Une conductrice de taxi enceinte recueille un homme inconscient sur une route nationale… Un mois plus tard, une voiture de luxe vient la retrouver

Écoute, il faut vraiment que je te raconte ce qui mest arrivé. Tu sais, des fois la vie, cest un vrai roman.
Alors voilà, cétait un soir de tempête entre Reims et Paris. Jétais au volant de ma vieille Clio blanche tu vois le genre, le taxi que tout le monde snobe à la gare et franchement, avec mon ventre de sept mois, jaurais dû être sous la couette. Mais bon, faut bien payer le loyer du studio à Montreuil, hein.
Je roulais, la pluie battait contre le pare-brise, les essuie-glaces à fond Et là, sur la bande darrêt durgence, japerçois un corps. Carrément. Pas quelquun debout, pas un mec en panne un type étendu dans la boue, la tête contre lasphalte. Un vrai film noir, tu vois. Javais le cerveau qui me gueulait de ne surtout pas marrêter, mais mon cœur a été plus fort. Je descends, je prends ma lampe torche et japproche.
Le gars est sans manteau, la chemise déchirée, le visage sale, les yeux ouverts mais absents. Je maccroupis, avec mon ventre qui me bloque à moitié.
Eh, vous mentendez ?
Il cligne des yeux, remue les lèvres mais rien ne sort. Sa main glacée dans la mienne.
Allez, venez, je vous emmène.
Pas de réaction. Tant bien que mal, je le tire jusquà larrière de la voiture, je le couvre avec ma doudoune (qui pue maintenant, super), et je file lamener aux urgences de lhôpital de Créteil.
À laccueil, linterne me regarde comme si jétais la cause de ses soucis.
Il na pas de papiers ?
Non, je lai trouvé sur lautoroute.
Vous connaissez son nom ?
Je fais non de la tête.
OK, on va le déclarer sans identité, vous pouvez y aller.
Je sors mes derniers billets froissés quatorze euros soixante ! que je pose sur le comptoir.
Faites-lui quelques examens, sil vous plaît.
Linterne regarde mon ventre, puis largent :
Vous feriez mieux de rentrer vous reposer Vous êtes à combien ?
Presque le huitième mois.
Il prend largent et soupire, puis fait signe à une aide-soignante dinstaller le gars dans une chambre. Je griffonne mon prénom et mon numéro sur un bout de papier pour eux, même si jai limpression que ça les touche moyennement.
Le lendemain matin, je reviens. Sa chambre est vide, lits nickel, fenêtre entrouverte.
Il est parti cette nuit, marmonne laide-soignante sans décrocher les yeux de son cahier. Pas même un merci.
Jencaisse, je dis rien. Tellement crevée, jen ai les larmes aux yeux. Plus un sou, trois jours à manger du pain dur trempé dans la soupe instantanée, ce type que jai traîné dans la bagnole et il sest tiré comme une ombre.
Dans la salle de pause au dépôt de taxis, le vieux Gérard sirote son café en me voyant débarquer.
Dis donc, Aurélie, tas encore joué les sauveuses ?
Je me sers un verre deau.
Cest rien, Gérard.
Faudrait penser à toi, tu te rends compte Conduire à terme comme ça ?
Je hausse les épaules. Jai besoin de sous, cest tout. Tu crois quavec lallocation parent isolé, la CAF et deux-trois boulots, je vais faire grand-chose ? Je sors faire une nuit de plus.
Les semaines suivantes, cest la galère totale. Mon ventre mécrase les côtes, mes jambes enflent, mes passagers râlent. Jévite de repenser à Hugo oui, le père, qui ma juste écrit “Je suis pas prêt, désolé” avant de virer de numéro.
Un soir, je rentre plus tôt au foyer, chez moi au troisième étage. Je me laisse tomber sur mon lit, morte.
Un bruit à la fenêtre. Je mapproche : un caillou lancé en bas, et là, garée devant limmeuble, une berline noire aux vitres teintées.
La portière souvre, un homme en long manteau descend. Je le reconnais cest lui, le gars de la route !
Je descends, je mavance. Il est méconnaissable : beau costume, des chaussures qui valent mon salaire, le mec soigné, sûr de lui.
Cest toi ?
Il hoche la tête.
Marc. Jai mis longtemps à te retrouver.
Jcroise les bras.
Pourquoi ?
Il approche, la voix grave.
