbitre : dès que japercevrais Gustave, je courais après lui parmi les laitues, sifflant à tout va comme un arbitre de Ligue 1. Après, affalé sur le sol, je riais en repensant à la grimace réprobatrice du chat, juché de lautre côté de la clôture comme sil disait, « Franchement, cest déloyal ! » Et hop, il filait entre les buissons.

Mme Morel, derrière sa barrière, riait de mes acrobaties. Elle goûtait sa nouvelle vie de vraie maîtresse de chien : sa fille lui avait laissé son mini Yorkshire, Bijou, pour les vacances, et elle sen occupait avec passion. Jai finalement résolu le problème : trois sacs de copeaux de bois, répandus dans un coin inutilisé du jardin, sous les orties une nouvelle « litière » pour le roi Gustave.

Gustave accepta le cadeau et fit désormais ses excavations là-bas. Mais je remarquais quil mobservait : caché derrière les buissons, du haut du toit, ou à travers une fente du portail. Certains soirs, en sortant tard, deux yeux luisants me fixaient depuis lombre. Mon cri, ce soir-là, a certainement réveillé tout le village. Avec Gustave, je restais toujours sur mes gardes on nest jamais à labri dune surprise.

Jai vécu là tout lété, puis repris ma vie détudiant à Orléans. Je ne revenais que les week-ends.

Cest lors dune de ces visites, un matin, que je lai trouvé recroquevillé devant le perron, recouvert dune fine poudre blanche. Gustave, le gros chat, était figé sous la neige, de minuscules glaçons accrochés à ses moustaches. Il ne sest pas animé, na même pas remué la queue. Jai balayé la neige ; pas la moindre réaction. En le caressant, jai vu quil ouvrait la gueule dans un souffle muet il essayait de miauler, mais aucun son ni vapeur ne sortait.

Jai couru le prendre, lai enveloppé dans une couverture, réchauffé sa tête, délicatement enlevant la glace avec une serviette chaude. Il ne protestait pas, il navait plus dénergie. Après lavoir entouré de bouteilles deau tiède, je suis allé voir Mme Morel.

Elle a balayé mes inquiétudes dun revers ferme : « Il a pissé partout dans la maison, ce sale bête. Depuis larrivée de Bijou, il attaque le chien, il marque tout. Je lai mis à labri dans la remise dehors, je ne veux plus lavoir chez moi ! » me dit-elle sans ménagement.

Effectivement, Gustave, chassé par la nouvelle petite chienne, avait passé tout lété dehors. Mais lhiver dans une remise non isolée, cétait une autre affaire. Jai tenté de la faire changer davis : « Il a toujours apporté des souris et même du poisson, maintenant il souffre dans la neige » Mais sa réponse fut cinglante : « Du croquettes, je lui en mets dans une gamelle dehors, il sarrange ! Jeter le dehors sil ne te plaît pas. »

En rentrant, jai compris que Gustave nétait pas venu par hasard jusquà mon perron. Il sétait traîné là, épuisé, vers celui avec qui il sétait pourtant battu tout lété, dans lespoir dun peu de chaleur.

Jai passé la journée à appeler tous ceux que je connaissais si quelquun voulait dun chat Aucun volontaire. Ma cousine Sophie proposa de lhéberger dans la grange chez elle, avec la vache et le cochon, cétait déjà mieux que rien, mais elle ne pouvait le prendre à la maison : déjà deux chats chez elle.

Pendant ce temps-là, Gustave avait repris des forces. Il sortit de la couverture, fit lentement le tour de la pièce, puis vint sasseoir face à moi, plongeant son regard dans le mien, comme sil savait que jallais décider de sa destinée. Jai soupiré et appelé ma mère. Elle na jamais voulu danimaux à la maison. Mais en évoquant la générosité de Monsieur Morel, qui aidait toujours ma grand-mère et partageait les poissons de ses pêches, elle fut touchée. Elle en eut même les larmes aux yeux en pensant au vieux chat devenu indésirable.

La décision simposa delle-même.

Jai acheté une caisse de transport au supermarché du village, doucement installé Gustave, puis lai ramené à Orléans. Pour lui, une nouvelle vie commençait.

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