Nos petits-enfants nous tapent sur les nerfs. Nous ne les accueillerons plus chez nous.

On dit que les enfants sont la joie de la vie, et les petits-enfants aussi. Je suis daccord, mais seulement lorsquon en a peu et quon a les moyens de les soutenir. Mon mari, François, et moi avons une fille, Éloïse. Comme beaucoup de jeunes, elle nous a surpris, à dix-neuf ans, en nous annonçant quelle était enceinte. En plus, elle a accouché de jumeaux ! Puis elle sest mariée.

Évidemment, tout sest abattu sur nos épaules. Éloïse était une mère très jeune avec deux bébés, et son mari, Tristan, était aussi débutant dans la vie, ne gagnant que quelques euros par mois. Cétait nous qui assurions la majorité de leur soutien. François et moi avons dû prendre un deuxième emploi pour assurer les besoins de notre fille et de nos petits-enfants.

Ils ont habité chez nous un moment. Je me levais dès laube pour deux travails, puis je courais toute la nuit derrière les jumeaux pour permettre à Éloïse de se reposer. Forcément, ma santé en a pris un coup.

Pendant trois ans, ils ont commencé à se débrouiller un peu mieux, les enfants ont grandi. Puis Éloïse ma appelée pour me dire quelle attendait un autre bébé. Instinctivement, je lui ai conseillé de réfléchir à lavortement, car soccuper de deux enfants demande déjà beaucoup de ressources. Mais elle a insisté, elle voulait garder son enfant. Elle a accouché et tout est redevenu comme avant : un besoin constant dargent, une bouche de plus à nourrir. Mon mari et moi avons replongé dans le travail. Même si Tristan gagnait un peu mieux, comment couvrir les besoins de cinq personnes ?

François a fini par faire un AVC et moi, jai commencé à avoir des douleurs au cœur. Jai compris que nos corps ne pouvaient plus supporter ce rythme. Jai dit à Éloïse quil fallait quils apprennent à se débrouiller par eux-mêmes. Là, elle ma terrassée : elle ma annoncé sa quatrième grossesse.

Je suis restée sans voix. Mais à quoi pensaient-ils ? Jai réalisé quils sattendaient à ce que nous les aidions indéfiniment. Mais ce nétait plus possible. Je ne sais plus quoi faire. Et je redoute les jugements de ceux qui nous reprocheraient de ne pas aider notre fille unique. Pourtant, nous avons fait tout ce que nous pouvions.

Mais dans cette épreuve, jai compris quil est important dapprendre à poser ses limites pour préserver sa santé et son bonheur. On ne peut pas sauver ses proches en se perdant soi-même. La vie nous enseigne parfois que lamour consiste aussi à laisser ceux quon aime grandir par eux-mêmes.

