Ce chat, cest le diable en personne, Eugénie ! Il faut ten débarrasser ! Madeleine Dupuis plisse le nez avec mépris, observant le gros matou roux à loreille lacérée qui sentortille dans les jambes de sa sœur.
Quest-ce que tu racontes, Madeleine ?! Eugénie sexclame, inquiète. Cest un être vivant tout de même !
Un être vivant, oui, c’est le mot ! Mais franchement, Eugénie, tu ne trouves pas quil abuse de ses privilèges ?
Le chat, comme pour appuyer les dires de la visiteuse, hérisse soudain le dos, avance de côté en feulant, prêt à livrer bataille à lintruse.
Tu vois ! Madeleine pointe triomphalement le chat du doigt, reculant dun pas. Quest-ce que je te disais ?!
Eugénie pousse un petit cri et interpelle son protecteur :
Pierrot, mon beau, du calme ! Tout va bien !
Le chat jette un regard à sa maîtresse, sapaise soudain, puis se blottit contre la jambe malade dEugénie, sasseyant tout près, gardant ostensiblement lœil ouvert.
Mufle ! crache Madeleine, passant le plus loin possible. Et toi, tu as pitié de lui !
Faut bien que quelquun laime, non ? soupire Eugénie.
Pierrot était arrivé chez elle trois ans plus tôt, à une période sombre de sa vie. À peine venait-elle de perdre son mari que son unique fils disparaissait à son tour, la laissant seule, hormis sa sœur et quelques connaissances. Eugénie navait jamais vraiment eu damies.
Elle avait Madeleine. Sa sœur.
Madeleine était laînée. Une petite différence dâge, mais leurs parents noubliaient jamais dinsister :
Madeleine, cest laînée ! Une fille responsable ! À qui on peut tout confier sans souci : toujours efficace, toujours en temps et en heure ! Eugénie Eugénie, cest notre ange. Un petit rayon de soleil, notre miracle denfant ! Mais alors, quelle tête en lair ! Quelle catastrophe !
Les filles grandissaient convaincues : Madeleine, brillante, belle, étoile de la famille ; Eugénie, maladroite, mais chérie.
Pourquoi nos parents te couvrent déloges ? Je comprends pas ! protestait Madeleine, chaque fois quEugénie ramenait de bonnes notes. Travailler à lécole, cest normal non ? Pourquoi te féliciter pour ça ?
Mais enfin, Madeleine, je suis moins brillante que toi ! Toi, tu as toujours dix sur dix, moi cest plus variable
Justement ! Et ils te complimentent quand même ! boudait Madeleine, tandis quEugénie cachait un sourire, prenant soin de ne pas agacer encore plus sa sœur.
Madeleine termine brillamment le lycée, entre à la Sorbonne, et ne passe plus guère à la maison.
Ça va, Madeleine ? essaie Eugénie, guettant la moindre bribe de la vie de sa sœur.
Je survis ! Si seulement les journées étaient plus longues
Pour étudier ?
Pour ma vie privée, plutôt ! Tu sais bien : comment rencontrer quelquun de bien quand on cavale du matin au soir à penser carrière avant tout !
Ah, tu as raison Jy pense pas, moi.
Toi ? Tu penses à quoi au juste, ma petite ? rigole Madeleine, même si ses remarques blessent Eugénie. Ce sont des préoccupations dadulte, pas pour les enfants !
Eugénie détourne la conversation, cache ses peines, heureuse malgré tout pour les succès de sa sœur. Létoile, cétait Madeleine elle navait quà admirer la lumière.
À la fin de la fac, Madeleine est toujours célibataire. Les garçons lévitent, la trouvant trop rentre-dedans, difficile à vivre. Aucune recommandation maternelle ny fait.
Maman, tu veux que je reste à broder dans un coin, façon héroïne balzacienne ? Ridicule ! Laisse ça à Eugénie : cest pas mon genre !