Tu mas sauvé la vie, Aurélie. Jai eu un accident, je me suis cogné la tête, jai perdu la mémoire Je suis parti, perdu. Sans toi, jaurais pu mourir gelé. Ma famille ma retrouvé à lhôpital le soir-même. Jai repris conscience en clinique. Dès que jai compris, jai cherché qui mavait ramené. Linfirmière ma donné ton numéro.
Jai froid sans ma veste.
Bon, tu mas retrouvée Et maintenant ?
Marc sort une enveloppe.
Tiens, prends.
Je ne bouge pas.
Je veux pas dargent, jai pas fait ça pour ça.
Ce ne sont pas des sous.
Il insiste. Je prends lenveloppe, louvre des clefs, des papiers Un acte de donation, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11e, trois pièces.
Une blague ?
Pas du tout.
Mais tes sérieux ?
Il sourit.
Tout est en règle. Tu nas quà emménager.
Je serre lenveloppe.
Mais pourquoi tu fais ça ?
Il plante ses yeux dans les miens, très calme.
Beaucoup tauraient laissée passer leur route. Toi, tas pris le risque, enceinte, seule, par tempête, de tarrêter pour un inconnu. Tas même posé tes derniers euros à lhôpital. Ton bébé arrive, il lui faut un vrai toit. Cest le minimum.
Il regagne la voiture.
Attends ! Je peux pas accepter un appart comme ça, cest trop.
Il se retourne.
Alors dis-toi que je rembourse ma dette. Tu mas redonné la vie, maintenant je toffre un futur.
Il sen va. Je reste plantée là, lenveloppe à la main.
Une semaine plus tard, je déménage. Lappart est lumineux, fenêtres sur cour, tout refait à neuf. Peu de meubles, mais cest pas grave. Tranquille, personne ne tape contre le mur la nuit.
Gérard est venu filer un coup de main, à tourner dans les pièces, la bouche bée.
Eh ben, Aurélie. Ramasser un clochard et tomber sur un mec blindé !
Pas blindé. Juste… reconnaissant, cest tout.
Il éclate de rire.
Bon maintenant, tu arrêtes les nuits. Repose-toi avant la naissance.
Je hoche la tête. Je tiens à peine debout, jen ai plein les mollets. Encore un mois, et le bébé sera là.
Accouchement express, mais dur. Une fille, toute rose qui braille comme un chaton. Je lappelle Manon. Gérard débarque à la maternité avec un bouquet maladroit.
Félicitations, super maman !
Je souris, je serre Manon fort contre moi. Je sens que jai fait le bon choix.
Et là, au bout de six mois, qui débarque ? Hugo ! Sans prévenir, le paquet de couches à la main, lair minable.
Salut
Je lui ouvre, Manon dort dans la poussette.
Je peux entrer ?
Non.
Il zieute lappartement, regarde le sol, les murs, mâche ses mots.
On ma dit Cest vrai quun mec ta filé un appart ?
Je croise les bras.
Mais ça te regarde, toi ?
Hugo tend son paquet.
Jai amené des jouets pour Manon.
Je ne prends rien.
Pourquoi tu viens, Hugo ?
Il bafouille, passe la main sur sa nuque.
Je Je pensais quon pourrait réessayer ? Jai eu peur, cest vrai, jétais paumé Mais là, tu vois
Je le coupe, ironique.
Parce que tas su pour lappart, hein ?
Il rougit.
Non, cest pas ça Je Je pense à lenfant, à la famille
« La famille », vraiment ?
Je mapproche, il recule.
Tétais où quand je galérais ? Pas un coup de fil, pas un texto, pas même dix centimes daide. Et là, tu débarques parce que t’as cru que jétais tombée sur une mine dor ?
Il essaye de protester.
Jétais pas prêt.
Tais-toi !
Il se tait direct. Je continue, la voix froide.
Ma fille ne saura jamais qui tu es. Son livret de famille restera vide à côté du père. Je veux ni ton argent, ni ta pitié, ni ton aide. Tu nes plus rien pour nous.
Hugo serre son paquet de couches.
Tu vas le regretter… Manon a besoin de son père.
Je le regarde glaciale.
Un père, cest quelquun qui reste. Toi, tes juste un type qui sest défilé et qui revient quand tout est facile.
Je claque la porte. Jai les mains qui tremblent, mais je suis en paix.
Manon pleure. Je la prends dans mes bras.
