Maman, souris – L’histoire touchante d’Arina, de la honte enfantine à la renaissance de sa mère bris…

Maman, souris un peu

Amandine naimait pas tellement quand les voisines débarquaient à la maison et suppliaient sa mère de chanter une chanson.

Oh, Nadège, vas-y, chante donc, tas une si jolie voix ! Et puis danse avec nous aussi, regarde un peu comme tu ty prends bien, aussitôt, sa mère entonnait une chanson, les voisines se mettaient à taper dans leurs mains, et parfois tout le quartier finissait par danser sous les regards intrigués des passants.

À cette époque, Amandine vivait avec ses parents dans un petit village du Jura, dans une maison coquette. Il y avait aussi son petit frère, Antoine. Sa mère Nadège illuminait la maisonnée de sa joie de vivre, et, à la fin de ces réunions, elle lançait toujours :

Revenez donc la prochaine fois, cétait bien sympathique, on a bien passé le temps !

Ça, Amandine naimait pas du tout. En fait, elle en avait affreusement honte et naurait pas su vraiment dire pourquoi. Elle était alors en cinquième, et, un soir, elle finit par confier tout anxieuse :

Maman, sil te plaît, arrête de chanter et de danser devant tout le monde Ça me met mal à laise.

Pourquoi ce malaise ? Même aujourdhui, bien quelle soit devenue adulte et mère à son tour, Amandine narrive pas vraiment à lexpliquer. Heureusement, Nadège lui répondit doucement :

Ma petite Mandine, ne sois jamais gênée quand je chante, au contraire, réjouis-toi. Tu sais, je ne chanterai pas toute ma vie. Tant que je suis encore jeune

À lépoque, Amandine ny pensait pas, et ne se doutait pas que le bonheur nétait pas éternel.

Lannée suivante, alors quelle entrait en sixième et son frère Antoine en CE1, leur père fit sa valise et sen alla. Il est parti pour de bon. Amandine na jamais su ce qui sétait passé entre ses parents. Ce nest que beaucoup plus tard, à lâge adulte, quelle osa demander :

Maman, pourquoi papa nous a quittés ?

Tu comprendras plus tard, quand tu seras grande, répondit Nadège.

En vérité, Nadège ne pouvait pas encore lui dire quelle avait surpris son mari, Pierre, avec une voisine, Valérie, dans leur propre maison. Amandine et Antoine étaient en classe, Nadège était rentrée en courant du travail après avoir oublié son porte-monnaie. À onze heures du matin, la porte dentrée nétait même pas fermée. Son mari devait être au travail Mais non, surprise, elle le trouva bien occupé dans la chambre, avec Valérie. Les deux, tout sourire, tout surpris : « Ah, tes déjà là »

Le soir, quand Pierre rentra, ce fut la tempête. Les enfants jouaient dehors, nentendirent rien, heureusement pour eux.

Tu prends tes affaires, elles sont déjà dans le sac, dans la chambre, et tu ten vas. Je ne te pardonnerai jamais ta trahison.

Pierre savait que son épouse ne pardonnerait pas, mais essaya tout de même :

Nadège, écoute Cétait une connerie, ça ne veut rien dire, on oublie ? Pense aux enfants

Non, tu pars. Elle sortit dans le jardin, et ne lui adressa plus la parole.

Pierre prit ses affaires et sen alla, pendant que Nadège, cachée derrière la haie, observait discrètement. Elle ne voulait plus le voir, pas après ce coup-là.

Bah, on fera comme on peut, les enfants et moi, se disait-elle, les larmes aux yeux. Je ne lui pardonnerai jamais.

Et elle ne lui a jamais pardonné. Restée seule avec deux enfants, elle comprenait que la vie serait rude. Mais à ce point ? Elle ne limaginait pas encore. Elle prit deux boulots, nettoyait les bureaux la journée, travaillait à la boulangerie la nuit. Elle ne dormait plus beaucoup, et son sourire sétait envolé pour de bon.

Même si le père était parti, Amandine et Antoine voyaient encore leur papa, car il habitait à quatre maisons, avec Valérie. Valérie avait un fils du même âge quAntoine, ils étaient même dans la même classe. Nadège navait jamais interdit à ses enfants de voir leur père, ils allaient parfois chez lui, jouaient avec leur demi-frère, mais mangeaient toujours à la maison. Valérie nétait pas du genre à partager plus que la boîte de LEGO.