Personne ne te demande de changer du tout au tout ! Sois juste un peu plus douce Les hommes aiment ça.
Oh maman ! Mais quest-ce que tu en sais, toi, de ce qui plaît aux mecs daujourdhui ? Les temps ont changé !
Peut-être Tu as sans doute raison, ma chérie
La surprise vient dEugénie, dont on disait quelle navait nul besoin duniversité, mieux valait apprendre un métier et qui ramène un fiancé à la maison.
Je vous présente Julien
Julien charme instantanément les parents : beau, cultivé, drôle. Il est journaliste, débute à France Télévisions, et sy fait déjà remarquer. Surtout, il est fou dEugénie, la gentille, la discrète, qui étudie la couture au lycée professionnel.
Eugénie a toujours aimé créer et coudre. Naturellement, elle en a fait son métier, pour elle et pour les autres.
Mais Eugénie, couturière ?! Madeleine proteste, ulcérée.
Je ne suis pas aussi brillante que toi. Et puis, tout le monde ne sait pas faire une jupe ou un haut hors du commun. Jaime rendre les gens beaux avec mes vêtements !
Génial Tu as de drôles didées, toi !
Peut-être Mais la robe que je tai faite tallait si bien, non ?
Oui, bon À qui ça va ?
À toi ! À moi ! À tout le monde ! Quon dise quelle est élégante ! Ce nest pas rien
Pfff Certains rêvent daller sur la Lune, ma sœur coud des robes Ah, Eugénie !
Eugénie ny voit pas malice. Les vêtements réalisés pour Madeleine unique , celle-ci les porte, fière en secret mais sans jamais avouer leur origine.
Secret dÉtat !
Oh, alors cest du prêt-à-porter italien, on dirait ! Tas des relations diplomatiques ?
Je ne dirai rien ! samuse Madeleine, savourant le succès de sa sœur incognito.
Mais lapparition de Julien dans la vie dEugénie, cest la gifle pour Madeleine.
Comment ? La moins brillante, la moins jolie, en couple et bientôt mariée avant elle ? Impossible.
Le soir du mariage, Madeleine est tétanisée. Amis et famille ne saisissent pas ce qui cloche. Eugénie, dans sa propre robe sublime, attire tous les regards.
Quelle beauté ! Et quel fiancée ! Parfaits tous les deux !
Pour la première fois, Madeleine goûte à la jalousie, une saveur amère logée dans sa poitrine.
Sœur fière, beaux-enfants, parents attendris. Et toi, rien. Rien du tout !
Elle quitte la fête en douce, pleurant damertume. Mais, sitôt rentrée, reprend le contrôle.
Six mois plus tard, elle épouse « le premier venu » : un homme mature, légèrement dégarni et corpulent, mais intelligent. Il pose les bases :
Je toffre ce que tu désires, mais ce mariage sera un contrat. Tu donnes au moins un enfant, tu fais carrière je garantirai ça : nounou, femme de ménage, tout ce quil faut. Je veux la fidélité, une maison accueillante, un foyer tranquille. Cest clair ?
Madeleine accepte sans hésiter :
Marché conclu !
Et ce mariage de raison lui apporte la stabilité, bien différente de la tendresse qui inonde le foyer dEugénie et Julien. Madeleine donne un garçon, puis une fille à son mari. Les enfants sont éduqués à la minute près. Dissertations, réception, galas mondains, elle brille sans jamais révéler le secret de ses toilettes signées Eugénie.
Eugénie, elle, va à son rythme. Dans les années 90, elle coud chez elle, son adresse transmise discrètement de main en main :
Elle ne prend presque plus de clients, celle-là. Mais son travail ? Du génie !
Parmi ses clientes : épouses de notaires, députées, une poignée dactrices de la Comédie-Française. Jamais deux fois le même modèle, car dans ce milieu, tout se sait.