Chut, ma chérie. Cest fini.
Marc passe parfois, une fois par mois, pas plus. Il vient avec un truc pour Manon, boit un verre deau, parle peu. Je ne pose pas de questions. À côté de lui, cest calme.
Un jour, Manon rampe jusquà lui, attrape son lacet. Il se penche, lui tend le doigt. Elle serre fort et rit.
Elle a ton caractère, dit Marc.
Un peu, oui.
Il sourit.
Cest bien.
Sur le pas de la porte, il me lance :
Si jamais tas besoin de quoi que ce soit tappelles. Médecin, papiers, tout.
Merci, Marc.
Il repart. Je ferme la porte, je me recroqueville sur le tapis avec Manon, qui se blottit contre moi.
Les lumières de Paris brillent derrière la fenêtre. Il fait chaud ici. Manon sendort. Je ferme les yeux.
Je nattendais pas de miracle ce soir-là. Jai juste suivi mon cœur. Mais tu vois, parfois, la vie te rend ça au centuple, sans prévenirAu petit matin, un rayon de soleil glisse à travers les rideaux, découpant un trait doré sur le sol. Je me lève sans bruit, laisse Manon dormir encore un peu. La ville séveille en bas, klaxons, voix qui sinterpellent, Paris qui bourdonne. Moi, pour la première fois depuis longtemps, je nai ni peur, ni doute.
Je sors sur le balcon, respire lair frais. Là, au loin, la vie sétire, pleine de possibles. Je pense à tout ce que jai traversé seule, aux mains tendues quon nattend pas, à cette force qui pousse à ouvrir sa portière, même quand tout devrait dire non.
Derrière moi, jentends des petits gazouillis, le bruit dun poing minuscule sur le bois du lit. Je souris. Ma fille sétire, cherche la lumière. On se regarde, elle et moi, deux naufragées qui ont retrouvé la rive.
Je me dis quen fin de compte, chacun trace son roman. Parfois on le croit banal, mais tout peut chavirer en un claquement de doigts, un hasard, un geste sans calcul. Une deuxième chance, ça ne ressemble jamais à ce quon imagine. Mais cest beau, quand on ose la saisir.
Je soulève Manon. Elle pose sa tête sur mon épaule, agrippe ma mèche de cheveux, respire fort, confiante.
Cest là que je comprends: les départs, les tempêtes, le chagrintout ça nest plus quun passé lointain. Devant moi, il y a linconnu, oui, mais il porte déjà la promesse du bonheur. Et ça, cest tout ce dont jai jamais eu besoin.

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Une conductrice de taxi enceinte recueille un homme inconscient sur une route nationale… Un mois plus tard, une voiture de luxe vient la retrouver
La belle-mère a finalement réussi à séparer le couple — Fiston, j’ai réfléchi… Je vais m’installer dans ton appartement — ça me permettra de chasser ton ex. — Tu crois que Lika acceptera ? — Tu peux me faire une donation — je te rendrai tout après. Mais il n’a même pas eu besoin de le faire. — Vivez ici, — répondit Lika en haussant les épaules, surprenant totalement Zoé Pétronille. Zoé Pétronille a failli s’évanouir en découvrant qui son fils chéri avait choisi comme épouse ! Son Fédéric, son unique garçon qu’elle avait élevé seule (son mari était toujours au travail), était tombé amoureux d’une vendeuse ! — Maman, Lika est responsable dans une boutique de vêtements, — la corrigea son fils. — Elle est belle, gentille et attentionnée. — Ça reste une commerçante ! — s’agaçait Zoé Pétronille. — Tu oublies que ton grand-père et ton père étaient ingénieurs, et que tes deux grands-mères et moi sommes médecins ? Nous sommes une famille d’intellectuels ! Tu as fait de longues études, tu as un avenir brillant en odontologie. — Maman, on s’aime, le reste n’a pas d’importance. — Bien sûr que si ! Une épouse doit être à la hauteur de son mari ! Regarde Thomasine — une jeune femme remarquable, future neurologue avec une belle carrière. Et elle t’aime depuis le lycée. — Mais je ne l’aime pas. C’est fini, maman, on n’en parlera plus. Mais elles en ont reparlé ! Zoé Pétronille ne cessait de rappeler à son fils tout ce qu’elle avait fait pour lui après la mort de son père, les