De temps en temps, même, quand le fils de Valérie suivait Amandine et Antoine à la maison, les voisins nen revenaient pas. Nadège nourrissait tout ce petit monde sans rechigner, pas du genre à refuser de la soupe à qui que ce soit. Mais Amandine ne retrouva plus jamais le sourire de sa maman. Sa mère, si gentille, si dévouée, sétait refermée sur elle-même.

Parfois, Amandine rentrait de lécole pleine denvie davoir une vraie conversation avec sa maman. Pour lattirer, elle lui racontait des histoires de classe, des trucs rigolos :

Maman, tu devineras jamais : aujourdhui, Gauthier a ramené un chaton en cachette, il miaulait sous le bureau, la maîtresse ne comprenait rien, elle a cru que cétait Gauthier qui faisait le clown et lui a fait une remarque ! Mais quand on a avoué le chaton, elle la renvoyé chez lui avec la bête Elle a même appelé sa mère à lécole, tu te rends compte ?

Oui, oui répondait simplement sa maman, lair ailleurs.

Amandine voyait bien que plus rien ne plaisait à sa mère. La nuit, elle lentendait pleurer en silence, debout devant la fenêtre, regardant les étoiles, perdue dans ses pensées. Adulte, elle comprit ce qui lavait épuisée :

Maman devait être vidée, cest évident Deux boulots, à peine de sommeil, et peut-être pas les bons vitamines non plus, se souvenait-elle souvent. Mais elle a tout fait pour mon frère et moi. On était toujours bien habillés, nos fringues propres et repassées.

Mais à lépoque, tout ce que she could ask for, cétait :

Maman, souris, sil te plaît. Ça fait si longtemps que je ne tai pas vue sourire.

Nadège adorait ses enfants à sa manière. Pas très câline, mais elle les félicitait quand ils ramenaient de bonnes notes. Elle cuisinait bien, la maison était toujours nickel.

Mais Amandine sentait bien lamour de sa mère lorsquelle lui tressait les cheveux. La caresse sur la tête, triste, les épaules basses. Nadège perdit prématurément quasiment toutes ses dents, mais nen fit rien, trop d’autres priorités.

Quand elle termina le lycée, Amandine ne pensa pas à poursuivre détudes ; elle ne voulait pas laisser sa maman seule, surtout sans un sou. Elle trouva un emploi de vendeuse dans lépicerie du coin pour aider. Antoine grandissait vite, il lui fallait toujours de nouveaux vêtements et chaussures.

Un jour, un client du magasin, Michel, débarqua. Il nétait pas du village, mais venait dun bled à huit kilomètres. Michel tomba tout de suite sous le charme.

Et toi, la jolie, comment tu tappelles ? Je ne tai jamais vue ici, cest nouveau, non ?

Amandine, et vous ?

Moi, cest Michel, je viens de Mont-sur-Lison, cest juste à côté. Jétais juste de passage, mais là, je crois que je vais revenir plus souvent.

Il tint parole et, peu à peu, il passa la voir chaque soir, lattendant à la sortie du magasin. Balades en voiture, apéros dans la petite bourgade. Un jour, il lemmena même chez lui. Il vivait avec sa mère, très malade. Il était séparé, sa femme était partie depuis longtemps vivre à Besançon avec leur fille, pas très motivée à prendre soin de la belle-mère !

Michel avait une grande ferme, une belle maison, une table toujours garnie de viande, de crème fraîche et de chocolats. Amandine sy plut.

Dis, Amandine, si on se mariait ? Tu me plais vraiment beaucoup. Et bon, il faudra toccuper de ma mère, mais je taiderai.

Amandine garda son sérieux, mais intérieurement, elle était ravie. Soccuper dune maman malade, elle savait faire. Michel attendait la réponse, suspendu à ses lèvres.

Faut pas hésiter, au moins je mangerai toujours à ma faim, se disait-elle en riant intérieurement, avant de répondre : Oui, daccord.

Oh, Amandine, je suis tellement content ! Je taime, tu sais, et je naurais jamais cru quune jeune femme comme toi accepterait dépouser un vieux divorcé comme moi. Promis, jamais je ne te rendrai malheureuse.

