Mon mari n’aime pas qu’on le surprenne dans des situations cocasses, lui qui se veut si macho. C’est pourquoi je jette un coup d’œil discret dans la salle de bain, profite du spectacle, m’éclipse derrière le mur et… sûrement, je vais éclater de rire toute la soirée !

Mon mari na jamais aimé quon le surprenne dans des situations ridicules, lui qui se voulait toujours si viril. Bien sûr, cela remonte à de nombreuses années, à une époque où notre petit appartement parisien était rempli de rires et de petits secrets. Je me souviens, un soir dautomne, dans la lumière dorée des lampes, jai entendu un bruit discret venant de la salle de bains. Poussée par une curiosité tendre, je me suis faufilée vers la porte entrouverte, retenant mon souffle.

Ce que jai vu semblait sorti dun de ces souvenirs attendris que l’on ressort lors des longues soirées dhiver: mon époux, Gabriel, en train de laver notre matou, ce vieux chameau baptisé Gustave qui dordinaire naimait guère quon le mouille, se débattant toujours à coups de griffes et de miaulements. Mais ce soir-là, il était bien sage, presque docile. Pourquoi?

Gabriel lui chantait tout bas, frottant sa fourrure mousseuse:

«Si tu es un bon minou, fais un miaou!
Si tu es un super minou, dis encore miaou
Si tu es mon minou préféré, miaule, mon joli!»

Jai étouffé un fou rire derrière le mur, me mordant les lèvres pour ne pas éclater. Gustave, tout penaud, a finalement poussé un petit «miaou» timide, comme sil voulait encourager son maître. Je regrette encore, après toutes ces années, de ne pas avoir immortalisé ce chef-dœuvre sur vidéo, bien que, connaissant Gabriel, un tel document compromettant ne maurait sans doute pas valu longue vie

Il a poursuivi, improvisant de petits refrains doux:

«On va te laver le dos dis-moi miaou
On va frotter tes petites pattes fais moi entendre ton miaou
On va rincer ta queue tu es prêt, Gustave?»

Miaou, a miaulé Gustave, comme sil approuvait le programme.

Jétais pliée en deux de rire, mais en silence. Soudain, Gabriel s’est arrêté, a repris son sérieux, puis, caressant la tête humide du chat, a proposé:

Quoi, tu préfères une autre chanson? Voyons voir
Miaou.

Alors, Gabriel sest mis à fredonner doucement, une chanson nostalgique des années soixante, que chantait toujours sa mère en cuisine:

«La pluie trace encore, sur ma fenêtre triste,
Ta silhouette, oh ma Madone»

Des larmes me sont venues aux yeux, mais de rire! Cest alors que jai réalisé que jamais Gabriel ne mavait chanté de sérénades, lui qui nétait certes pas un grand romantique, mais dans le fond si attentionné. Au chat, par contre, il offrait des concerts garnis de reflets damour discret. Peut-être aurais-je dû être jalouse, mais jétais simplement trop amusée.

La «Madone», cest-à-dire Gustave, a encore miaulé, dun air plaintif, et mon cher mari a enchaîné sur un air denfance:
«Balancent, balancent, les ailes des moulins»

Cen était trop: sentant mes épaules secouées de fou rire, jai préféré battre en retraite, rampant jusquau salon où je me suis jetée sur le vieux canapé en velours, le cœur allégé et lâme ravie. Mais Gabriel, dans son élan, a improvisé un rythme loufoque:

«Boum boum, la télé,
Boum boum, la télé,
Boum boum, la télé»

Alors, incapable de résister, jai chantonné en écho:

Et les deux lutins dedans!

Je naurais pas cru rire autant en une seule soirée; je suffoquais sur les coussins, des larmes plein les yeux.

Il na pas fallu longtemps pour voir arriver dans le salon deux figures froissées par la dignité blessée: Gabriel, majestueux dans sa serviette, Gustave, outrageusement ébouriffé. Tous deux mont jeté un regard lourd de reproche et de fierté outragée, puis, sans un mot, se sont retirés, queue du chat haute et majesteuse, vers la cuisine, avec la démarche damiraux vexés.

Ce souvenir me fait encore sourire aujourdhui, et dans un vieux tiroir survit léclat dun bonheur simple qui, décidément, na jamais eu besoin de grandes déclarations.

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Mon mari n’aime pas qu’on le surprenne dans des situations cocasses, lui qui se veut si macho. C’est pourquoi je jette un coup d’œil discret dans la salle de bain, profite du spectacle, m’éclipse derrière le mur et… sûrement, je vais éclater de rire toute la soirée !
Je lui ai menti chaque mardi pendant huit mois. Je la regardais droit dans ses yeux bleu pâle en débitant des histoires à dormir debout sur le « programme ». C’était la seule condition pour qu’elle accepte de ne pas partir.