efforts, les doubles emplois, les relations, la préparation aux examens. Rien n’y fit. Fédéric et Lika se sont mariés et se sont installés chez elle. Ce voisinage ne dérangeait pas Zoé Pétronille — c’était même plus pratique pour chasser la belle-fille. — Tu crois que tu es bien tombée ? — sifflait Zoé Pétronille à Lika quand elles étaient seules. — On verra combien de temps tu tiendras comme épouse. Tu n’es pas faite pour mon fils ! Compris ? — On verra ! — répliquait la belle-fille. — Vous devriez vous calmer, Zoé Pétronille. On pourrait être amies. Fédéric doit faire carrière, pas gérer des querelles de famille. Devant Fédéric, elles faisaient des efforts, mais l’ambiance était tendue. Après deux mois, Zoé Pétronille pensait avoir gagné. La belle-fille était devenue plus discrète et ne réagissait plus à ses piques. Elle semblait prête à partir… Mais non. La “coucou de nuit” a supplanté la “coucou de jour”. Les jeunes ont acheté un appartement à crédit, sans rien dire à Zoé Pétronille ! — Tu es fou ? — s’exclama-t-elle. — Comment ? Avec quoi ? Où ? Tu me laisses pour elle ? — Maman, calme-toi, — répondit Fédéric, imperturbable. — Deux maîtresses de maison dans une cuisine, ça ne marche pas. L’appartement est dans le quartier voisin, on viendra te voir. Il s’avéra que la “commerçante” avait vendu la maison de sa grand-mère à la campagne. La maison valait peu, mais le terrain intéressait un entrepreneur local qui a payé cher. Fédéric a vendu sa vieille voiture et avait quelques économies. Cela a suffi pour l’apport de leur “deux pièces”. — Vous n’auriez pas pu choisir plus modeste ? — lâcha Zoé Pétronille. — Tu vas devoir travailler jour et nuit pour payer ça, Fédéric. — Maman, je vais m’en sortir, et Lika travaille aussi. — On sait ce qu’elle rapporte ! Elle te fait vivre à ses frais… — Maman, arrête ! Et elle n’avait pas dit son dernier mot ! La belle-fille idéale, Thomasine, aimait Fédéric depuis le lycée, mais elle n’allait pas l’attendre éternellement. Zoé Pétronille faisait tout pour séparer son fils de la “commerçante”. Elle le sollicitait sans cesse : réparer le robinet, faire les courses, rester avec elle — prétextant des problèmes de santé. Son fils venait, faisait tout, croisait parfois Thomasine “par hasard” chez sa mère, mais ne lui prêtait pas vraiment attention. Puis il vint de moins en moins — trop de travail, disait-il. Elle savait bien pourquoi ! Lika le retenait et l’éloignait de sa mère ! Elle alla jusqu’à appeler les urgences pour que son fils ne l’oublie pas et écoute ses conseils. Ça marcha un temps — Fédéric vint plus souvent, inquiet pour elle. Mais voilà que Thomasine partit en stage à l’étranger, pour trois ans ! — Sans Fédéric, je me sens mal ici, — soupira la jeune femme. — Là-bas, je me changerai les idées et gagnerai de l’expérience. — Dommage, ma chérie, mais je ne peux pas te retenir, — soupira aussi Zoé Pétronille. Mais elle décida qu’au retour de Thomasine, elle organiserait le divorce de Fédéric et Lika. Pour que deux brillants spécialistes forment une vraie famille. Avec sa belle-fille, Zoé Pétronille restait froide, ne se privant pas de la piquer sur son travail ou les tâches ménagères. Peu à peu, Lika cessa de venir chez sa belle-mère et ne l’invitait plus non plus. Tant mieux ! Zoé Pétronille recevait son fils seul et ne manquait pas de lui parler de Thomasine. Six ans passèrent avant que Zoé Pétronille atteigne son but. Son fils ne lui expliqua pas vraiment pourquoi il se séparait de Lika, mais elle savait. Ce n’était pas pour rien qu’elle organisait des “rencontres fortuites” avec Thomasine, revenue en France. Pas pour rien qu’elle répétait à son fils qu’il s’était trompé de femme, mais qu’il pouvait corriger son erreur. Elle soupçonnait que l’absence d’enfants avait joué dans le divorce. Lika était stérile. Mais cela arrangeait Zoé Pétronille — avec des enfants, c’est plus difficile de