Une épouse peu séduisante

Femme pas canon

Le bureau bourdonnait de conversations habituelles. La manager débarqua, accompagnée dune fille assez quelconque.

Faites connaissance les filles, voici Aline, elle va travailler avec vous, elle remplace Philippe, qui a eu une promotion. Je suis sûre que vous allez bien vous entendre, fit Madame Lefèvre avant de disparaître.

Aline sassit à la place de Philippe, sortit une jolie tasse et un petit portrait dhomme. Elle attaqua le travail direct, comme si elle travaillait déjà ici depuis trois ans.

Dès que la cloche sonna, tout le monde sest levé pour filer déjeuner. Seule Julie resta, rongée par la curiosité : mais qui était cet homme sur la photo quAline avait posée ?

Sur le cadre, un homme séduisant lui souriait, une dentition hollywoodienne en prime.

Mais cest qui ça encore ? Un acteur, chanteur ? se demanda Julie.

Elle prit discrètement une photo du cadre avec son portable, puis rejoignit les autres au déjeuner. Les filles, toutes agglutinées autour de la nouvelle, lencourageaient.

Raconte, raconte, Aline ! On veut savoir !

Aline se perdit dans ses souvenirs Trois ans en arrière, elle bossait dans une entreprise de transport, un oubli de marchandise et paf ! On la envoyée régler le malentendu… chez son futur mari.

Aline était brillante, archi-compétente. Personne ne sattendait à ça, avec son look passe-partout, zéro maquillage, vraiment la « petite souris grise » du bureau. Mais dès que les négociations commençaient, elle sortait ses talents. Toute douce, elle embobinait tout le monde et arrivait toujours à ses fins.

Le chef, connaissant son don, la envoyée sen occuper. À laccueil :

Monsieur Garnier, au 3e étage, bureau 312.

Sans frapper, elle est entrée, sest présentée :

Bonjour, Aline. Nous avons eu un souci avec la livraison. Le service logistique sest un peu emmêlé.

Ensuite, explications. Serge la fixait, comme sil voyait un mirage.

Attends… mais cest ELLE ! Il lavait vraiment vue, mais dans un rêve.

Ses cheveux roux remuaient discrètement, ses yeux verts le fixaient ouverts, francs.

Aline se préparait à « attaquer » si nécessaire, quand Serge la coupa :

Aline, on ne va pas faire dhistoire, jespère juste que ça ne se reproduira pas.

Elle fit un signe de tête reconnaissant et partit. Deux jours plus tard, Serge lattendait devant les portes du bureau. Aline fut la dernière à sortir.

Aline ! cria-t-il en agitant la main. Nous avons discuté il y a deux jours, vous vous souvenez ?

Bonsoir Serge, bien sûr, répondit-elle sans minauderie.

Jai deux places pour le théâtre ce soir. Ça vous dirait de maccompagner ? Ma mère est souffrante, mentit-il avec aplomb.

Pourquoi pas, Serge. À quelle heure ?

Dans deux heures, il y a le temps, si vous souhaitez vous changer, je vous dépose chez vous.

Pas mal, le gars, pensa Aline, sourire en coin. Bon daccord.

Il lattendit devant chez elle. Et là, il ne la reconnut pas tout de suite : Aline, en robe noire ajustée, perchée sur des talons moyen-hauts, maquillage impeccable mais discret. Un vrai effet Cendrillon.

Pendant la pièce, il la regardait du coin de l’œil. Elle connaissait le théâtre sur le bout des doigts, ça se voyait. Après, restaurant ? Elle déclina poliment, prétextant une grosse réunion le lendemain. Serge la raccompagna, sagesse incarnée.

Fin de semaine, rebelote : il lattendait. Puis ils se mirent à se voir, très souvent.

Deux mois plus tard, toujours ce même manège. Et là :

Maman voudrait vous rencontrer. Ça vous ennuie ?

Au contraire, jen rêve aussi !

La mère les accueillit chaleureusement, leur servit du thé avec de la confiture de coings, tarte aux abricots… la totale. Conversation simplette. Aline raconta à Madame Garnier comment sa mamie faisait de la confiture, la mort de son père lors dessais, la carrière de sa mère prof dhistoire

Serge la ramena chez elle.

Ma mère vous adore, ça me fait plaisir.

Voilà, ensuite ils se sont vus tous les jours, et un an plus tard, ils se sont mariés.

Aline sarrêta là. Les filles lécoutaient, moitié émerveillées moitié jalouses. Seule Julie pensait :

Mais franchement, il lui a trouvé quoi à cette « souris grise » ? Zéro esthétique, couleur triste. Pourquoi les moches ont LA chance ? Et moi, belle, grande, interminable, cest quoi ? Des don Juan mariés, ou alors direct au lit !

Cloche ! Retour au taf. Julie glissa à Chloé :

Regarde, cest censé être son mari Tu le crois, toi, à son histoire ? Moi, pas du tout. Elle invente tout, pas possible quun mec comme ça la choisisse.