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three × two =

Nos petits-enfants nous tapent sur les nerfs. Nous ne les accueillerons plus chez nous.
La belle-mère a finalement réussi à séparer le couple — Fiston, j’ai réfléchi… Je vais m’installer dans ton appartement — ça me permettra de chasser ton ex. — Tu crois que Lika acceptera ? — Tu peux me faire une donation — je te rendrai tout après. Mais il n’a même pas eu besoin de le faire. — Vivez ici, — répondit Lika en haussant les épaules, surprenant totalement Zoé Pétronille. Zoé Pétronille a failli s’évanouir en découvrant qui son fils chéri avait choisi comme épouse ! Son Fédéric, son unique garçon qu’elle avait élevé seule (son mari était toujours au travail), était tombé amoureux d’une vendeuse ! — Maman, Lika est responsable dans une boutique de vêtements, — la corrigea son fils. — Elle est belle, gentille et attentionnée. — Ça reste une commerçante ! — s’agaçait Zoé Pétronille. — Tu oublies que ton grand-père et ton père étaient ingénieurs, et que tes deux grands-mères et moi sommes médecins ? Nous sommes une famille d’intellectuels ! Tu as fait de longues études, tu as un avenir brillant en odontologie. — Maman, on s’aime, le reste n’a pas d’importance. — Bien sûr que si ! Une épouse doit être à la hauteur de son mari ! Regarde Thomasine — une jeune femme remarquable, future neurologue avec une belle carrière. Et elle t’aime depuis le lycée. — Mais je ne l’aime pas. C’est fini, maman, on n’en parlera plus. Mais elles en ont reparlé ! Zoé Pétronille ne cessait de rappeler à son fils tout ce qu’elle avait fait pour lui après la mort de son père, les efforts, les doubles emplois, les relations, la préparation aux examens. Rien n’y fit. Fédéric et Lika se sont mariés et se sont installés chez elle. Ce voisinage ne dérangeait pas Zoé Pétronille — c’était même plus pratique pour chasser la belle-fille. — Tu crois que tu es bien tombée ? — sifflait Zoé Pétronille à Lika quand elles étaient seules. — On verra combien de temps tu tiendras comme épouse. Tu n’es pas faite pour mon fils ! Compris ? — On verra ! — répliquait la belle-fille. — Vous devriez vous calmer, Zoé Pétronille. On pourrait être amies. Fédéric doit faire carrière, pas gérer des querelles de famille. Devant Fédéric, elles faisaient des efforts, mais l’ambiance était tendue. Après deux mois, Zoé Pétronille pensait avoir gagné. La belle-fille était devenue plus discrète et ne réagissait plus à ses piques. Elle semblait prête à partir… Mais non. La “coucou de nuit” a supplanté la “coucou de jour”. Les jeunes ont acheté un appartement à crédit, sans rien dire à Zoé Pétronille ! — Tu es fou ? — s’exclama-t-elle. — Comment ? Avec quoi ? Où ? Tu me laisses pour elle ? — Maman, calme-toi, — répondit Fédéric, imperturbable. — Deux maîtresses de maison dans une cuisine, ça ne marche pas. L’appartement est dans le quartier voisin, on viendra te voir. Il s’avéra que la “commerçante” avait vendu la maison de sa grand-mère à la campagne. La maison valait peu, mais le terrain intéressait un entrepreneur local qui a payé cher. Fédéric a vendu sa vieille voiture et avait quelques économies. Cela a suffi pour l’apport de leur “deux pièces”. — Vous n’auriez pas pu choisir plus modeste ? — lâcha Zoé Pétronille. — Tu vas devoir travailler jour et nuit pour payer ça, Fédéric. — Maman, je vais m’en sortir, et Lika travaille aussi. — On sait ce qu’elle rapporte ! Elle te fait vivre à ses frais… — Maman, arrête ! Et elle n’avait pas dit son dernier mot ! La belle-fille idéale, Thomasine, aimait Fédéric depuis le lycée, mais elle n’allait pas l’attendre éternellement. Zoé Pétronille faisait tout pour séparer son fils de la “commerçante”. Elle le sollicitait sans cesse : réparer le robinet, faire les courses, rester avec elle — prétextant des problèmes de santé. Son fils venait, faisait tout, croisait parfois Thomasine “par hasard” chez sa mère, mais ne lui prêtait pas vraiment attention. Puis il vint de moins en moins — trop de travail, disait-il. Elle savait bien pourquoi ! Lika le retenait et l’éloignait de sa mère ! Elle alla jusqu’à appeler les urgences pour que son fils ne l’oublie pas et écoute ses conseils. Ça marcha un temps — Fédéric vint plus souvent, inquiet pour elle. Mais voilà que Thomasine partit en stage à l’étranger, pour trois ans ! — Sans Fédéric, je me sens mal ici, — soupira la jeune femme. — Là-bas, je me changerai les idées et gagnerai de l’expérience. — Dommage, ma chérie, mais je ne peux pas te retenir, — soupira aussi Zoé Pétronille. Mais elle décida qu’au retour de Thomasine, elle organiserait le divorce de Fédéric et Lika. Pour que deux brillants spécialistes forment une vraie famille. Avec sa belle-fille, Zoé