divorcer. Son fils, cependant, était trop noble. — Maman, l’appartement appartient à Lika et moi à parts égales, mais on ne veut pas le vendre pour l’instant. Tu ne vois pas d’inconvénient à ce que je revienne chez toi ? — Bien sûr. Mais il faudra régler la question de l’appartement. Elle était même ravie du retour de son fils. Thomasine allait s’installer avec eux, et Zoé Pétronille se réjouissait d’avoir un beau couple à la maison ! Fédéric et Lika s’étaient vraiment disputés, car il n’a pas protesté contre Thomasine, qui s’est installée chez eux et a tout de suite imposé ses règles. — Les aliments frits sont mauvais, — déclara Thomasine. — La viande doit être maigre, cuite au four, et il vaut mieux ne pas en manger. Les pommes de terre sont mauvaises. Et la mayonnaise ? Vous êtes fous d’acheter cette cochonnerie de saucisson ? — Tu vois, Fédéric, comme Thomasine prend soin de ta santé ? — s’attendrissait Zoé Pétronille. Mais au bout d’un mois, sa joie s’est calmée. La future belle-fille (ils ne se pressaient pas de se marier) les nourrissait presque exclusivement de légumes. Elle les faisait faire du yoga à la maison, a retiré tous les tapis — la poussière est mauvaise ! — et commandait tout dans la maison. — Fiston, j’ai réfléchi… Je vais m’installer dans ton appartement — ça me permettra de chasser Lika. Et vous, vous ferez votre nid ici… — Tu crois que Lika acceptera ? — Tu peux me faire une donation — je te rendrai tout après. Mais il n’a même pas eu besoin de le faire. — Vivez ici, — répondit Lika en haussant les épaules, surprenant totalement Zoé Pétronille. Elle ne se doutait pas que son ex-belle-mère venait avec des plans sournois — ce serait la surprise. Zoé Pétronille se disputait avec Lika pour tout. Il fallait cuisiner d’urgence, mais l’ex-belle-fille était déjà aux fourneaux. Il y avait du sable dans l’entrée — forcément, c’était la jeune femme qui l’avait ramené, et elle n’avait pas lavé le sol. Lika rentrait tard et réveillait Zoé Pétronille en claquant la porte. Tout était prétexte à dispute. Ce qui était curieux — Lika se lançait d’abord dans la joute, puis abandonnait vite et se retirait dans sa chambre. Et elle n’amenait jamais d’hommes à la maison, ce que Zoé Pétronille espérait pourtant… Mais son fils se plaignait de plus en plus de Thomasine. — Maman, c’est impossible ! Ne mange pas ça, ne va pas là, couche-toi à 21h. J’ai peur de respirer devant elle ! — C’est Lika qui t’a déformé ! Thomasine prend soin de toi et de ta santé ! — répliquait Zoé Pétronille. Elle pensait que Fédéric exagérait. Elle n’admettait pas que Thomasine allait trop loin. Ce n’est rien ! Construire une bonne famille, c’est difficile — tout ira bien si chacun fait des efforts. Mais elle n’était plus sûre de rien… Zoé Pétronille remarqua un jour que Lika avait pris du ventre… Elle avait toujours été mince et sportive. — Quoi ? Tu es tombée enceinte d’un vaurien ? — lança Zoé Pétronille, en regardant le ventre et le visage fatigué de la jeune femme. — Quels vauriens ? — répondit-elle, lasse. — Oui, je suis enceinte, mais de votre fils. — Quelle comédienne ! — s’exclama Zoé Pétronille. — Vous avez divorcé il y a quatre mois. Tu veux lui coller un enfant qui n’est pas de lui ? — J’aurais pu, mais la fille est bien de lui. On a fêté le divorce… Un dernier rendez-vous. Si vous voulez, on fera un test après la naissance. — Et Fédéric est au courant ? — Oui. Et je ne veux pas vous attrister, mais on se revoit depuis un mois et on va se remarier. Zoé Pétronille n’en fut pas attristée. À vrai dire, elle en avait assez de toutes ces guerres domestiques, et son fils n’était pas heureux avec Thomasine. Puisqu’il allait devenir père et elle grand-mère, il était temps d’arrêter les querelles. D’autres soucis, plus joyeux, les attendaient. Et avec Thomasine, elle réglerait ça — une dernière fois, elle interviendrait dans la vie amoureuse de son fils.