Maman, papa avait raison quand il disait que ta tête n’est pas tout à fait dans les clous ! Je vois maintenant que tu es anormale. Tu n’as jamais essayé de te soigner ? – Publie le filsIl a ajouté, le cœur lourd, que malgré tout il espérait qu’elle trouve enfin la paix qu’elle cherche depuis toujours.

Maman, papa avait raison quand il disait que tu nas pas toute ta tête! Je vois maintenant que tu es vraiment déséquilibrée. Tu nas jamais cherché de traitement?

AdélaïdeDubois regarde son fils, étonnée. Il a toujours été un garçon difficile, mais lentendre dire cela droit dans les yeux, à sa propre mère

Adélaïde naurait jamais imaginé devoir divorcer après vingtcinq années de mariage. Pourtant, cest elle qui initie la séparation.

Un jour, elle réalise quelle ne connaît plus Henri du tout. Après tant dannées, on devrait pouvoir lire une personne sur le bout du nez, mais il se révèle être dune cruauté inattendue.

En promenant dans la rue, elle repère un petit chiot, si maigre quon pourrait compter chaque côte. Dès quelle le ramène à lappartement, Henri déclenche une violente dispute.

Toinette, tas plus rien à faire ici? hurletil à plein poumons. Pourquoi tu ramènes cette misère?

Henri, questce que tu racontes sétonne Adélaïde. Regardele, il ressemble à un squelette. Juste peau et os. On peut vraiment le laisser ainsi?

Tous passent, mais toi tu ne las pas vu? Mère Teresa? Tu es la plus sérieuse dentre nous, nestce pas?

Ce jourlà, Adélaïde pleure longtemps, à cause du chiot qui ne tient presque plus sur ses pattes et à cause du visage que vient de montrer son mari. Elle na jamais cherché à ignorer ses défauts, sachant pertinemment quil nexiste pas de personnes parfaites.

Henri franchit pourtant la ligne rouge. «Comment peuton rester humain?», sanglote Adélaïde. «Comment peuton laisser ce petit animal sans laider?»

Henri lance de nouveau un scandale, comme si le chiot était une source de ses nerfs.

Quand vastu ten débarrasser? Combien de temps allonsnous tolérer ce «misérable»?

Il qualifie le chiot de «misérable» parce quil est maigre et tremble, même si lappartement est bien chauffé. Au lieu daider sa femme à le remettre sur pattes ou à le placer dans une famille aimante, il se réfugie dans le garage avec ses amis, dautres fantômes qui ont fui leurs propres foyers.

Henri rentre tard, épuisé, puis reprend ses reproches contre la femme et le petit animal.

Tu naimes pas les animaux, je le comprends; mais ne me traitestu pas comme si je nexistais pas? Tu ne vois pas à quel point cest dur pour moi?

Adélaïde doit souvent demander un congé pour emmener le chiot chez le vétérinaire ou simplement le promener. Elle redoute de le laisser seul avec Henri, qui, après toutes ces années, ne ressemble plus du tout à lhomme quelle a épousé. Il se tourne même vers lalcool.

Un jour, au travail, elle ressent une oppression, comme si une main invisible serrait son cœur. Elle sollicite encore un arrêt maladie, et en rentrant plus tôt que dhabitude, elle surprend Henri en flagrant délit.

Il transporte le chiot Bibi vers le garage, comme sil voulait sen débarrasser une bonne fois pour toutes. Adélaïde ne peut lui pardonner, alors elle engage le divorce.

À cause du chien? sindigne Henri, les bras en lair. Tu as perdu la tête!

Adélaïde laisse ces paroles glisser. Elle nest ni vieille, ni folle; elle comprend simplement quelle ne peut plus vivre avec lui.

Ils ont un fils adulte, Thomas, qui vit avec sa compagne à Lyon. Thomas prend le parti de son père :

Maman, tu es normale? On peut vraiment détruire une famille à cause dun chien?

