Je me souviens encore comme si c’était hier : cela fait plusieurs années désormais que je vis seule. Mon fils, Julien, est parti faire ses études à Lyon il y a bien longtemps ; là-bas, il a rencontré une jeune femme prénommée Aurélie et a finalement décidé de sy installer. Quant à mon époux, nous avons partagé de beaux jours ensemble, mais il y a trois ans déjà quil est parti. Il était encore jeune, mais la maladie ce maudit cancer na pas eu pitié de lui.
Il ny a pas bien longtemps, mon fils ma annoncé une grande nouvelle : Aurélie attendait un enfant. Et enfin, ils ont décidé dorganiser leur mariage. Jétais bouleversée de bonheur, mon cœur débordait de joie !
Mais, il faut lavouer, un souci me hantait. Je navais pas suffisamment dargent pour offrir à mon fils un véritable beau cadeau de mariage.
Je nai pas hésité longtemps : jai pris rendez-vous chez le notaire de notre quartier pour entamer les démarches de transmission de mon appartement à Julien. Tant que je serai là, je pourrai les épauler, leur apprendre tout ce que je peux ; et le jour où je ne serai plus, au moins ils auront leur propre chez-eux.
Lorsque mes voisins ont appris ma décision, ils ont tenté de men décourager. Selon eux, une fois partie, le bien reviendrait de toute façon à Julien, inutile donc de précipiter les choses. Pour sa part, mon frère Pierre ma même proposé de me prêter quelques euros, pour que je puisse trouver un autre cadeau, mais je nai pas voulu accepter. Dans mon esprit, cétait la meilleure solution pour moi. Les documents rassemblés, je me suis rendue au cabinet du notaire du village.
Jai été reçue par une jeune femme très polie. Elle ma écoutée attentivement et, à la fin, ma posé une question qui me surprit :
Madame, cest un beau geste que vous souhaitez faire là, mais puis-je vous demander si, en dehors de cet appartement, vous possédez un autre logement, au cas où ? Peut-être une petite maison de campagne ou un garage ?
Non, répondis-je, un peu déconcertée. Mais en quoi est-ce important ?
Elle ma alors raconté les histoires dautres retraités, comme moi, qui avaient tout légué à leurs enfants, avant dêtre mis à la porte par ces derniers. Les parents navaient plus aucune ressource légale, car tout était en règle et irrévocable.
Troublée, jai pris congé, promettant dy réfléchir. Sur le chemin de retour, jai appelé mon frère et lui ai demandé finalement ce prêt, lui racontant les conseils avisés de la notaire. Il en a été tout étonné rare, disait-il, de me voir changer davis aussi aisément.
Bien sûr, je nimagine pas un instant que mon fils aurait la cruauté de me chasser de mon propre foyer. Mais mieux vaut prévenir que guérir : la vie est imprévisible, et qui sait ce que lavenir réserve, ou linfluence que pourrait avoir sa femme ?
Finalement, ils sont venus vivre chez moi. À présent, nous partageons le même toit, attendant avec impatience la naissance du bébé. Lambiance est paisible à la maison, il ny a jamais de querelles, alors jose espérer que cela continuera ainsi. Lappartement reviendra bien à mon fils, mais le moment venu, lorsque je ne serai plus là…





