Il y a de cela bien des années, Élodie quitta le foyer de ses parents pour sinstaller dans une autre ville, séduite par la promesse détudes supérieures. Elle poursuivit sa formation avec détermination et, à lobtention de son diplôme, fit la rencontre de Guillaume, quelle épousa par la suite. Sa sœur cadette, Clémence, demeura auprès de leurs parents. Clémence, quant à elle, avait connu deux mariages suivis de deux divorces ; de ces unions étaient nés ses deux garçons.
Élodie et son époux vivaient dans un appartement hérité par Guillaume de sa grand-mère, au cœur de Lyon. Les débuts furent laborieux, largent venant à manquer, surtout avec une petite fille à élever. Les fins de mois étaient pénibles et il leur fallait sen remettre fréquemment à la débrouille. Avec le temps, la situation saméliora. Ils réussirent à mettre de côté quelques économies et firent lacquisition dun deux-pièces en périphérie, quils rénovèrent à la sueur de leur front avant de le proposer à la location, espérant constituer un modeste pécule.
Les saisons passèrent. Leur fille a grandi, une jeune femme posée et travailleuse, décidée à suivre des études dinfirmière. Élodie et Guillaume projetèrent alors de lui offrir ce logement dès quelle prendrait époux.
En parallèle, la fille de Clémence, Mathilde, venait dêtre admise à luniversité de Montpellier. Très vite, Clémence et leurs parents se tournèrent vers Élodie, la suppliant daccueillir leur nièce dans lappartement loué.
Élodie, le cœur grand et incapable de se dérober à lappel de sa famille, accepta. Mathilde poursuivit ses études, puis prit un emploi dans un petit café du quartier. Quelques temps après, elle fit la connaissance de Benoît, et en lespace de six mois, il lui demanda sa main. Mathilde attendait déjà un enfant. Voyant la situation évoluer, Élodie rappela alors à sa sœur quil serait juste que Mathilde et son futur époux cherchent leur propre toit sils souhaitaient vivre comme une famille. Le jeune couple promit de partir, assurant qu’ils trouveraient bientôt un logement.
Un mois plus tard, Mathilde téléphona à sa tante, sollicitant un dernier délai, jurant quelle partirait sitôt le mariage célébré. Pendant ce temps, la fille dÉlodie venait elle aussi de rencontrer un jeune homme et rêvait de vivre avec lui, mais la famille nosait presser Mathilde, enceinte, de quitter les lieux.
Après la noce, Mathilde mit au monde une petite fille. Élodie expliqua alors fermement quelle devait récupérer lappartement pour sa propre fille qui sapprêtait à se marier également. Cependant, Mathilde et Benoît ne cessaient davancer de nouveaux prétextes : un logement trop cher ici, une maladie là, ou un souci de crèche ailleurs. Puis, du jour au lendemain, Mathilde changea de numéro de téléphone et ne répondit plus à la porte.
Même Guillaume tenta de raisonner la jeune famille, mais Clémence affirma, dans un élan de colère, que sa fille avait perdu son lait à la suite de cette visite. Ce fut la goutte deau. Épuisés par tant de mauvaise foi, Élodie et Guillaume mirent les jeunes époux dehors, dans un scandale dont le voisinage se rappela longtemps. Dès lors, la famille coupa tout contact avec Élodie, laccusant davoir chassé sa nièce et son arrière-petite-fille à la rue sans égards ni compassion. Deux années entières sécoulèrent dans un froid glaçant, et parfois, aujourd’hui encore, Élodie se demande comment un sens du devoir envers les siens a pu coûter si cher au fil du temps.






