Ma chère famille

Ma famille

Oh là là, Maëlys, mais quest-ce que tu es belle ! sexclama Anne avec émerveillement, en entrant dans la chambre de sa fille.

Maëlys était debout devant le miroir, attendant que Chloé, sa meilleure amie et accessoirement styliste, termine avec le voile. Les dernières épingles se glissèrent dans sa coiffure, et Maëlys se tourna vers sa mère.

Vraiment, maman ? Ça va ?

Tu es magnifique, ma chérie ! La plus belle des mariées ! répondit Anne en souriant tendrement. Elle se souvint alors que sa propre mère lui avait dit ces mots le jour de son mariage Cest sûrement une phrase que toutes les mamans disent en voyant leur fille en robe blanche.

Le choix de la robe avait pris une éternité. Maëlys avait ses exigences ! Peu lui importaient la mode ou lavis des autres, il fallait juste quelle sy sente bien. Comme elle avait un goût raffiné et quelle pouvait porter nimporte quoi, jamais personne ne lui avait fait la moindre remarque sur ses choix de tenue. Alors la robe de mariée, elle voulait qu’elle soit différente. Pas la dernière tendance, ni un modèle vu mille fois, mais sa robe à elle. Au salon, les conseillères étaient désemparées. Comment satisfaire une mariée aussi pointilleuse ? Heureusement, Karine, la propriétaire de la boutique, eut une idée.

Attends, jai peut-être ce quil te faut.

Elle sortit de la pièce et revint quelques minutes plus tard avec une housse. Lorsque Karine dévoila la robe, Maëlys eut un petit cri de surprise. Cétait celle-là ! Des lignes sobres, aucune fioriture, un tissu somptueux. Maëlys se regarda dans le miroir, convaincue. Cétait parfait, comme si elle la portait déjà depuis toujours, aucune retouche à prévoir.

Alors ?

Je la prends !

Karine sourit avec une petite lueur de nostalgie dans le regard qui disparut aussitôt. Inutile de dire que cette robe, elle lavait commandée pour elle il y a des années, avant quelle ne décide dannuler son propre mariage. On ne se marie pas sans amour ni confiance. Sil manque lun, lautre finit par sen aller aussi. Ah, Achraf Pourquoi as-tu fait ça ? Je voulais tellement une famille, des enfants. Mais tu as menti, tu as jonglé entre deux vies, incapable de choisir. Le choix est fait, maintenant Karine secoua la tête pour chasser ses pensées tristes. À quoi bon ruminer le passé ? Il faut avancer.

Jai aussi un voile parfait pour cette robe, je vais le chercher.

Maëlys lança un clin dœil à sa mère :

Tu vois, je tavais dit que je trouverais ce quil me fallait !

Anne acquiesça, émue. Elle se disait quelle garderait ses moments en mémoire comme les meilleurs de sa vie. Elle se rappela son propre mariage où, à lépoque, il nétait pas question de choisir une robe au hasard dans une boutique. Soit on prenait ce qui était disponible, soit on la faisait soi-même. La meilleure amie de sa mère travaillait en atelier et avait confectionné sa robe, tandis quune tante avait trouvé le tissu, lautre les garnitures. Elle la trouvait magnifique, sa robe, mais pourtant le bonheur nétait pas venu avec. Ils se sont séparés avec son mari quand Maëlys avait à peine deux ans. Un nouvel amour est arrivé, de nouvelles passions Anne navait plus sa place, pas plus que la petite fille quelle avait eue. Maëlys a grandi sans son père, qui sest toujours acquitté de sa pension alimentaire. Bien sûr ! Sil ne lavait pas fait, ça aurait fait mauvais genre et les gens auraient douté de sa respectabilité. Mais le reste était en ordre. Cétaient juste des changements de vie, une autre famille. Ça arrive. Mais Grégoire na jamais voulu voir sa fille.

Jai pas besoin de problèmes en plus.

Anne na pas insisté. Après tout, un père indifférent, cest encore pire que pas de père du tout.

Elle a essayé de reconstruire sa vie, pour que Maëlys ait quelquun dautre. Mais avec le beau-père, ça na pas du tout marché. Lhomme avec qui Anne a vécu un peu plus dune année naimait pas du tout les enfants. Il appréciait Anne, peut-être à sa façon, mais Maëlys, cétait trop pour lui. Et puis, un jour, il a suggéré denvoyer la fillette vivre chez son père. Anne a fait ses valises sans rien dire et dehors !

Ten fais pas, ma fille, on va sen sortir, toutes les deux. On na besoin de personne dautre.

