Journal intime, 12 avril
Ce soir, encore une fois, Paul et moi étions assis à la table du dîner, plongés chacun dans nos téléphones. Les couverts tintaient sans enthousiasme, et je voyais son regard filer de temps en temps vers lécran.
Quest-ce qui taccapare comme ça ? ai-je fini par demander.
Oh, samedi il y a un match de foot à Marseille. On pourrait aller le voir, tu en penses quoi ?
Je venais tout juste de lire un article étrange sur la disparition de certains hommes, ça ma laissée songeuse. Je repose mon téléphone, un long soupir, et Paul fait pareil, comprenant quil faut quon se parle pour de vrai.
On raconte quoi sur les hommes ? me demande-t-il en fronçant les sourcils.
Apparemment, il y a un homme quelque part à Lyon qui est descendu sortir la poubelle et nest jamais revenu. Cinq ans quon ne la plus revu.
Paul hausse les épaules, lair de dire que de telles histoires ne sont pas si rares.
Oui, il paraît que les hommes perdent brutalement la mémoire. Faut dire que les femmes, avec leur flot de questions et de récriminations, pourraient rendre fou le plus stoïque, cest bien connu
Ne commence pas avec tes bêtises Au fait, tu nas pas vidé les poubelles ce matin, tu comptes attendre quoi ?
Dailleurs, tu as vu mon nouveau pull ? glisse-t-il, cherchant à changer de sujet.
Il est dans larmoire, second rayon à gauche. Et à propos, pourquoi tu as besoin dun pull tout neuf juste pour descendre la poubelle ?
Je lobserve filer dans la chambre, et le voilà qui enfile carrément une veste neuve en laine, son beau pantalon et même des chaussures quil na pas encore mises. On croirait quil va à une soirée sur les quais de la Seine
Paul, pourquoi tu prends aussi ton portefeuille ? Et cest quoi cette allure ?
Si jamais, par malheur, je perds la mémoire comme lhomme de Lyon, les policiers ne memmèneront pas directement au foyer pour sans-abri ; avec ces vêtements, ils maideront sûrement à retrouver ma famille. Sinon, je finirais nimporte où.
Tu ferais mieux de prendre une pièce didentité, tu crois pas ?
Oh là là, non ! Je pourrais la jeter en route, et là, cest sûr, plus personne ne saura qui je suis.
Mais tu exagères toujours tout, mon pauvre Paul Allez, enlève tes vêtements du dimanche, je descends la poubelle moi-même.
Très bien, je vais lire les dernières nouvelles du foot en attendant, alors.
Il a juste souri, soulagé de se délester de cette mission Ah, les hommes !