Le soir, tout le monde sortait. Quand Aline rejoignit la rue, une voiture klaxonna. Un homme sortit.

Aline, je suis là ! lança-t-il en lui faisant signe.

Cétait lui, le gars de la photo.

Cest donc vrai Pas possible, pourquoi pas moi ? pensait Julie, visiblement vexée.

Les filles restaient à regarder le couple séloigner, chacune perdue dans ses pensées.

Il y a souvent ce genre de questions devant un couple comme ça : « Mais quest-ce quil a trouvé chez elle ? » Peut-être bien ce quil cherchait, tout simplement ! Parce que, la beauté, ça attire le regard, mais pour se marier Les hommes vont chercher ailleurs, qui sait pourquoi ? Eh bien, faudrait leur demander, non ?

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Une épouse peu séduisante
« Mamie, ici c’est un restaurant de luxe, il va falloir vous demander de partir… » La phrase a été dite doucement, mais assez fort pour que tout le monde entende. La vieille dame s’arrêta au milieu de la brasserie chic, la main encore posée sur la poignée. La chaleur l’avait enveloppée brusquement, lui faisant croire un instant qu’elle avait eu raison d’entrer. — Je… je ne suis pas venue pour manger… murmura-t-elle. — J’aimerais juste me réchauffer… en attendant le tramway… Le serveur la dévisagea rapidement. Manteau usé, chaussures fatiguées, petit cabas serré contre sa poitrine. — Je comprends, madame, mais ici c’est un établissement huppé. Nous avons des clients. Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde. Quelques regards se levèrent des assiettes. Certains curieux. D’autres agacés. La vieille dame hocha la tête, gênée. — Oui… oui… pardonnez-moi… je ne savais pas… Elle ne mentait pas. Elle ignorait ce que « restaurant de luxe » voulait dire. Elle savait juste ce que voulait dire la morsure du froid dans ses os. Elle fit un pas en arrière. Puis un autre. — Je voulais juste… souffla-t-elle pour elle-même. — Reprendre mon souffle… Le serveur s’approcha. — Je dois vous demander de sortir. Maintenant. Dans un coin, deux femmes chuchotèrent : — C’est incroyable… — Ça gâche l’ambiance… La vieille dame serra plus fort son sac : une baguette, un pot de soupe, une vieille écharpe. Des choses sans importance pour ceux d’ici. — Je ne veux déranger personne… confia-t-elle d’une voix faible. — Je m’en vais… C’est alors, d’une table près de la fenêtre, qu’une voix s’éleva : — Elle ne partira pas. Le serveur se retourna brusquement. — Madame ? Une femme d’une quarantaine d’années s’était levée. Élégante, calme, avec un regard assuré. — Cette dame reste. — À ma table. La vieille dame était intimidée. — Non… ce n’est pas la peine… vraiment… — Si, répondit la femme simplement. — Personne ne mérite d’être mis dehors comme un vulgaire objet. Le serveur tenta : — Mais la règle… — Les règles sont faites pour les gens, pas contre eux, trancha la femme. — Servez-lui un thé bien chaud. La salle se figea dans un silence gêné. On accompagna la vieille dame jusqu’à la table. Une chaise tirée, un thé posé devant elle. Ses mains tremblaient. — Merci… chuchota-t-elle. — Je n’avais pas été accueillie quelque part ainsi depuis longtemps… La femme lui sourit tristement. — Ce n’est pas le lieu qui compte. — Ce sont les gens qui s’y trouvent. La vieille dame but son thé, se réchauffa. Rien de plus. Quand elle se leva pour partir, la femme la rejoignit et glissa quelque chose dans sa paume. Pas de l’argent. Un petit papier plié. — Voici une adresse, souffla-t-elle. — C’est un petit café. Le mien. La vieille dame regarda la feuille, un peu perdue. — Mais je n’ai pas d’argent pour le café, ma petite. La femme sourit. — Ce n’est pas grave. Vous pouvez venir boire quelque chose de chaud ou quand vous vous sentez seule. La porte vous sera toujours ouverte. La vieille releva la tête, étonnée d’une telle bonté. — Il y a du thé, une soupe au déjeuner… des chaises où personne ne vous presse, ajouta la femme. La vieille dame serra le papier à deux mains. — Je suis seule, souffla-t-elle. Trop souvent… — Alors ne le soyez plus, répondit la femme simplement. La porte est ouverte. Chaque jour. Elles restèrent un instant face à face. Sans grandes paroles. Sans promesses inutiles. Juste deux femmes qui connaissaient le froid. L’un dans les os. L’autre dans le cœur. La vieille repartit lentement, plus assurée qu’à son arrivée. Le serveur contempla la porte fermée, méditant en silence sa leçon. Car parfois, un lieu chaleureux n’est pas une histoire de luxe, Mais bien de ceux qui vous y attendent. Connaissez-vous aussi une personne âgée et vulnérable ? Peut-être que le temps a changé, mais la bonté ne devrait pas disparaître. Si vous partagez cet avis, faites suivre ce message. 🙏