À lépoque, Maëlys na saisi quune seule chose : sa maman la choisie, elle. Et ça, elle ne la jamais oublié. Peut-être que cest pour ça, à ladolescence, et plus tard, quAnne na jamais eu de gros soucis avec sa fille. Pour Maëlys, sa mère a toujours été la personne la plus précieuse.

Maëlys, il est lheure Faut filer, sinon tu vas être en retard ! Anne retoucha rapidement le voile de sa fille et lembrassa sur le front. Sois heureuse, mon amour !

Maëlys agita les mains, hilare.

Maman ! Tu vas me faire pleurer et Chloé va me tuer. Elle vient de me maquiller pendant une heure pour que ça reste naturel, et voilà que tu gâches tout.

Elle serra Anne dans ses bras et souffla à loreille :

Je vais tout faire pour être heureuse

La journée du mariage passa à toute allure. En rentrant dans la maison désormais vide, Anne referma la porte et sassit sur le petit banc de lentrée. Voilà, cest fini. Elle était seule, à présent. Maëlys allait vivre avec son mari dans lappartement de la grand-mère, celui quAnne leur avait offert. Denis, le mari de Maëlys, navait pas de logement, et quand Maëlys avait suggéré daller vivre chez les parents de Denis, Anne navait rien dit, mais le soir, une fois Denis parti, elle tendit à sa fille les clés dun appartement.

Ne dis rien, ma chérie. Installez-vous, rien quà deux.

Mais, et les locataires ?

Jai déjà tout réglé, ils partent avant le mariage.

Mais maman, cest de largent Et tout était prévu, on devait louer quelque chose pendant un moment.

De quoi ai-je besoin de plus ? Tu sais bien, je men sors, je travaille encore. Ça ira pour moi. Profitez, cest tout ce qui compte. Pourquoi louer quand on a déjà un toit ?

Maëlys faisait des petits bonds sur place, serrant les clés contre son cœur.

Maman, merci ! Ce rêve de maison à nous, il devient presque réalité.

Une maison ?

Oui ! Une grande, lumineuse, pour que tout le monde ait sa chambre. Au moins trois chambres denfants ! Maëlys rougit tout à coup et se serra contre sa mère. Cest trop ?

Pourvu que vous soyez heureux plus il y a denfants, mieux cest tant que tout le monde a la santé !

Tu me comprends, toi

Et puis, tes enfants auront une jeune grand-mère ! plaisanta Anne en lembrassant sur la tête. Profite de la vie, mon cœur, fais comme tu veux, cest ta vie.

Anne ne raconta pas à sa fille la conversation quelle avait eue avec les futurs beaux-parents la veille.

Les fiançailles se sont passées comme il fallait, dans la maison de la mariée. Anne avait passé sa journée aux fourneaux. Cuisiner, elle adorait, mais entre elle et Maëlys, un plat simple suffisait, donc cétait loccasion de se faire plaisir. Les parents de Denis lui parurent corrects, au premier abord, mais la belle-mère de Maëlys, après avoir chipoté dans son assiette, pinça les lèvres :

Bizarre On ne fait pas comme ça chez nous

Anne haussa les sourcils. Le poisson à la recette de grand-mère, tout le monde adorait dhabitude ! Le rôti aussi, elle avait passé des heures dessus. Le père de Denis mangeait en silence, se resservant, visiblement ravi du menu.

Maëlys sait-elle cuisiner ? demanda Madame Dubois, en repoussant son assiette. Il va falloir tout lui apprendre. Bah, pas de souci, on sy fera. Il y a de la place pour tous au moins dans notre maison. Finalement, cest peut-être mieux quils vivent avec nous, Maëlys finira par shabituer, comprendra comme il faut soccuper de Denis. Cest quil a été chouchouté Fils unique, hein ? Et Maëlys, cest aussi ta seule fille ?

Oui.

Et tu las élevée toute seule ? Sans son père ?

Cest comme ça.

Forcément, cest important, lexemple dune vraie famille. Comment veux-tu quune fille apprenne à tenir sa place si un homme na jamais été présent à la maison ? On aime beaucoup Maëlys, mais une enfant élevée seule, cest plus compliqué de shabituer à une vie de famille.

Anne se força à rester polie. Maëlys lui avait déjà fait promettre de ne pas sénerver. Elle lui avait confié que Denis était vraiment différent de ses parents.

Il est super Maman, tu verras. Et surtout, ne tinquiète pas si tu entends des choses. Il a du mal lui aussi, mais il ne peut pas y couper

En débarrassant la table, Anne sattarda dans la cuisine. Elle sursauta en entendant la voix de Madame Dubois derrière elle :

On peut parler maintenant, sans les enfants ?

