J’ai toujours cru que si je possédais mon propre appartement, tout finirait par s’arranger. C’est ainsi que j’ai été élevée en France – à croire qu’une femme doit avoir de la sécurité, un toit à elle, quelque chose qui lui appartient.

Toute ma vie, jai cru que si javais mon propre appartement, tout finirait par sarranger. Cest comme ça quon ma élevée : une femme doit avoir de la stabilité, un toit à elle, quelque chose dà elle. Jai grandi en changeant souvent dappartements en location, jentendais ma mère se disputer avec les propriétaires et je métais promis que mon enfant ne connaîtrait jamais ça.

Quand jai épousé Vincent, on a décidé de prendre un crédit. Franchement, ça nous faisait peur, mais à lépoque, les taux semblaient corrects et on se sentait jeunes, invincibles même. On a signé le prêt avec les mains qui tremblaient, mais pleins despoir. On a acheté un petit deux-pièces à la périphérie de Paris. Pas dascenseur, mais cétait chez nous.

Les premiers mois, cétait la fête. On repeignait les murs nous-mêmes, on montait les meubles IKEA jusquà minuit, on dormait sur un matelas au sol. Javais limpression davoir atteint le bonheur. Puis les mensualités ont commencé à arriver. Tous les mois, à la même date, ça devenait une angoisse. Je comptais les jours, je calculais chaque centime, je stressais de manquer dargent.

Je bossais sur deux fronts : la journée au bureau, le soir à prendre des commandes sur internet. Vincent aussi enchaînait les heures supp. On se voyait à peine. Notre fille, Camille, passait plus de temps chez sa grand-mère quavec nous. Je me disais que cétait juste une étape à passer, quil fallait tenir quelques années et après ce serait plus léger.

Mais la pression a commencé à nous ronger. Je devenais irritable, à fleur de peau. Javais peur quon perde tout. Le jour où le frigo est tombé en panne, je me suis effondrée, comme si cétait la fin du monde. Pas parce que cétait si grave, mais parce que javais limpression quon navait pas droit à lerreur.

Le pire, ça a été quand Camille, un jour, a raconté à sa mamie que sa maman était toujours fatiguée. Je lai entendu par hasard. Elle a dit que je suis toujours pressée et que je souris rarement. Ces mots mont touchée plus que nimporte quel relevé de compte.

Je me suis retrouvée seule dans la cuisine de cet appart pour lequel on sétait tant battus. Jai regardé les murs, les meubles, le nouveau canapé, et je me suis vraiment demandée pourquoi je faisais tout ça. Pour la sécurité. Pour la tranquillité. Mais il ny avait ni lun ni lautre chez nous, juste de la peur.

Cest là que, pour la première fois, jai envisagé que je me trompais peut-être. Que javais fait de lappart un but, et de ma famille un moyen de latteindre. On a longuement parlé avec Vincent. On était épuisés tous les deux. On a réalisé quon était devenus des colocataires qui travaillaient pour la banque.

Le choix a été difficile. On a vendu lappart. On a remboursé le prêt. Il nous restait moins dargent que prévu, mais on navait plus de dettes. On est repartis en location. Le jour où jai signé le bail, jai eu limpression déchouer. Comme si javouais que je nétais pas à la hauteur.

Il ma fallu du temps pour ne plus avoir honte. Les gens aiment demander si tu es propriétaire, comme si ta valeur en dépendait. Je le pensais aussi avant. Aujourdhui je comprends que cest une illusion.

Maintenant, on a moins de choses, mais plus de temps. Nos soirées sont apaisées, on sort se balader, on cuisine ensemble. Camille me voit sourire à nouveau. Et jai compris une chose : un foyer, ce nest pas un acte notarié, cest latmosphère que tu crées.

Je ne dis pas quil ne faut pas avoir son chez-soi. Je dis juste que ça ne vaut pas la peine de se perdre pour ça. Aucun objet ne devrait coûter plus cher que ta santé, ton couple ou ta sérénité.

Jai longtemps couru après la sécurité à nimporte quel prix. Finalement, jai réalisé que la vraie sécurité, cest dêtre ensemble et de ne pas vivre dans la peur. Tout le reste, ce sont juste des murs.

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J’ai toujours cru que si je possédais mon propre appartement, tout finirait par s’arranger. C’est ainsi que j’ai été élevée en France – à croire qu’une femme doit avoir de la sécurité, un toit à elle, quelque chose qui lui appartient.
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