Il ny a plus de famille, mon fils soupire Adélaïde. Ce nest pas le chien qui me pousse à divorcer, cest ton père qui a perdu toute humanité.

Thomas ne se laisse pas convaincre. Il rompt le contact, affirmant que ce nest pas le père qui a failli, mais sa mère qui a abandonné lhomme qui partageait son toit. Lappartement appartenait à Adélaïde, donc Henri ne peut réclamer la moitié du bien.

Henri possède encore la maison familiale à la campagne, mais il ne sy rend presque jamais. Cela ne lintéresse plus.

Henri accepte son sort, sans se transformer en monstre. Il aurait pu faire pire avec le chiot sil navait pas été interrompu.

Adélaïde reste avec Bibi, le remet sur pattes, le ramène à une vie normale et lui redonne confiance en lhomme. Au départ, elle voulait le placer dans une bonne famille, mais elle le garde finalement.

Si je tai adopté, je porte maintenant la responsabilité de te nourrir, lui ditelle en caressant le petit compagnon.

Ouaf! répond Bibi, agitant la queue avec joie. Il ne veut plus se séparer delle.

Quelques mois plus tard, Bibi grandit, et Adélaïde commence à se rendre, pendant ses heures libres, au refuge animalier du quartier pour aider les animaux abandonnés comme le fait son exmari.

Nous sommes vraiment à court dargent ici, explique la directrice du refuge, Tonie. On ne peut même plus payer les salaires.

Même les petites aides sont des pièces de monnaie, répond Tonie. Mais je ne le fais pas pour largent, seulement pour lidée.

Adélaïde vient plusieurs fois par semaine avec Bibi. Au refuge, elle rencontre un autre chien. En réalité, cest Bibi qui la présente à son propriétaire.

Le chien vit près dune volière où repose un vieux toutou nommé Bourdon. Le personnel lappelle ainsi parce quil grogne chaque fois quon lessaie de le faire sortir.

Adélaïde connaît déjà Bourdon et le nettoie régulièrement, mais aujourdhui elle le regarde de plus près et son cœur se serre. Auparavant, il nétait quun vieux chien, maintenant ses yeux tristes ne contiennent plus aucune lueur despoir exactement comme ceux de Bibi avant.

Elle sassoit à côté de Bourdon, le caresse, létreint, désireuse de lui offrir un peu de réconfort. Elle veut voir une étincelle de joie dans son regard, mais rien ne luit encore.

Elle passe davantage de temps avec lui et apprend de lune des volontaires lhistoire douloureuse du toutou.

Nous lavons recueilli il y a trois ans. Il errait dans les rues, cherchant son maître. Un jour, son propriétaire la attaché à un lampadaire puis est parti, pensant quil reviendrait. Il nest jamais revenu, alors les gens lont libéré et il a vagabondé, espérant toujours retrouver son maître.

Personne na voulu ladopter? demande Adélaïde.

Non, aucun. Nous lavons gardé seulement parce quune cage sest libérée. Cest un petit chien calme, sans problème de santé. Un homme la essayé, puis la rendu au refuge, prétextant quil voulait «un vrai chien», pas «ce légume». Trois ans plus tard, il est toujours sans foyer.

Adélaïde décide alors de tout faire pour le placer. Elle diffuse sa photo sur tous les sites possibles.

Cest un beagle? appelle un jour une femme au téléphone. Jai toujours rêvé de cette race.

Un beagle, mais pas de race pure, répond Adélaïde. Peu importe, cest un chien merveilleux malgré son âge et sa tristesse.

La femme accepte, et Bourdon trouve une nouvelle maison.

Bon courage, lui dit Adélaïde en essuyant les larmes. Que tout aille bien pour toi.

Bourdon ne remue pas la queue, il se contente de la regarder avec un petit sourire triste, habitué à sa présence.