Michel travaillait, aidait à la ferme et, après le mariage, Amandine sinstalla avec lui. À vrai dire, elle navait plus vraiment envie de retourner chez elle. Antoine, devenu grand, suivait ses études en mécanique automobile à la ville voisine, et ne rentrait que le week-end.

Le temps passa, et Amandine fut vraiment heureuse. Elle donna naissance à deux garçons, lun après lautre. Elle ne travaillait plus à lextérieur : entre la ferme et les enfants, elle navait pas le temps. Sa belle-mère mourut au bout de deux ans, mais la ferme exigeait quand même beaucoup de travail. Michel, très protecteur, râlait quelquefois :

Pourquoi tu tembêtes à porter des seaux aussi lourds ? Je vais le faire ! Occupe-toi juste de traire la vache et nourrir les poules et les canards, je moccupe de mes cochons.

Amandine savait que son mari laimait vraiment, il était si tendre avec leurs fils ! Elle navait jamais eu de grande ferme avec sa maman, mais elle apprit vite. Michel était dune générosité sans failles :

Dis, Amandine, on va porter un peu de viande, de lait et de crème fraîche à ta maman. Elle doit tout acheter, alors que nous on a de quoi faire.

Nadège acceptait tout cela avec reconnaissance, sans jamais sourire. Même devant ses petits-enfants, elle restait sérieuse. Ils allaient souvent la voir, et Amandine en avait le cœur serré : comment rendre à sa maman sa joie de vivre ?

Et si tu allais voir le curé à léglise, Mandine ? Il pourrait te donner un conseil pour ta mère, proposa Michel.

Le curé promit de prier pour Nadège, et il dit aussi :

Demande à Dieu que ta maman rencontre quelquun de bien sur son chemin.

Amandine priait, plein despoir.

Un jour, Nadège demanda à sa fille :

Dis, tu pourrais me prêter un peu dargent ? Jai décidé de me faire poser des dents.

Mais bien sûr, maman, je suis prête à tout payer pour toi ! sexclama Amandine, même si elle savait très bien que sa maman insisterait pour la rembourser.

Elle lui donna largent et Nadège promit de le rendre. Pendant un temps, Amandine ne vint pas, elles se parlaient au téléphone. Michel, bien occupé, aidait son oncle Nicolas à sinstaller dans le village après un divorce. La femme de Nicolas lavait jeté dehors, les enfants étant grands. Michel aidait son oncle à remplir toutes les démarches pour acheter une maison près de la leur.

Michel et Amandine allaient parfois voir Nicolas, et un jour, Michel rentra tout content :

Tu sais quoi ? Je crois que tonton Nicolas veut se remarier. Lautre jour, il parlait au téléphone, jai tout compris à la conversation.

Il a bien raison, répondit Amandine. Il est encore jeune, et puis une belle maison sans femme, cest triste. Il lui faut quelquun.

Peu de temps après, Nicolas vint en personne.

Je voulais vous inviter à la maison. Jai retrouvé mon amour de jeunesse, on était ensemble à lécole. Demain, je linstalle ici, et après-demain, vous venez nous voir !

Deux jours plus tard, Michel et Amandine, les bras chargés de cadeaux, allèrent chez lui. Quand Amandine entra dans la maison, elle en resta bouche bée. Devant elle, sa mère, Nadège, qui la regardait en souriant oui, en souriant ! Nadège était transformée, rajeunie.

Maman ! Je suis tellement heureuse Mais pourquoi tu ne nous as rien dit ?

Je nosais pas, et si ça navait pas marché ?

Tonton Nicolas, tu aurais pu prévenir !

Javais peur quAnna change davis Mais là, on est heureux.

Michel et Amandine nen revenaient pas. Nadège et Nicolas étaient radieux, et pour la première fois depuis des années, la maman dAmandine rayonnait de bonheur, et narrêtait plus de sourire.

Merci à vous davoir lu cette petite histoire. Bonheur, santé et sourire à tous !

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

15 + 20 =

Maman, souris – L’histoire touchante d’Arina, de la honte enfantine à la renaissance de sa mère bris…
Une vieille dame démunie du quartier a trouvé 300 000 pesos ; en les rendant, le propriétaire a affirmé qu’il ‘manquait’ plus de 100 000, la laissant perplexe…