Nous roulions sur l’autoroute lorsque soudain un énorme ours a surgi sur la chaussée et s’est mis à avancer lentement vers notre voiture.

Il y a de cela bien des années, mon mari Étienne et moi revenions de la campagne, longeant la route sinueuse à travers les forêts épaisses près de Fontainebleau. Ce soir-là, la chaussée brillait sous une fine pluie et tout nétait que silence autour de nous ; rien ne laissait présager le moindre danger. Nous parlions en souriant, songeant déjà à la douce chaleur de notre foyer que nous rejoindre bientôt.

Soudain, un sanglier colossal surgit devant notre voiture, comme tombé du ciel. Étienne freina brutalement, la voiture tressaillit et mon cœur manqua un battement. La bête imposante sarrêta net à moins dun mètre du capot. Elle se dressa, massive, dominant la route, menaçante et immobile. Tout son corps semblait prêt à bondir.

Il nous fixait dun regard froid, immobile, presque hypnotique. Puis, dans un silence glaçant, lanimal posa une patte sur lasphalte, sapprochant lentement, mesuré, sûr de lui. Jétais pétrifiée, persuadée quil était affamé, et quune seconde de plus et il se jetterait sur nous. Les vitres et les portières ne me paraissaient plus offrir aucun refuge.

Étienne glissa doucement en marche arrière, espérant gagner quelques précieux mètres. Nous savions bien que face à un sanglier déterminé, aucune ruse ni moteur ne pouvait garantir notre sécurité. Jétais incapable du moindre mouvement, figée, le regard rivé sur la bête.

Et cest alors quun événement inattendu survint un véritable miracle à mes yeux. Un vieux chêne, dont les racines bordaient la route depuis bien longtemps, bascula soudain dans un craquement effroyable. Il seffondra dans un vacarme assourdissant, tout près de notre véhicule. Si larbre avait chuté juste un peu plus sur le côté, il nous aurait broyés sous son poids. Nous étions saufs par chance ou peut-être par la volonté du destin.

Sous le choc du fracas, le sanglier sursauta, puis, sans plus sattarder, détala dans la forêt. En quelques secondes, la bête disparut parmi les arbres, ne laissant derrière elle quun lourd silence, comme si le temps sétait figé.

Il marrive souvent de penser à cette soirée. Venait-il pour nous attaquer ? Ou cherchait-il plutôt à nous avertir dun danger que nous ne voyions pas ? Peut-être a-t-il simplement pris peur du bruit terrible. Je nai jamais trouvé de réponse. Mais ce regard sombre, cette rencontre figée dans le temps, ne me quittera jamais.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

2 + eight =

Nous roulions sur l’autoroute lorsque soudain un énorme ours a surgi sur la chaussée et s’est mis à avancer lentement vers notre voiture.
Tricoter des souvenirs dans le silence des murs