«Je cherche une compagne dynamique et pleine d’énergie, pas une femme de mon âge» : À 50 ans, la donne a changé… Un célibataire de 55 ans a dissimulé 7 années et son ventre, mais s’est vexé en découvrant l’âge de la dame…

Il me faut une femme, mais pas une contemporaine, vois-tu… Cinquante ans cest déjà autre chose. À cinquante-cinq, mon cher Paul, il a caché sept ans de trop et son ventre, puis sest vexé en apprenant lâge de la femme…

Je recherche une compagne qui nait pas plus de quarante-deux ans, cest le grand maximum. Et encore, si elle fait trente-cinq, ça mirait. Passé cinquante ans, tu comprends, ce nest plus pareil. Il me faut une femme pétillante et pleine dénergie, pas une camarade de promo.

Moi, bon, je ne suis pas Alain Delon, cest sûr, mais à lintérieur jai vingt-huit ans, pas plus ! Tu vois, pour un homme, les années ajoutent de la valeur ; pour une femme… disons que tu vois ce que je veux dire.

Avec mon amie Roselyne, nous étions à la table dà côté, spectatrices involontaires du monologue du monsieur. On était venues croquer un croissant après la séance de pilates, on parlait dun programme alimentaire, quand soudain notre conversation fut interrompue par cette tirade masculine.

Tu as entendu ? ricana Roselyne tout bas. Il devient de plus en plus rare, bientôt, on le donnera en promotion…

Chut, répondis-je en souriant. Écoutons encore un peu, cest presque du théâtre.

Pendant ce temps, lorateur poursuivait de son ton assuré :

Je naime pas manger les restes, tu vois ? Cest une question de principe. Une vraie femme doit cuisiner du frais tous les jours. Bon, tant que je suis seul, un petit paquet de raviolis me suffit, je ne suis pas difficile. Mais sil y a relation, alors, je veux du sérieux : une soupe maison, des steaks hachés, un bon clafoutis. Et mince, surtout ! Il me faut du contraste : moi imposant, elle toute menue à côté.

Et les enfants ? osa demander son copain, le scrutant avec un air perplexe. Tu en as déjà, non ? Les petits-enfants ne vont pas tarder.

Des héritiers, jen ai assez, répondit-il, jen veux pas dautres. Ce que je cherche, cest une compagne, une présence pour mon âme… et pour mon corps. Quelquun dactif, qui maccompagne dans la forêt, à la montagne… ou au moins jusquà la maison de campagne !

Jai failli métouffer avec mon jus dananas. En montagne ? Le monsieur na jamais dû dépasser le tabac du coin, à mon avis…

Rosy, pari que cest moi quil va venir draguer ? chuchotai-je en lui lançant un clin dœil.

Tu plaisantes ? sétonna-t-elle. Véro, tu sais bien que tas pas quarante ans…

Chut, cest pour la science sociale. Jétudie la profondeur du déni masculin.

La rencontre fut presque automatique. Nous avons échangé nos coordonnées, et le soir même, nous écrivions comme de vieux amis.

En ligne il sappelait Séducteur48.

Sa photo de profil devait avoir dix ans au moins : ventre rentré à fond, voiture de luxe en arrière-plan, regard assuré.

Quelques jours plus tard, Jérôme proposa un rendez-vous.

Il est venu tout apprêté costume de cérémonie où les boutons menaçaient de céder sous la pression du ventre, loyal et bombé.

Véronique, sourit-il, dévoilant des dents un peu éparpillées, tu es resplendissante aujourdhui.

Merci, Jérôme, répondis-je modestement. Toi aussi… tu fais bien illusion.

On sest revus plusieurs fois.

Pour ma part, cétait un test dimprovisation : je buvais ses histoires d« empire » (un stand au marché), dune voiture « presque achetée » (mais il préfère investir), et de combien le confort dun foyer est vital pour un homme.

Si on se baladait au parc, il haletait après cent mètres, expliquant pourtant quil sagissait dun « exercice respiratoire particulier ».

Puis le moment crucial arriva.

Jérôme, assoupli par le dîner accompagné de mes compliments, décida de tout révéler :

Véronique, murmura-t-il en prenant ma main. Tu es parfaite : svelte, organisée, jeune. Dailleurs, je dois tavouer… Je nai pas quarante-huit ans, en fait.

