Lorsquun mariage sannonce dans une famille, tout le monde est submergé dexcitation et démotions. Le mariage remplit le cœur de chaque proche dune joie intense.
Pourtant, sans raison particulière, les gens ont souvent une vision unilatérale de la chose, alors que, comme une pièce de monnaie, chaque événement possède deux faces.
Non, je ne pense pas que le mariage soit une calamité. Il me semble plutôt que beaucoup de femmes simaginent encore que le bonheur passe avant tout par lunion et la construction dun foyer. Bien souvent, les jeunes filles ne saisissent pas vraiment ce que recouvre le mariage, ni tout ce quil exige.
Pour elles, se marier paraît être le sésame : tout se placera tout seul après.
Je vais raconter ce qui mest arrivé. Je croyais autrefois quen épousant lhomme que jaimais et en fondant une famille avec lui, jatteindrais le comble du bonheur.
Mais hélas, le mariage a apporté dans ma vie bien plus de soucis que de plaisirs. Nous navions même pas commencé à mettre de côté pour acheter un appartement quun jour, jai découvert que jattendais un enfant. De nos jours, élever un enfant coûte terriblement cher, surtout à Paris.
Nous étions fous de joie à lidée de devenir parents. Mon épouse exploitait sa petite entreprise locale tandis que je me retrouvais en congé maternité, rongé par une angoisse financière grandissante. Je ne parle même plus déconomiser pour un appartement. La parentalité fut une épreuve redoutable ; ma fille, Camille, était agitée et souvent malade, je manquais cruellement de sommeil, à bout de nerfs au point de ne plus me reconnaître. Plus dune fois, jai songé à tout abandonner. On ne naît pas tous avec lâme dun pilier familial.
Jaurais aimé comprendre tout cela plus tôt. Ma fille avait deux ans quand mon épouse, Hélène, a fait faillite. Elle est alors tombée dans un profond désespoir. Et là où il y a du désespoir, trop souvent, il y a aussi quelques verres de trop dans une brasserie. Il ne me restait quà retrousser les manches et prendre tout en main. Jai inscrit Camille à la crèche municipale et trouvé deux emplois à temps plein. Je me suis épuisé à la tâche pour nous maintenir à flot tandis que mon épouse dormait, abrutie par les excès de la veille. Leffort était tel que parfois, javais juste envie de hurler. Si javais été seul, je ne me serais pas plaint, ni pour largent, ni pour la fatigue, ni pour les nerfs.
Un jour, jai demandé à ma belle-mère, Madame Morel, dessayer de secouer un peu sa fille et de la remettre daplomb. Chez nous, il nest pas dans la nature dun homme de baisser les bras ni dabandonner le foyer sur le plan matériel. En même temps, jai vidé mon cœur devant elle, avouant combien jétais à bout, que je ny arrivais plus.
Jespérais de la compréhension, un mot dencouragement. Au lieu de quoi, ma belle-mère me rétorqua : « Tu ne crois pas que tu es la seule à traverser des moments difficiles. Mais toi, tu es une femme, tu dois tenir bon, ce nest pas à toi de flancher. »
Elle ajouta ceci : « La femme, cest le ciment du foyer, alors ravale tes cris et sèche tes larmes. Quelle que soit notre destinée, accepte-la et poursuis ton chemin. Pas de plaintes ! »
Honnêtement, ses paroles mont déchiré le cœur.
Elle aussi est une femme, je sais quelle a eu sa part de peines. Son mari, le père de mon épouse, était un fainéant, mais au lieu de nous entraider, elle ma conseillé de tout endurer en silence. Mais jusquà quand dois-je porter tout cela ? On na quune seule vie, et il est normal de désirer la vivre dans la douceur et la joie. Les épreuves existeront bien sûr. Mais pas ainsi. Nest-ce pas là, finalement, le destin dune femme dêtre épanouie et aimée ?
Ce jour-là, jai compris quil ne fallait pas sacrifier son bonheur ni son intégrité sous prétexte du « rôle de la femme ». Chacun mérite le respect et la reconnaissance de ses efforts, peu importe les traditions.