Son mari, Serge, était là, silencieux, avec dans le regard une sorte de gêne. Manifestement, il napprouvait pas tout ce qui se disait mais nosait pas le montrer. Anne hocha la tête en se préparant à écouter.

Anne entre nous Je suis une mère, moi aussi. Je veux ce quil y a de mieux pour mon fils. Il prend aujourdhui une grande décision, peut-être la plus importante de sa vie, et je veux savoir que tout se passera bien, voilà tout. Je voudrais éviter quil ne doive recommencer tout ça plusieurs fois

Devant le silence dAnne, elle continua, comme si elle nallait plus sarrêter.

On aime beaucoup Maëlys, vraiment. Mais il y a des choses auxquelles je voudrais avoir des réponses. Uniquement toi peux me les donner.

Je vous écoute. Anne se retint de mettre fin à la conversation. Son cœur serrait, elle savait que lautre mère avait aussi ses angoisses.

Je comprends que vous êtes séparée depuis longtemps du père de Maëlys et que vous navez plus de contacts, mais vous connaissez quand même sa famille ?

Évidemment.

Il y a eu des maladies graves ? Pourquoi vous êtes-vous séparés ? Il buvait ? Des antécédents ?

Rien de tout cela.

Sois plus précise ! On aimerait sassurer que tout va bien du côté de la santé de Maëlys, savoir si Denis peut envisager davoir des enfants avec elle. Et vous, en tant que médecin, vous savez limportance de la génétique. Je veux bien fermer les yeux sur le fait que Maëlys ait été élevée sans père et que, occupée comme vous étiez, vous nayez pas eu le temps de tout faire. Mais il faut que je sache, elle entre dans ma famille, après tout !

Anne sentit la colère monter en elle, prête à exploser et à tout faire capoter pour Maëlys. Mais elle croisa le regard suppliant de sa fille dans lencadrement de la porte, qui lui faisait signe de ne pas réagir. Elle ne savait pas de quoi il retournait, mais elle sentait lorage venir.

Maman ?

Oui, Maëlys. Anne souffla doucement. Jai bientôt fini ici. Va sortir le service à thé, tu veux bien ?

Dun coup, elle se calma. Quand la jeune fille ressortit, Anne se tourna vers Madame Dubois.

Maëlys a une excellente santé, tous les certificats le prouvent si vous voulez les voir. Donc, il ny a aucune raison de vous inquiéter. Pour le reste, je ne vous poserai aucune question. Je crois que les jeunes sauront sarranger. Écoutez, Élisabeth, Anne interrompit sa future belle-famille dun geste je comprends vos questions. Mais jespère que ça ne poussera jamais votre fils à devoir refaire ce choix si important dont vous parliez tout à lheure.

Anne prit le plat de millefeuille maison et fit signe à Élisabeth de la suivre :

On ne va pas faire attendre les autres. Je compte sur vous pour maider !

Alors quAnne versait le thé, elle croisa le regard de Serge, plein de gratitude et de compréhension. Elle décida quil ny aurait pas de suite à cette discussion ce soir-là.

Jusquau mariage, personne ne se revit vraiment. Maëlys et Denis travaillaient déjà tous les deux et avaient tout organisé, sans demander daide.

La maison, ils lont commencée deux ans plus tard. Ils ont vendu lappartement de la grand-mère pour acheter un terrain. Maëlys, enceinte, sétait tant investie dans le chantier quon aurait cru quelle faisait ça depuis toujours et même les ouvriers riaient en disant quils navaient jamais vu une « patronne » comme ça. Impossible de terminer avant la naissance ; donc Maëlys, tout juste sortie de la maternité, est revenue chez Anne.

Excuse-moi darriver ici, Anne, Denis posa délicatement le petit paquet contenant leur bébé dans le lit de la chambre quAnne leur prêtait, mais Maëlys, comme moi, on préfère venir ici.

Tu as bien fait, Denis, répondit-elle calmement, ravie de le voir si ému. Tu as peur ? Ouvre, tu verras, la petite a chaud.

Je ne maîtrise pas encore Denis hésita devant le bébé.

Allons, ne tinquiète pas, cest ta fille, tu ne peux pas lui faire de mal. Essaie, fais confiance à ton instinct.

Anne tira sa fille par la manche pour la laisser faire le papa.

Avec le bain, la promenade, Denis a très bien assuré. Quand Élisabeth est venue voir sa petite-fille, elle sest contentée de secouer la tête :

Cest pas un travail dhomme, ça

Vieux préjugé, coupa Anne en souriant à Denis, qui tenait fièrement le bébé.

