Les Nouilles de l’Amour : Une Évasion Gastronomique à Paris

**Journal dun jour tourmenté**

Quest-ce que tu fabriques ? demanda Aline, regardant son mari glisser un mot avec son numéro sous lessuie-glace de la voiture quil venait décorcher en reculant.
Je laisse mes coordonnées pour quils puissent me contacter. Il faut bien assumer les dégâts.
Pourquoi ? Il fait nuit noire, personne ne nous a vus, chuchota-t-elle en jetant des coups dœil nerveux. Ce nest même pas notre quartier, filons !
Ce nest pas bien dagir ainsi. Et si cétait moi quon avait embouti avant de prendre la fuite ?
Regarde cette voiture ! Elle vaut un appartement parisien. Pour eux, cette bosse est une broutille !
Non, je ne peux pas, tu comprends ?

Ils remontèrent dans leur Renault, et Théo sortit prudemment de la cour.
Avec quoi vas-tu payer ces réparations ? On na presque rien, juste quelques misérables euros, dont une partie ira pour le nouveau loyer, insista Aline.
Mon nouveau poste est bien payé, je rembourserai tout en un an on ne sentira même pas la différence, la rassura Théo en suivant les instructions du GPS.
Tu nas même pas commencé et voilà que tu tendettes déjà, grogna Aline en observant les immeubles inconnus. Je tavais prévenu : ta sincérité excessive nous mènera à la rue. Sois pragmatique, bon sang !

Théo garda le silence.

Trente minutes plus tard, sous un soleil timide, ils arrivèrent à lappartement loué, où les attendait le propriétaire.
Vous serez deux occupants, cest bien cela ? demanda lhomme méticuleux, vêtu dun costume, après leur visite.

Assis à la table de la cuisine, il commença à rédiger le contrat.
Et un chat, ajouta Théo. Aline roula des yeux.
Un chat ? Le propriétaire fronça les sourcils. Votre épouse nen a pas parlé.

Aline aurait voulu disparaître, submergée par la honte.
Je ne vous aurais pas loué lappartement si javais su, dit lhomme en cessant décrire.

Il hésita, les laissant dans langoisse, avant de céder :
Daccord, je vois que vous êtes des gens bien, et vous avez fait un long voyage pour venir ici.

Son expression tendue trahissait ses calculs mentaux.
Je propose une majoration de cent euros par mois au cas où votre « locataire » à quatre pattes cause des dégâts. Vous pouvez emménager.
Je ne pense pas que commença Aline, mais Théo linterrompit :
Nous acceptons. Désolé pour cet oubli.
Parfait, cest daccord, sourit le propriétaire en terminant le contrat.

***

Pourquoi lui avoir parlé du chat ? Je lavais laissé exprès dans la voiture ! sénerva Aline une fois seul.
Mentir par omission, cest malhonnête, défendit Théo en rangeant leurs affaires.
Et payer mille deux cents euros de plus par an, cest honnête, peut-être ? Jaime ta franchise, mais il faut savoir doser !
Lessentiel, cest quon a un toit. Ne tinquiète pas, je gagnerai bien ma vie.
Oui, quand tu auras le poste. Avec ton intégrité, on ne te prendra jamais comme responsable régional. Il faut savoir baratiner, et toi, tu rembourserais le distributeur de café sil te prenait un centime de trop.

Théo pâlit, posant maladroitement sa tasse, qui se brisa sur le carrelage fissuré.
On pourrait cacher ça sous un tapis. Mais tu vas vouloir payer les réparations, nest-ce pas ? ironisa Aline.

Il hocha la tête, coupable.
Ils ne te prendront pas, affirma-t-elle.
Que faire ? gémit-il, seffondrant sur une chaise, accablé.

Ce travail devait leur permettre de sinstaller, déconomiser pour un prêt immobilier, denvisager des enfants
Montre que tu peux être rusé quand il le faut. Apprends à enrober la vérité. Tout le monde le fait.

Théo acquiesça, résigné. Il savait quon profitait de son honnêteté. Peut-être était-il temps de changer.

***

Lentretien se passa à merveille. Son diplôme et son expérience parlaient pour lui. Le directeur semblait convaincu.
Un dernier point crucial, dit-il soudain, grave. Seriez-vous prêt à agir pour le bien de lentreprise, même si cela implique de tromper un client ?
Pardon ?
Pourriez-vous mentir pour une affaire lucrative ?

Le regard du directeur le transperça. Théo voulait crier *non*, mais il se souvint des conseils dAline.
Bien sûr, sans hésitation. Tout pour le profit.

Il crut avoir gagné.
Vous ne nous convenez pas. Au revoir.

Le cœur de Théo sombra.
Pourquoi ?
Notre entreprise valorise lhonnêteté. Nous ne sommes pas des escrocs.

Brisé, il rentra chez lui.

***

Oui, jai le poste, assura Théo au téléphone, la voix étranglée.

*Si je mens, autant continuer*, pensa-t-il. *Je chercherai autre chose en secret.*

Un appel inconnu interrompit ses réflexions.
Allô, pour votre accident ce matin. Venez régler ça.

Théo sentit son dernier espoir senvoler.

Sur place, il découvrit avec horreur que le propriétaire de la voiture était le directeur.
Encore toi ! sexclama ce dernier, plus amusé quen colère. Tu vas rembourser les dégâts ?
Bien sûr.

Un sourire éclaira le visage du directeur.
Je prélèverai ça sur ton salaire.
Mon salaire ?
Tu as eu ton second chance. Nous avons besoin de gens comme toi. Mais dis-moi : pourquoi as-tu menti pendant lentretien ?
Tout le monde ment, répondit Théo, répétant les mots dAline.
Le mensonge nest pas mauvais sil sert sans nuire. Nous utilisons cette technique, dailleurs.

Ses yeux silluminèrent.
Je texpliquerai en temps voulu, fit le directeur avec un clin dœil, lui serrant la main.

Il ne comptait pas vraiment faire payer Théo lassurance couvrait tout. Mais il ne le lui dirait que dans un an.

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