Les choses se stabilisent. Eugénie ouvre un atelier-modèle à Montmartre, avec laide de Madeleine, qui lui trouve un local et léquipe.
Cest rien, Eugénie. On sarrangera. Elle veut offrir à sa sœur son tremplin, regrette parfois sa jalousie passée, sen voulant davoir terni léclat dEugénie, surtout lorsquelle pense à ses propres enfants solides, brillants alors que le fils adoré dEugénie est né malade.
Une pédiatre avait lancé un jour : « Un enfant soleil ». Madeleine a repris le terme, rebaptisant le petit garçon « Mon Rayon » à chaque visite.
Il lattendait toujours, silluminant dun sourire confiant, et lenvie de renverser la terre pour lui offrir un peu de bonheur la prenait.
Madeleine, tu aimes mon Pierre-Henri plus que tes propres enfants ! Eugénie voyait son fils, dordinaire distant, blotti contre sa tante. Il tattendait
Madeleine sinvestit alors, trouvant la nounou idéale et veillant à accompagner louverture de latelier :
Travaille, Eugénie. Cest ce quil te faut. Julien est souvent en déplacement ; tu te morfonds à la maison.
Jai Pierre-Henri
Organise un coin enfants dans latelier, embauche, je gère la nounou. Pierre-Henri sera là, et tu vivras !
Que ferais-je sans toi, Madeleine ?
Cest fait pour ça, une sœur ! Bon, me fais pas pleurer, jai rendez-vous et jai mis une heure pour me maquiller !
Ainsi va la vie.
Madeleine surveille la santé dEugénie et de Pierre-Henri. Le garçon reste fragile cœur, organes, tout semble trop délicat.
Madeleine, quest-ce que jai fait pour mériter ça ? pleure Eugénie, le soir, quand il est question de son fils.
Rien ! Cest le sort, voilà tout ! Mais on peut le rendre heureux, ce gamin, ça oui ! La famille, la chaleur, lamour. On peut lui offrir ça, non ?
Oui, on peut.
Alors, on se bouge ! Jai trouvé un grand neurologue, la file dattente est immense, mais on est inscrit ! On verra bien
Madeleine
Chut ! Fais-moi un thé, va, et un sandwich. Jai rien avalé à midi.
Le mari de Madeleine comprend son implication.
Si je peux faire quelque chose pour ce petit dis-le moi. Sinon, tu gravirais la Tour Eiffel pour lui sil le fallait.
Pour Madeleine, ces mots simples sont précieux. Elle sait quelle laime pas dun amour fou dadolescente, mais dun sentiment mature et rassurant.
Les années passent, les enfants grandissent, les parents vieillissent. Entre sœurs, plus de non-dits ni de jalousie. À qui se confier sinon à sa sœur ?
Ce nest pas que Madeleine qui aide Eugénie. Apprenant par sa sœur que son beau-frère a des problèmes professionnels, Eugénie convainc Julien dintervenir : lenquête prendra des années et faillit le coûter, mais la vérité éclate. Plus tard, Madeleine remercie succinctement sa sœur :
Tu ne sais pas ce que toi et Julien avez fait pour moi, mais jamais il ne vous manquera de rien tant que je vivrai.
Elle tient parole.
Elle soutient Eugénie pendant la maladie de Julien. Il séteint lentement, sous le regard aimant de celle qui tente de tenir bon, mais seffondre, un jour, dans les bras de sa sœur :
Pourquoi ? Il était si jeune encore !
Épaulée, Eugénie surmonte le deuil, aidée chaque jour par Madeleine qui lui rappelle : il reste Pierre-Henri.
Jusquà cette nuit où le petit Rayon sendort pour toujours. Les deux sœurs sagrippent, sans larmes, écoutant les docteurs expliquer, les yeux secs. Puis quittent la clinique, mains serrées, traversant Paris sans prononcer un seul mot.
T-shirt jaune, baskets rouges
Oui
Inutile den dire plus. Elles savent.
