La nuit était déjà tombée. Jean, le gendre, venait de ramener la belle-mère chez eux. Il déposa deux sacs dans lentrée et partit retrouver Élodie. À la vue de sa mère, Élodie fut submergée par un profond découragement. « Alors quoi, maintenant je vais devoir moccuper de toi pour le reste de mes jours ? Tu ne voudras même plus retourner dans ton village un jour »
Peu de temps auparavant, javais entendu parler de lhistoire dune ancienne amie qui manquait de délicatesse envers le sort de sa propre mère vieillissante. Heureusement, tout sest bien terminé pour elles : la belle-mère a finalement été prise en charge par le gendre, qui la installée dans une clinique privée de qualité, réglant la facture sans rechigner. Mais à cette époque, Élodie ignorait tout de cela jusquà ce que sa mère sorte de la clinique.
Le mari dÉlodie raccompagna donc la mère de celle-ci à la maison et dit à sa femme :
« Ta mère est en bonne santé maintenant, je lui ai acheté tout ce dont elle avait besoin, mais par précaution, elle doit être surveillée quelque temps. Donc elle va rester ici, avec nous, pour un moment. Cela ne te dérange pas, jespère ? »
En vérité, il aurait été plus naturel quÉlodie elle-même pose la question à son mari, sagissant tout de même de sa propre mère. Mais au lieu de remercier Jean pour ses soins et son générosité envers sa mère, Élodie fit une scène, difficile à comprendre :
« Maman, je viens à peine de minstaller à Paris et de commencer à bâtir ma vie, et voilà que tu débarques ! Et tu veux maintenant vivre sous mon toit ! Que dois-je faire, moccuper de toi toute ma vie ? Tu ne voudrais pas revenir dans ton village à la campagne, plus tard ? »
La mère retraitée fut bouleversée par les paroles de sa fille, mais le plus surpris fut Jean.
Pour la première fois, sa femme lui révélait sa véritable nature. Ce nétait pas la même femme quil avait crus connaître au moment où il lui avait demandé sa main. La belle-mère, peinée, commença doucement à rassembler ses affaires dans lidée de rentrer chez elle, puis Élodie, pleine damertume, quitta brusquement lappartement pour aller chez une amie.
Quand elle rentra chez elle tard dans la nuit, Élodie trouva ses propres valises faites et un billet de train posé sur la table. Incompréhensive, elle interrogea son mari :
« Pourquoi ces valises ? Ce nest tout de même pas maman qui part ? Ou bien, tu vas quelque part ? »
« Non, ce sont tes affaires, et ton billet. Peut-être quon devrait vivre séparément un certain temps. Tu sais, jai toujours voulu fonder une famille, avoir un enfant, mais ce soir je me rends compte que je ne suis pas prêt à ce que mes enfants aient une mère qui agit ainsi. Prends le temps de réfléchir. Va vivre un moment dans le village de ta mère, elle restera ici avec moi. Si lenvie de changer tanime, tu pourras revenir. »
Élodie naurait jamais cru que son mari ferait un choix pareil.
On oublie parfois que la tendresse et la gratitude envers ceux qui nous ont donnés la vie sont des bases essentielles pour une existence harmonieuse. Cest dans les moments où lon est mis à lépreuve que lon découvre qui nous sommes réellement et quil nest jamais trop tard pour changer et choisir la générosité du cœur.