Elle ne disait pas, mais elle aurait bien aimé chipoter à la place des jeunes Comme toutes les grands-mères ! Mais bon, chacun apprend.

Sophie était un bébé costaud, en pleine santé. À la pendaison de crémaillère, Maëlys envisageait déjà un deuxième enfant, mais le malheur est arrivé soudain.

Maman, Sophie a de la fièvre, Anne sentit son cœur se serrer. Jamais sa fille nétait apparue aussi paniquée au téléphone.

Haute ?

Oui, et rien ne la fait baisser.

Appelle le SAMU, jarrive !

Anne traversa tout Paris en priant quil ne soit rien arrivé de grave.

Ce soir-là, on ne la pas exaucée. Urgences, réanimation, deux jours de veille angoissée après que le médecin ait dit :

Attendez, on fait tout ce quon peut

Maëlys restait figée devant la porte de la réa, les poings crispés. Anne essayait juste de lui faire avaler un café ou un biscuit de temps en temps.

Tu dois garder des forces, Maëlys. Quand Sophie ira mieux, elle aura besoin de toi solide.

Denis courait entre la clinique et le bureau. Anne lentourait de ses bras quand elle sentait quil allait craquer :

Tiens le coup ! Sinon, Maëlys ne tiendra pas.

Élisabeth débarqua le lendemain, lançant questions sur questions :

Quest-ce quelle a ? Pourquoi est-ce quelle est malade, cette enfant ? Cest génétique ? Une infection ?

Sil te plaît, Élisabeth Anne nen pouvait plus. À quoi ça sert ?

Mais tout de même Élisabeth osa un regard inquiet vers Maëlys, qui murmurait en fixant le sol, et vers Denis, qui lui tenait la main en silence. Anne la fusilla du regard et soudain, la belle-mère se reprit : Excuse-moi

Anne hocha la tête. Il y a des limites à ce quon peut dire, et chacun apprend à son rythme.

Sophie finit par se réveiller au bout de deux jours, réclamant aussitôt sa maman. Anne soupira de soulagement pendant quon la montait en chambre.

Quelques jours plus tard, Anne revint à lhôpital. Après avoir joué avec Sophie et surveillé que Maëlys mangeait bien, elle sapprêtait à partir, mais sa fille larrêta.

Maman, attends Denis va arriver. On voulait te demander un service.

En comprenant la question, Anne ferma les yeux un instant, heureuse.

Tu peux compter sur moi, évidemment !

Merci ! Deux enfants, et Sophie va demander de lattention je ny arriverais pas sans toi.

Oh tu ten serais sortie ! Sérieusement, ton mari est génial, non ?

Denis, caché sous la couette avec Sophie, lança en rigolant :

Ça ne dérange personne, que tu viennes habiter un moment chez nous ?

Contre ? Évidemment, jaurais préféré chez moi, mais je suppose quil va falloir sorganiser ! Anne ne demanda même pas pourquoi Denis nen avait pas parlé à sa mère. Mais cest temporaire, juste le temps que Sophie reprenne la forme. Je me considère comme une travailleuse saisonnière.

Oh maman !

Quoi ? Cest vrai ! Aider, oui, mais habiter ensemble, non. Vous, vous êtes une famille, je viens juste prêter main forte.

Mais jaurais tellement aimé tavoir à la maison tout le temps

Anne embrassa sa petite-fille et se leva :

Je suis là, tout le temps. Mais voilà, je suis une vieille célibataire, et cest votre nid Cest important. Lessentiel, cest de sentraider Allez, ma saison commence, nest-ce pas, Sophie ? fit Anne en lembrassant.

De retour chez elle, le téléphone sonna.

Anne ? Dis-moi, tu ne trouves pas ça curieux ? Pourquoi cest toi qui ten occupes ? Élisabeth était fidèle à elle-même. Je pense que je peux faire bien plus, tu travailles, moi je suis libre, franchement, les enfants, je my connais, pas toi.

Écoute, Élisabeth, ce nest pas mon choix. Ce genre de choses, tu devrais voir avec eux, non ? Si on me demande, jaide, cest tout.

Denis na même pas voulu mécouter ! Je ne sais pas ce que tu as de plus que moi, mais cest franchement bizarre. Je suis la mère ! Comment ça se passe ?

Je ne sais pas Tu devrais peut-être lui demander ?

Avec toi, cest impossible ! finit-elle par sagacer. Tu devrais refuser, dire que tu es trop occupée.