Après la mort de son fils, Eugénie décline. Elle ne travaille plus que sur pilote automatique, tout tombe sur les épaules de son équipe. Madeleine passe, trouve sa sœur prostrée sur son carnet à croquis, incapable de coucher la moindre esquisse.
Eugénie
Un instant, je souffle juste
Tu ne peux pas continuer comme ça !
J’ai le droit, maintenant cest tout
Et puis, un jour, un chat errant arrive à latelier.
Nul ne sait doù il vient, sale, abîmé, une oreille en charpie. On essaie de le chasser :
Dégage ! Va-ten !
Alors le chat sétend sur la marche, la tête pendante, feignant le loque. Cest ainsi quEugénie le découvre en arrivant tard, ce jour-là.
Quest-ce que cest que ça ? demande-t-elle amusée en voyant la scène.
Un chat, madame ! Il veut pas partir !
Il bouge encore ? Eugénie le touche du bout de la chaussure.
En réponse, lanimal entrouvre un œil, soupire, tire la langue, lair de dire :
Que voulez-vous, pauvres mortels ? Je meurs de faim ! Depuis une semaine je tiens. Pas même un nom ou un souvenir. Mais pas la moindre compassion chez vous !
Pour la première fois depuis longtemps, Eugénie sourit.
Quel comédien, ce chat ! Les filles, regardez-moi cette interprétation ! Puis, plus douce : Allez, viens. Tu vas manger et te faire dorloter.
Elle ramasse le chat, lobserve.
Non, dabord, clinique vétérinaire, hein ! Loreille me plaît pas, et puis
Le chat ne proteste pas. Il se laisse porter sans mot dire, gronde à peine lors de la piqûre, accepte fièrement le pâté offert en récompense puis marche lui-même hors de la clinique à leurs côtés.
Jai jamais eu de chat. Alors, comment on sorganise, Pierrot ?
Le chat, impassible, fixe la circulation. Eugénie sourit à nouveau.
On va sentendre. Reste à voir si Madeleine tapprouve
Naturellement, Madeleine refuse dapprouver. Mais elle joue la comédie, tout en observant les réactions dEugénie auprès de Pierrot. Létincelle revient dans le regard de sa sœur. Elle existe à nouveau pour quelquun, prête à tout donner pour créer du bonheur autour delle.
Eugénie, il te regarde dun drôle dair !
Laisse-le Cela faisait longtemps que personne ne mavait regardée ainsi !
Comment ça ?
Avec amour !
Un filou, oui ! Il te manipule !
Tant mieux ! Il me réchauffe les pieds le soir, il regarde des films avec moi ! Tu te rends compte ? Fixe lécran comme il comprend tout !
Forcément, fallait pas l’appeler Félix ou Minet ! Quel nom pour un chat ? Pierrot !
Ça lui ressemble ! rigole Eugénie, réchauffant le cœur de Madeleine.
Elle revoit enfin le sourire de sa petite sœur, et pardonne tout au chat !
Madeleine adopte Pierrot pour de bon le jour où elle manque de perdre Eugénie.
Cest un samedi. Pas de rendez-vous prévu, mais, passant près de latelier sur la Butte, Madeleine décide de passer, juste au cas où. Depuis la venue de Pierrot, Eugénie sinvestit à nouveau : sa nouvelle collection déchaîne les passions, clientes et journalistes patientent pour la recommander.
La lumière est allumée. Madeleine ouvre avec ses clés.
Eugénie ? Je suis là !
Une tornade rousse fonce sous ses pieds, puis lui lacère la cheville, trouant ses collants.
Pierrot ! Tes fou ou quoi ?!
Le chat a un drôle dair. Madeleine recule en voyant ses yeux brillants étrangement.
Tu es mordant ou mal luné ?