Vraiment ? demandai-je dun air faussement surpris. Alors, quel âge as-tu ?

Cinquante-cinq, souffla-t-il, surveillant ma réaction comme un juge. Mais, tu admettras, je fais mon âge, non ?

Oh oui, Jérôme ! Mexclamai-je avec entrain. Tu parais tout au plus cinquante-quatre. Jaime les hommes dexpérience, ça cest de la sagesse.

Il sépanouit aussitôt.

Parfait ! Javais peur, tu vois. Je suis intransigeant : pas de femmes de plus de quarante-deux ans pour moi, lénergie nest plus la même ! Toi, par contre, tu es solaire, une vraie jeune fille.

Merci, mon cher, fis-je en caressant sa calvitie du bout des doigts. Jai dailleurs aussi un petit secret.

Ah bon ? Il devint nerveux. Des enfants ? Des dettes ?

Non, rien de tout ça. Lâge.

Il se raidit instantanément.

Comment ça ? Tu nas pas quarante ans ?

Presque…

Trente-huit ? demanda-t-il avec espoir.

Je sortis mon identité de mon sac et la lui tendis.

Ouvre, Jérôme. Tu verras par toi-même.

Il la prit dune main tremblante, louvrit, et resta longtemps sans voix, fixant la date de naissance comme sil résolvait une énigme.

1975.

Cinquante… murmura-t-il, livide. Tu as cinquante ans ?

Exactement, Jérôme. Jai fêté mon jubilé il y a deux mois.

Lidentité lui glissa des mains, il me dévisageait comme si jétais devenue soudain une sorcière juste en face de lui.

Mais, comment ? Tu paraissais…

Comme une femme qui prend soin delle, Jérôme. Pas comme une qui sempiffre de beignets.

Mais tu mas trompé ! cria-t-il. Javais bien dit : pas plus de quarante-deux ans. Cest une question de principe. Je ne veux pas fréquenter une contemporaine…

Eh bien tu sais, je ne suis pas ta jumelle non plus. Et rien ne ta dérangé jusque-là, si ? Tu entends des grains de sable tomber, quelque part ?

Jérôme rougit soudain.

Non, mais le chiffre, tout de même… Cinquante. Cest presque la retraite.

La vieillesse, Jérôme, cest quand ton esprit ne veut plus voir la réalité, lançai-je calmement en me levant. Moi, je suis dans la fleur de lâge. Et vois-tu, jai compris un truc aussi.

Quoi donc ? demanda-t-il, les yeux tout délavés.

Quà cinquante ans, jai besoin dun homme. Pas dun ensemble de complexes, de ventres et de stands au marché. Mon feu te consumerait dès la première étincelle.

Je repris mon identité et me dirigeai vers la porte.

Véro ! cria-t-il. Attends. Quest-ce quon devient ?

Comment ça, on ? répliquai-je en me retournant. Daprès toi, on est des contemporains. Mais toi, tu veux une jeune. Alors cherche-la, va ! Peut-être trouveras-tu celle qui na plus une vision nette.

Je sortis de chez lui, de ce nid vieillot, en respirant lair du soir avec soulagement.

En bas, Roselyne mattendait dans la voiture.

Alors ? demanda-t-elle alors que je masseyais. Il a dévoilé son vrai visage ?

Plus que ça ! dis-je en riant. Fallait voir sa tête quand je lui ai montré ma carte didentité. Comme sil venait de découvrir que la Terre était ronde.

Et alors ?

Oh, il va continuer à chercher sa « jeunesse », à se torturer. Quant à moi, ce soir, je fête… Jai rendez-vous avec un homme qui a quarante-cinq ans, à qui peu importe ce qui est écrit sur une carte.

Tandis que Jérôme met à jour son profil sur le site de rencontres « Cherche femme exclusivement de moins de 40 ans. Honnête ! ». La photo na pas changé, elle a toujours dix ans de moins.

Dites-moi, pourquoi certains hommes redoutent-ils tant leurs contemporaines ? Faut-il mentir sur son âge pour se donner une chance, ou choisir la sincérité dès le début ?

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Restée comme la Belle au bois dormant sans son prince