« On va commander du papier peint violet », déclara le mari dIsabelle.
« Tu ne vois pas que ça ne va absolument pas avec la couleur du parquet ? Beige serait mieux… »
« Ma mère naime pas le beige, tu le sais très bien. »
« Mais ta mère aime les travaux gratuits », répliqua Isabelle.
La mère de son mari avait déjà laissé entendre à plusieurs reprises quil serait bon de refaire la décoration chez elle. Isabelle navait rien répondu. Son mari, Antoine, avait trouvé lidée excellente. Après tout, il sagissait de sa propre mère. Isabelle, de son côté, était contre, mais elle préféra garder le silence.
Au fond, ce nétait pas son affaire. Si son mari voulait sen charger, quil le fasse. Et puis, que sa belle-mère fasse les choses elle-même. Mais aussitôt les travaux commencés, la belle-mère montra quelle attendait seulement le résultat final, sans jamais dire « merci ». Elle dressait seulement une liste de souhaits.
« Isabelle, il ne sagit pas là de travaux gratuits, ce sont des travaux pour sa maman », affirma Antoine.
Bien sûr que oui.
Évidemment que oui. Sa mère adorait tout ce qui était offert. Isabelle le savait bien et navait pas peur de le répéter à Antoine. Si sa mère naimait pas un résultat, il fallait tout refaire. Isabelle ne se trompait pas : une fois les travaux achevés, la mère arriva, examina lappartement et déclara :
« Ce nest pas terrible. Le papier peint ne ressemble pas du tout à ce que javais imaginé. Et la cuisine, cest nimporte quoi. Ces placards, quelle horreur ! Tout est tellement mal fait, on dirait quon se moque de moi. Vous savez, je pourrais presque vous poursuivre en justice. »
« Mais contre qui ? Contre ton propre fils qui a tout payé de sa poche ? »
« Mais voyons, Isabelle, je plaisantais à peine. »
Clairement, la mère dAntoine nétait pas de très bonne humeur. Elle sattendait sans doute à une rénovation de standing, et elle eut droit à une décoration simple. Lappartement était neuf, propre, et plutôt beau, mais pas aussi luxueux quelle laurait souhaité. Cest pour cela quelle fit grise mine. Antoine et Isabelle nétaient pas riches et navaient pas les moyens de se permettre des aménagements coûteux. Ils avaient fait de leur mieux, mais la mère neut pas un mot de gratitude.
« Isabelle, je crois que ma mère naime pas du tout notre rénovation », avoua un jour Antoine à son épouse.
« Bien sûr quelle naime pas ! Ta mère est-elle jamais satisfaite de quoi que ce soit ? »
« Elle voulait quelque chose de plus chic… »
« Écoute, on na pas assez dargent pour ça ! »
« On ne pourrait pas prendre un crédit ? » intervint alors la belle-mère.
Isabelle était persuadée que la mère navait rien entendu. Pour sa propre mère, elle aurait peut-être accepté de contracter un prêt ou de demander de laide à quelquun, remboursant intégralement, voire avec un petit supplément en euros. Mais là, ça dépassait les bornes. Antoine la coupa net :
« Maman, quelle idée de parler de crédits ? Tu sais ce que jen pense. Et surtout, pas pour une histoire de rénovation ! Tout est fait avec goût et soin. Que veux-tu de plus ? »
« Au moins refaire la cuisine ! » lança la mère avant de quitter la pièce.
« Antoine, je crois quelle na vraiment plus aucune gêne », souffla Isabelle.
« Tu sais, elle a toujours eu un caractère compliqué. »
Le magasin de bricolage était bondé. Isabelle tenait une nouvelle nappe, Antoine, un lot de robinets. Ils navaient pourtant pas limpression dacheter beaucoup, mais la note montait vite. Cela nen finirait donc jamais.
Soudain, Isabelle sarrêta net.
« Tu disais quon navait plus dargent pour les travaux ? »
« Tu as raison, jai dû emprunter un peu. »
« Jen ai assez ! » Elle reposa la nappe sur létagère. « Que quelquun dautre lachète. On a déjà bien trop fait pour ta mère. Tu lui as emprunté de largent ? Cest trop. Nose même pas me contredire ! » Isabelle se dirigea vers la sortie. Antoine la suivit. Même quand il s’agit de nos parents, il arrive un moment où il faut se fixer des limites.
Parfois, vouloir trop plaire ne mène quà lingratitude. À force de tout donner, on se perd soi-même et on finit par perdre de vue ce qui compte vraiment : respecter ses propres limites et savoir saffirmer avec douceur.