Elle attrape une grande règle, sapprête à chasser le chat lorsque Pierrot miaule plaintivement, courant de Madeleine à la porte de la pièce denfant de Pierre-Henri quEugénie na jamais eu la force de réaménager.
Il y a quoi, là ? murmure Madeleine à lanimal. Eugénie est là ?
Elle se précipite, oubliant tout sauf sa sœur, et la découvre sur le sol, serrant une photo de son fils.
Eugénie !
Urgence, hôpital, vingt-quatre heures de réanimation
Madeleine arpente les couloirs, priant à sa façon :
Laisse-la-moi, je ten supplie !
Plus tard, elle apprend que Pierrot, enfermé dans une pièce par lune des employées, miaule sans cesse, gémissant comme jamais, jusquau réveil dEugénie. Alors, simplement, il sapaise, se roule en boule, refuse toute nourriture sauf de leau.
Trois semaines plus tard, Eugénie sort.
Madeleine, dabord latelier !
Cest compris, je ty emmène, je rapporte ton voyou de chat !
Non, je veux le voir !
Eugénie grimpe difficilement lescalier, les couturières lattendant rient en voyant la flamme rousse déferler, enlacer sa maîtresse et ronronner si fort que même Madeleine ne résiste pas.
Oh, Pierrot !
Eugénie prend le chat, caresse son oreille guérie, et murmure :
Il ma appelée, Madeleine. Jai entendu Sa voix, puis celle de Julien, de Pierre-Henri mais tout sest effacé, et il restait seulement le chat. Puis toi
Cest incroyable Madeleine reste sans voix.
Mais Pierrot sait. Dun mouvement de patte, il caresse le menton dEugénie, puis, un œil ouvert, se love paisiblement sur ses genoux.
Je crois quil vient de madopter, plaisante Madeleine, va savoir en quoi Mais jai son approbation.
Pierrot cligne de lœil, ronronne plus fort, chassant les tristesses et chuchotant la paix. Eugénie sourit à nouveau, et le cœur de sa sœur se réchauffe.
De quoi un être humain a-t-il besoin ? Des siens, et la paix intérieure.
Si peu tant de chosesAlors, dans latelier vibrant de lumière tamisée, Eugénie regarde sa sœur et le chat, le cœur serré dun mélange étrange de nostalgie et dapaisement. Pierrot, en boule sur ses genoux, exhale de longs ronrons qui semblent border le silence.
Tu vois, Eugénie, tu as survécu à lorage, murmure Madeleine, une main sur son épaule.
Elles se taisent. Dans la pièce attenante, les couturières rangent en riant les rubans colorés ; des bobines roulent, des chutes de soie effleurent le sol. Par la fenêtre entrouverte sinvite la rumeur de Montmartre, éclats de voix, senteurs de boulangerie, promesses de vie simple et belle.
Pierrot redresse la tête, lair amusé. Un rayon de soleil traverse la vitre et vient caresser son pelage fauve, dessinant sur les genoux dEugénie une tache dorée en forme de cœur.
Alors, Madeleine sourit, saisit la main de sa sœur, la serre fort. Dune voix plus douce que jamais, elle susurre :
On se relève ensemble, toujours.
Eugénie ferme les yeux, chasse le picotement des larmes nouvelles :
Tant que tu seras là. Tant que Pierrot veillera.
Dehors, la cloche dune église sonne quinze heures. Un client impatient frappe à la porte. La vie frappe à la porte.
Eugénie se lève, encore vacillante, mais droite. Pierrot, fidèle, bondit à ses côtés. Madeleine, le sac jeté sur lépaule, rit :
Allons-y, chef ! Montre-leur de quoi tu es capable !
Dans latelier empli damour et despoir, Eugénie savance, portée par la tendresse dune sœur, le mystère dun chat, et la certitude fragile mais invincible que, parfois, il suffit dêtre ensemble pour que la vie recommence à briller.
Cest peut-être cela, le miracle.







