Je me souviens, il y a de cela de nombreuses années, dun épisode particulier survenu alors que mon mari, nos enfants et moi profitions dun voyage en France, notre cher pays. Cétait lune de ces vacances que nous avions tant attendues, et pour enrichir notre séjour, nous avions réservé une excursion dans la campagne, un circuit qui promettait de nous faire découvrir des lieux insolites, inaccessibles autrement quen autocar.
Nous avions acquis quatre billets, veillant à ce que chacun de nous ait sa propre place. Peu après notre installation, une femme de forte corpulence est montée à bord avec son fils, bâti à son image. Tous deux peinaient à se frayer un passage entre les rangées étroites. La dame sest installée à larrière mais vite sest rendu compte que son garçon ne trouverait pas assez despace à côté delle.
Elle sest alors relevée, cherchant une autre place pour son fils, et son regard sest posé sur nos deux fils, menues silhouettes assises côte à côte. Elle a voulu sasseoir près deux, pensant que leur frêle carrure permettrait à son enfant de sinstaller plus facilement.
Mon mari, Henri, a pris la parole pour larrêter : il lui a expliqué calmement que nous avions réglé nos places, en euros bien entendu, et quil était normal que nos garçons disposent dun confort équivalent au sien. La conversation sest vite tendue ; la dame commença à hausser la voix, cherchant le soutien du guide qui tentait dapaiser la situation.
Elle voulait nous faire croire que céder nos places ou même renoncer à notre excursion était une évidence, comme si le bon sens français devait toujours rimer avec sacrifice. La tension monta à tel point que dautres voyageurs prirent parti, certains allant jusquà dégainer leur appareil photo comme pour immortaliser lincident.
Nos enfants, Louis et Guillaume, finirent par céder et se déplacèrent pour permettre au circuit de continuer, sous le regard pressant du chauffeur de lautocar qui commençait à simpatienter. Lambiance sassombrit et le cœur ny était plus.
Je ne pus mempêcher, des années durant, de me demander si nous avions vraiment agi avec justesse. Pourquoi avais-je dû sacrifier le confort de mes fils, alors que nous avions payé, et ce, sans rechigner, nos billets ? À votre avis, chers amis, quauriez-vous fait à ma place dans cette situation typiquement française où la bienséance côtoie la fermeté ?