Tu técoutes, Élisabeth ? Non, je vais juste te demander un truc. Tu as vu Sophie dernièrement ?

Pourquoi faire ? Tu es toujours là, tu fais tout pour elle, je ne peux même pas lui apporter une soupe, tu ten es déjà occupée !

Voilà ta réponse. Désolée, je dois y aller, bonne soirée.

Anne hésita un moment, téléphone en main. Détruire un équilibre dans une famille, cest facile, mais reconstruire derrière, ça, cest autre chose. Élisabeth comprendra peut-être un jour. Anne composa le numéro de Denis avec résolution :

Denis, faut quon parle

Trois ans plus tard.

Mamie, cest toi qui maccompagnes à la danse aujourdhui, ou cest mamie Élisabeth ?

Cest moi, ma puce. Élisabeth est au parc avec Paul. Maman doit bosser.

Alors je déjeune chez toi ?

Oui.

Génial ! Tu referas les petits pains de la dernière fois ?

Tu as aimé ? Alors oui ! Anne observait sa petite-fille dans le rétro, calée dans son siège auto.

Mamie ?

Oui, mon cœur ?

Ce week-end, on va au zoo avec toi, ou avec mamie Élisabeth ?

On ira tous ensemble. Même papy viendra ! Ça lui fera du bien.

Et tu machèteras des ballons ?

Et de la glace, et même de la barbe à papa !

Super ! Fais-en pour Paul aussi, daccord ?

Daccord ! Anne sourit.

Mamie ?

Oui ?

Je peux te dire un secret ? Un vrai secret ?

Tu peux tout me dire.

Je vais avoir un autre frère ou une sœur.

Anne écarquilla les yeux. Quelle nouvelle ! Cest vrai que Maëlys souriait bizarrement ces derniers temps, mais nen avait pas parlé. Depuis quAnne avait refusé demménager définitivement chez eux, et quelles ont décidé dorganiser laide entre les deux grands-mères, Maëlys la respectée encore plus, même si elle partage ses petites nouvelles dabord avec Denis, et seulement ensuite avec sa mère.

Il y a eu des hauts et des bas, parfois des engueulades, mais ils ont tous fini par trouver leur rythme. Chacun a fait un effort. Le plus important, cétait la santé de Sophie et du bébé à venir. Et aujourdhui, Sophie et Paul avaient deux mamies et un super papy.

Comment tu sais ? Anne baissa le son de la radio.

Maman et papa en ont parlé hier soir, ils pensaient que je dormais. Mamie Est-ce que je peux espérer une sœur ?

Pourquoi tu demandes ?

Parce que, si cest un garçon, il va être triste de savoir que je ne le voulais pas dès le début.

Anne sourit une nouvelle fois. Quelle belle enfant !

Tu aimes Paul ?

Oui, beaucoup !

Tu aimeras aussi ton frère, si cest un garçon, et lui aussi taimera. Daccord ?

Daccord !

Alors on attend de savoir, quand le médecin aura dit si cest une fille ou un garçon, daccord ? Et tu sais quoi ?

Quoi ?

Jai toujours rêvé davoir un frère, même deux !

Vrai ?

Juré.

Alors daccord. Sophie arrangea ses jouets à larrière de la voiture. Le lapin venait de mamie Anne, lours de mamie Élisabeth. Jattendrai un frère aussi.

Tu veux un autre secret ? demanda Anne en tournant dans la rue de la maison de Maëlys.

Oui !

Cest comme un cadeau de Noël. Tu ne sais pas ce quil y a dans la boîte avant de louvrir.

Tu mas déjà acheté un cadeau ? demanda Sophie, malicieuse, tandis quAnne la détachait.

Pour Noël ? Pas encore. Mais pour ton anniversaire, oui. Tu veux un scoop ?

Oui !

Mamie Élisabeth aussi. Mais pas question de te dire ce que cest !

Mais enfin !

Tu râles ? Ton anniversaire arrive, tu verras bien !

Daccord ! Sophie prit son lapin par les oreilles et fila jusquau portail.

Anne récupéra le sac de piscine du coffre et salua Élisabeth qui arrivait avec Paul.

Salut, mamie !

Salut, toi ! Tu es en forme, à ce que je vois ! sourit Élisabeth. On va se promener.

Et nous, on file à la danse, juste le temps de se changer.

En regardant Sophie, toute joyeuse, blottie contre Élisabeth, Anne se demanda comment tout pouvait être si compliqué et pourtant si simple. Aimer ceux qui sont là, écouter, entendre, voir et sentir quon compte pour quelquun, quon est indispensable Cest ça, être une famille, tout simplement.

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