Camille, a retenti la voix de ma belle-mère. Camille, qui était en pleine conversation téléphonique, sursauta. Tu es toujours là, comme dhabitude, dit ma belle-mère, visiblement agacée. Camille fit mine de ne pas lentendre et continua sa conversation. Tu parles sans arrêt, tu ferais mieux de préparer quelque chose à manger pour mon fils, poursuivit ma belle-mère.
Laisse-moi tranquille, murmura Camille entre deux phrases au téléphone. Regarde-la ! Bon, daccord ! La belle-mère sen alla en maugréant. Une fois lappel terminé, Camille poussa un profond soupir. Elle était épuisée par cette situation récurrente. Lan passé, Camille et moi avions enfin fini de rembourser notre prêt immobilier. Ce nétait quun petit appartement dune pièce, mais on avait une grande cuisine et un balcon agréable. Enfin, nous pouvions songer à agrandir la famille. Camille travaillait depuis la maison ; je savais, mieux que personne, comme cela pouvait être usant. Mais ma mère ne voyait pas les choses ainsi.
Les parents de Lucien vivaient dans la campagne du Gers, et nous ne pouvions pas leur rendre visite très souvent. Entre-temps, notre voisin avait lintention dacheter davantage despace et essayait depuis longtemps de convaincre mes parents de vendre leur maison. Finalement, un appartement à côté du nôtre sest libéré. Ma mère, alors réticente à lidée de vivre à la ville, a changé davis du jour au lendemain et a vendu la maison. Mon père travaillait encore, mais ma mère venait de partir à la retraite ; elle sennuyait seule au village, et pensait retrouver de lanimation en ville, auprès de Camille, sans comprendre que Camille travaillait au téléphone toute la journée, et non pas à bavarder ou à naviguer sur internet. Elle accomplissait toutes ses tâches sérieusement de son côté.
Cest comme ça que, chaque matin dès que je partais, ma mère se retrouvait déjà du côté de chez nous. Camille avait essayé dexpliquer ; moi aussi, rien ny faisait. Après quelques jours, rebelote : ma mère toquait encore à notre porte. Un matin, nous avons décidé de ne pas répondre. Camille travaillait donc au rythme de la sonnette. Ma mère sest alors mise à crier quelle allait appeler la police ; ce nest quà ce moment-là que Camille ouvrait. On ne savait vraiment plus comment se défaire de sa présence continuelle, mais cela ne pouvait pas continuer ainsi. Un jour, ma mère sest vexée, mais cela na duré quun jour.
Le lendemain, elle était à nouveau là, avec ses conseils et ses histoires interminables. Je nen peux plus, ai-je confié un soir à Camille. Elle ne técoute pas, alors moi, nen parlons pas… Je comprends, répondis-je. Mais je ne sais plus quoi faire. Ce sont mes parents qui ont pris la décision de vendre, je ne pouvais pas les en empêcher. Et si on trouvait une occupation à maman ? Jai déjà regardé, je ne vois pas quoi lui donner à faire. Un silence pesant est tombé entre nous.
Combien avons-nous mis de côté ? a soudain demandé Camille. Regardons Pourquoi ? Parce que, si on doit bientôt accueillir un bébé, il nous faut plus grand ! Nous sommes à létroit ici. Plus grand ? Dans un autre quartier ? Oui, pourquoi attendre davantage ? Cest impossible, sest exclamée Camille en se jetant dans mes bras, ravie. Le lendemain, elle traversait lappartement en rêvant au futur, si insouciante que la prochaine visite de ma mère ne la dérangeait même plus. Deux semaines plus tard, nous avons annoncé à mes parents notre projet de déménager.
Comment ça ? sassit ma mère, interloquée. Très bien, mes enfants ! Où dormiront donc mes petits-enfants ? ajouta mon père sur un ton qui se voulait sévère mais complice. Maman, voyons, nous ne partons pas dans une autre ville, juste dans un autre quartier de Toulouse. Tu as plein de voisins de ton âge dans limmeuble ! Bien sûr, nous viendrons vous rendre visite, lai-je rassurée aussitôt.
Étrangement, ma mère sest rapidement fait des amis dans limmeuble. Quant à nous, nous avons pu commencer un nouveau chapitre de notre vie, dans un appartement adapté à nos envies.
Cette expérience ma rappelé que parfois, il faut du courage pour changer les choses, mais au final, cest souvent le meilleur choix pour tout le monde.