Pétronille restait froide, ne se privant pas de la piquer sur son travail ou les tâches ménagères. Peu à peu, Lika cessa de venir chez sa belle-mère et ne l’invitait plus non plus. Tant mieux ! Zoé Pétronille recevait son fils seul et ne manquait pas de lui parler de Thomasine. Six ans passèrent avant que Zoé Pétronille atteigne son but. Son fils ne lui expliqua pas vraiment pourquoi il se séparait de Lika, mais elle savait. Ce n’était pas pour rien qu’elle organisait des “rencontres fortuites” avec Thomasine, revenue en France. Pas pour rien qu’elle répétait à son fils qu’il s’était trompé de femme, mais qu’il pouvait corriger son erreur. Elle soupçonnait que l’absence d’enfants avait joué dans le divorce. Lika était stérile. Mais cela arrangeait Zoé Pétronille — avec des enfants, c’est plus difficile de divorcer. Son fils, cependant, était trop noble. — Maman, l’appartement appartient à Lika et moi à parts égales, mais on ne veut pas le vendre pour l’instant. Tu ne vois pas d’inconvénient à ce que je revienne chez toi ? — Bien sûr. Mais il faudra régler la question de l’appartement. Elle était même ravie du retour de son fils. Thomasine allait s’installer avec eux, et Zoé Pétronille se réjouissait d’avoir un beau couple à la maison ! Fédéric et Lika s’étaient vraiment disputés, car il n’a pas protesté contre Thomasine, qui s’est installée chez eux et a tout de suite imposé ses règles. — Les aliments frits sont mauvais, — déclara Thomasine. — La viande doit être maigre, cuite au four, et il vaut mieux ne pas en manger. Les pommes de terre sont mauvaises. Et la mayonnaise ? Vous êtes fous d’acheter cette cochonnerie de saucisson ? — Tu vois, Fédéric, comme Thomasine prend soin de ta santé ? — s’attendrissait Zoé Pétronille. Mais au bout d’un mois, sa joie s’est calmée. La future belle-fille (ils ne se pressaient pas de se marier) les nourrissait presque exclusivement de légumes. Elle les faisait faire du yoga à la maison, a retiré tous les tapis — la poussière est mauvaise ! — et commandait tout dans la maison. — Fiston, j’ai réfléchi… Je vais m’installer dans ton appartement — ça me permettra de chasser Lika. Et vous, vous ferez votre nid ici… — Tu crois que Lika acceptera ? — Tu peux me faire une donation — je te rendrai tout après. Mais il n’a même pas eu besoin de le faire. — Vivez ici, — répondit Lika en haussant les épaules, surprenant totalement Zoé Pétronille. Elle ne se doutait pas que son ex-belle-mère venait avec des plans sournois — ce serait la surprise. Zoé Pétronille se disputait avec Lika pour tout. Il fallait cuisiner d’urgence, mais l’ex-belle-fille était déjà aux fourneaux. Il y avait du sable dans l’entrée — forcément, c’était la jeune femme qui l’avait ramené, et elle n’avait pas lavé le sol. Lika rentrait tard et réveillait Zoé Pétronille en claquant la porte. Tout était prétexte à dispute. Ce qui était curieux — Lika se lançait d’abord dans la joute, puis abandonnait vite et se retirait dans sa chambre. Et elle n’amenait jamais d’hommes à la maison, ce que Zoé Pétronille espérait pourtant… Mais son fils se plaignait de plus en plus de Thomasine. — Maman, c’est impossible ! Ne mange pas ça, ne va pas là, couche-toi à 21h. J’ai peur de respirer devant elle ! — C’est Lika qui t’a déformé ! Thomasine prend soin de toi et de ta santé ! — répliquait Zoé Pétronille. Elle pensait que Fédéric exagérait. Elle n’admettait pas que Thomasine allait trop loin. Ce n’est rien ! Construire une bonne famille, c’est difficile — tout ira bien si chacun fait des efforts. Mais elle n’était plus sûre de rien… Zoé Pétronille remarqua un jour que Lika avait pris du ventre… Elle avait toujours été mince et sportive. — Quoi ? Tu es tombée enceinte d’un vaurien ? — lança Zoé Pétronille, en regardant le ventre et le visage fatigué de la jeune femme. — Quels vauriens ? — répondit-elle, lasse. — Oui, je suis enceinte, mais de votre fils. — Quelle comédienne ! — s’exclama Zoé Pétronille. — Vous avez divorcé il y a quatre mois. Tu veux lui coller un enfant qui n’est pas de lui ? — J’aurais pu, mais la fille est bien de lui. On a fêté le divorce… Un dernier rendez-vous. Si vous voulez, on fera un test après la naissance. — Et Fédéric est au courant ? — Oui. Et je ne veux pas vous attrister, mais on se revoit depuis un mois et on va se remarier. Zoé Pétronille n’en fut pas attristée. À vrai dire, elle en avait assez de toutes ces guerres domestiques, et son fils n’était pas heureux avec Thomasine. Puisqu’il allait devenir père et elle grand-mère, il était temps d’arrêter les querelles. D’autres soucis, plus joyeux, les attendaient. Et avec Thomasine, elle réglerait ça — une dernière fois, elle interviendrait dans la vie amoureuse de son fils.