Mon mari n’aimait pas mes rondeurs et m’a quittée pour une femme mince, mais cinq ans plus tard, nos chemins se sont recroisés.

Après avoir donné naissance, jai pris un peu de poids. En vérité, le chiffre sur la balance na pas vraiment changé, mais… Mon mari sest mis à grogner, à râler, toujours autour de ça, comme si chaque mot était une pierre que je devais porter dans ma poche.

Au lieu de me serrer contre lui et de me dire : « Ce nest rien, ma chérie, tu restes la plus belle », et dattendre simplement que je me retrouve, il a pris la tangente. Disparition soudaine, un matin, la porte sest refermée et il nest jamais revenu. Je suis restée là, dans le couloir, avec mon petit garçon dans les bras, et inutile douvrir les rideaux sur ma détresse, je crois que tout le monde voit la lumière.

Finalement, lasse de broyer du noir, jai trouvé en moi le courage de revenir vers la vie. Je me suis offerte un chien, un grand Braque français, et chaque matin nous courions ensemble dans les rues de Lyon, glissant entre les boulangeries et les statues sur les quais du Rhône. Mon ventre résistait, mon esprit se dissipait. Le sport ma domptée, ma soulagée, même si le moral restait parfois embué comme un miroir en hiver. Puis, j’ai décroché un travail, et je me suis inscrite dans une salle de fitness du quartier Croix-Rousse.

Mon entraîneur, Monsieur Lefèvre, nétait pas du genre à crier sur les tapis roulants : attentif, doux, il me guidait avec patience, comme sil façonnait une sculpture. Au fil des années, la salle est devenue mon sanctuaire. Non seulement jai retrouvé une silhouette qui me plaisait, mais je l’ai transformée, presque une fois et demie plus vivante et plus sûre delle ! À nouveau, j’ai appris à aimer mon corps, à le caresser du regard.

Un soir, fatiguée mais rayonnante, mon sac de sport en bandoulière, vêtue de mon débardeur bleu nuit, japerçois devant mon immeuble une silhouette étrange avec un bouquet de pivoines et une boîte de chocolats Valrhona. Cétait mon ex-mari, statique, les yeux fixés sur la porte, tambourinant en vain ; mon fils, derrière, refusait douvrir. Soudain, je réalise que je suis là, absolument présente, dans ce rêve flou où tout vacille, jai lopportunité doffrir le goût du regret aux abandonnés de la terre

Je lève les bras, fais vite cinq squats sur le trottoir, redresse la poitrine et avance vers lui, le pas léger mais déterminé.

Et tu sais ce quil me souffle, dun ton hésitant ? Mademoiselle, vous habitez ici ? Vous pouvez me laisser entrer ?

Jai ri, un rire sec, amer, presque doux, cachant mon visage dans mes mains. Une joie triomphante me traverse, comme du vent sur la mer. Jai dit quelque chose de drôle ? semporte-t-il, crispé. Quest-ce qui tamuse ? ai-je murmuré Au bureau détat civil Quand jai promis daimer et de protéger Je me tourne vers lui, le regard acéré : Maintenant, enfin je peux rire ! Il baisse les yeux, marmonne. Dix secondes pour quitter cette cour, lai-je prévenu, le ton grave. Puis-je au moins voir mon fils ? supplie-t-il. Pars vite ! Dehors Je le regarde séloigner, traînant sur les pavés, se retournant encore et encore

Mais cela ne sert à rien. Les rêves se réalisent lorsque lon sy accroche, même dans létrangeté du sommeil.

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