Je me rappelle de Pierre, que je connais depuis notre plus tendre enfance. Nous vivions dans le même immeuble, partageant la même cour, et évidemment, nous étions inséparables. À ladolescence, notre petit groupe se retrouvait pour traîner dans le centre de Lyon. Nous flânions souvent, ou bien nous restions assis sur un banc à discuter de tout et de rien. Ce nétait pas vraiment les relations avec les filles qui nous préoccupaient ; on se souciait plus du regard des copains, de ne jamais perdre la face devant eux.
Puis vint le temps du service militaire. Je fus appelé sous les drapeaux, mais Pierre, lui, parvint, je ne sais comment, à y échapper. À mon retour, jai trouvé un travail, puis jai épousé Éléonore. Nous avons vécu ensemble dix ans, avons eu deux enfants. Mais au fil du temps, nous sommes devenus comme deux étrangers sous le même toit. Les disputes sont devenues fréquentes et, finalement, nous avons compris quil valait mieux vivre séparés. Nous avons divorcé dans lannée.
Deux ans après, libre de tout engagement, jai croisé Pierre par hasard, dans une petite rue bordelaise. Douze ans avaient passé, il nétait plus tout à fait le même homme : il avait pris pas mal de poids.
Nous sommes allés nous installer dans un café, le genre de bistrot typique quon ne trouve quen France, et avons commencé à raconter nos vies. Jai appris quil avait lui aussi divorcé et quil était à la recherche dune nouvelle compagne. Le temps a filé. Un an plus tard, jai rencontré Camille : nous nous sommes mariés. Et voilà quencore par hasard, je recroise Pierre. Lui aussi a trouvé chaussure à son pied. Mais, je dois lavouer, je nai pas apprécié son épouse. Cétait une femme corpulente, assez imposante.
Quest-ce qui tattire chez elle ? ai-je fini par lui demander.
Pierre ma souri en ajoutant quelle était une excellente ménagère et une cuisinière hors pair.
Et puis, elle me laisse en paix ! Je peux savourer une bière devant un match de foot sans quon vienne me déranger, sortir au café avec les copains. Cest la femme idéale. Elle ne me fait aucune remarque.
Ces paroles mont étonné. Pour moi, la femme qui partage ma vie, cest tout autre chose. Certes, quelle sache mitonner de bons plats et tenir la maison en ordre compte, mais lessentiel, cest quil y ait de lamour entre nous.
Certains, sans doute, accordent la priorité au confort matériel et aux repas savoureux. Mais moi, je souhaite que ma femme et moi soyons sur la même longueur donde, comme deux complices. Nous devons nous respecter, nous comprendre. Cest merveilleux lorsquun couple partage les mêmes centres dintérêt. On peut cuisiner, ménage, bricoler ensemble. Dailleurs, cest souvent ce que Camille et moi faisons, main dans la main.
Quand deux personnes chevauchent le même vélo, pédalent ensemble, ils ont bien plus de chances darriver au bout du chemin.
Et vous, partagez-vous mon avis ?







