Vous devez être la servante de mon mari déclara ma bellemaman, sans se douter que je révélerais bientôt son vil secret.
Le lycée ? Vraiment ? grimaça Valérie Moreau, comme si elle avait une rage de dent. Arthur aurait pu épouser une femme plus convenable.
Je versais le thé dans les tasses de porcelaine en essayant de ne pas renverser. Mes mains tremblaient de colère, mais je ne pouvais le laisser voir.
Trois mois de mariage mavaient enseigné une chose : dans cette maison, je resterais toujours une étrangère.
Maman, arrêtez, serra Arthur ma main sous la table. Camille est une épouse formidable.
Formidable ? ricana mon beaupère, levant les yeux de sa tablette. Fils, tu aurais pu épouser la fille de nos associés. Mais tu as ramené une professeure.
Il cracha le mot «professeure» avec tant de mépris que jaurais voulu fuir, mais Arthur me retint. Papa, jaime Camille. Ce qui compte, ce nest pas ça?
Lamour, renifla Valérie Moreau. Dans notre cercle, le mariage se fonde sur dautres critères. Mais tu as toujours été un romantique.
Elle me scruta de la tête aux pieds, de ma blouse simple à mes cheveux soigneusement attachés. Son regard était chargé de dédain.
Camille, ma chère, sa voix devint sucrée et hypocrite, que enseignezvous exactement à votre lycée?
Littérature et français, répondisje dune voix calme.
Ah, la littérature! sexclamat-elle, les mains en lair. Vous passez vos journées à lire des contes aux enfants?
Maman! cria Arthur.
Questce que «maman»? Je me contente de minterroger sur votre métier. Dailleurs, Camille, vous comprenez bien dans quel genre de famille vous vous êtes mariée? Nous avons nos exigences.
Je pris une gorgée de thé pour gagner du temps. Un nœud monta dans ma gorge, mais je gardai la voix stable :
Je comprends, Valérie Moreau. Jessaie de répondre à vos attentes.
Essayer? ricanatelle. Vous navez aucune idée de ce que signifie être une épouse Moreau. Ce nest pas une réunion de parents délèves ordinaire.
Mon beaupère acquiesça, Arthur serra ma main encore plus fort.
Ça suffit, déclaratil dun ton ferme. Camille est ma femme, et je vous demande de la respecter.
Le respect se mérite, fils, mon beaupère posa sa tablette, et jusquà présent, je ne vois que lambition dune provinciale qui sest bien mariée.
Des larmes montèrent à mes yeux, mais je forçai un sourire. Montrer la faiblesse était exactement ce quils attendaient.
Je ne suis pas une provinciale, Victor Moreau. Je suis née et jai grandi à Paris, comme vous.
Paris? arqua un sourcil Valérie Moreau. Quel arrondissement, si cela ne vous dérange pas?
SaintDenis.
Les deux aînés échangèrent un regard, leurs yeux brillèrent dune lueur triomphante. SaintDenis était, à leurs yeux, synonyme de tout ce qui était bas. Je vois, traîna le beaupère. Lessentiel, cest que vous connaissiez votre place dans la famille.
Quelle place? Arthur ne put se retenir.
Celle dune épouse qui doit refléter le statut du mari, interrompit Valérie Moreau dun ton tranchant.
La semaine sécoula dans un silence tendu. Arthur sexcusa auprès de ses parents et promit den parler, mais je savais que cela ne servirait à rien.
À leurs yeux, je resterais à jamais la venue de SaintDenis, avide de leur argent. Ironiquement, ils ignoraient que je métais éprise dArthur bien avant de découvrir la fortune de sa famille.
Nous nous étions rencontrés dans une librairie, à débattre de Dostoïevski, à rire des mêmes plaisanteries. À lépoque, il nétait quun jeune homme en jean usé aux yeux doux.
Un jeudi matin, ma bellemaman appela alors que je préparais mes cours.
Camille, viens à quatre heures cet aprèsmidi. Nous devons parler sérieusement.
Le ton ne promettait rien de bon. Je quittai les cours plus tôt, malgré le regard sévère du proviseur les examens approchaient.
Mais la famille était plus importante, me dis-je, même si une angoisse sourde me tenaillait.
Le manoir Moreau maccueillit dans un silence oppressant. Le personnel semblait disparu ; même la gouvernante Marion nétait pas là.
Valérie Moreau mattendait dans le salon, coiffure impeccable, costume coûteux, sourire glacé.
Asseyezvous, Camille. Un thé?
Je secouai la tête. Ma gorge se serra au point quaucune gorgée deau ne pouvait passer.
Jai longuement réfléchi à la meilleure façon de le dire, sassitelle, me scrutant. Vous nêtes pas idiote, vous devez comprendre : ce mariage est une erreur.
Une erreur pour qui? répliquaije, plus calme que je ne le pensais.
Pour tout le monde. Mais surtout pour Arthur. Il est lhéritier dun empire, et vous grimaçatelle. Vous le tirez vers le bas.
La colère monta comme une vague brûlante. Combien de humiliations de plus devraije endurer? Mais je restai muette, la laissant parler.
Je suis prête à vous faire une offre, se pencha Valérie Moreau. Cinq millions deuros pour un divorce, discrètement, sans scandale. Dites à Arthur que vous néprouvez plus d