Adélaïde continue de fréquenter le refuge avec Bibi. Un jour, la femme qui a adopté Bourdon lappelle :

Bonjour, seraitil possible de ramener le chien au refuge temporairement? Nous partons à la mer avec les enfants et il ny a personne pour le garder.

Nous sommes débordés en ce moment, il ny a aucune place libre, répond Adélaïde, un peu perdue.

Que doisje faire? Je ne peux pas annuler le voyage, jai promis aux enfants, insiste la femme.

Je le surveillerai pendant votre absence, deux semaines?

Deux semaines, parfait.

Quand ils ramènent Bourdon à la halte, il apparaît encore plus maigre, comme sil navait mangé quune fois par semaine.

Questce qui se passe? interroge Adélaïde la nouvelle propriétaire. Vous ne le nourrissez pas?

Je le nourris, mais il refuse, je ne le force pas.

Le même jour, Adélaïde, Bibi et Bourdon vont chez le vétérinaire. Le diagnostic révèle de sérieux problèmes de santé, nécessitant un traitement coûteux.

Adélaïde téléphone à la propriétaire, explique la situation et demande un petit financement.

Je nai pas dargent! Vous ne mavez pas prévenue que le chien était malade, répond la femme.

Il nétait pas malade quand vous lavez pris, réplique Adélaïde.

Donc cest de ma faute? Prenez le chien, il ne me sert à rien, ne mappellez plus.

Adélaïde navait pas prévu une telle tournure. Elle pensait simplement garder le chien un moment. Maintenant, elle se retrouve avec deux animaux à charge, à la fois physiquement et financièrement, alors quelle va prendre sa retraite lan prochain.

En regardant les yeux du petit Bourdon, elle comprend quelle ne pourra jamais le laisser repartir.

Combien de fois lontil abandonné? Combien de souffrances doitil encore endurer?

Lorsque Bourdon réalise que personne ne veut le prendre, une lueur nouvelle apparaît dans ses yeux. Un petit feu de joie sallume, malgré sa vue qui se dégrade et ses pattes tremblantes à cause de larthrite.

Cela confirme à Adélaïde quelle a fait le bon choix. Au début cétait difficile, mais aujourdhui elle se sent plus heureuse que jamais.

Malgré le divorce et le rejet de son fils, Thomas finit par venir un jour. Il veut parler de son père, essayer de convaincre sa mère de le laisser revenir. En entrant, il voit les deux chiens.

Maman, ton père avait raison, tu nes pas bien dans ta tête! Je vois maintenant que tu es folle. Tu nas jamais consulté? lance Thomas.

Adélaïde, surprise, le regarde. Il a toujours été un garçon difficile, mais ces mots lui percent le cœur.

Questce que tu racontes, Thomas?

Tu nas quun chien, alors tu en prends un autre, un «faquin»? Tu nas plus de raison!

Jai choisi ça parce que personne dautre ne peut les aider! Et je ne laisserais jamais ton père rentrer chez moi, même sans aucun chien.

Alors tu vivras seule!

Thomas sen va, claquant la porte. Adélaïde murmure après lui :

Je ne suis pas seule, mon fils. Mes fidèles compagnons ne me quitteront jamais.

Toinette, si tu as besoin, on peut reprendre Bourdon, le placer dans une ville où il sera aimé, propose la directrice du refuge.

Merci, mais je ne le laisserai plus jamais à nouveau, répond Adélaïde. Il mérite de vieillir tranquillement à mes côtés.

Voilà lhistoire dAdélaïde, de Bibi et de Bourdon. Ceux qui aiment les animaux comprendront son combat. Dautres jugeront quelle a brisé sa famille. À vous de dire ce que vous en pensez.

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Maman, papa avait raison quand il disait que ta tête n’est pas tout à fait dans les clous ! Je vois maintenant que tu es anormale. Tu n’as jamais essayé de te soigner ? – Publie le filsIl a ajouté, le cœur lourd, que malgré tout il espérait qu’elle trouve enfin la paix qu’elle cherche depuis toujours.
Le mode du conditionnel