Journal du 18 avril
Aujourd’hui, j’ai pris le train pour aller chez mes parents, dans un wagon de seconde classe. Mon billet ma attribué la couchette du haut, ce qui ne ma gêné en rien. Les couchettes du bas étaient occupées par deux femmes, et dès mon arrivée, jai senti que lambiance serait particulière. Jai pensé attendre le contrôleur au rez-de-chaussée, mais lune des dames a déjà commencé à protester parce que je voulais grimper à ma place.
Plus tard, quand lenvie de manger sest faite sentir, jai voulu rejoindre la petite table. Mais les deux dames étaient assises de chaque côté, buvant leur thé tranquillement, visiblement pour mempêcher dapprocher.
Pourrais-je juste prendre une petite collation ? ai-je demandé poliment.
Jeune homme, vous avez payé pour la couchette du haut, nest-ce pas ? Vous avez fait des économies ? Alors mangez là-haut ! Nous avons besoin de dormir et en plus, sentir votre repas ne nous enchante guère. Nous aimerions nous reposer, ma répondu la plus âgée.
Jai compris quelles ne céderaient pas. Jai donc installé mes affaires et me suis hissé sur la couchette supérieure, avec mes nouilles instantanées. À peine avais-je commencé à manger, le train a brusquement freiné mon repas sest retrouvé projeté sur la couchette du bas.
Des nouilles partout, même dans la coiffure raffinée de ma voisine, Élodie. De longues ficelles de pâtes couvraient tout le compartiment. À ce moment-là, jai eu envie à la fois de rire et de pleurer.
Jeune homme, vous navez jamais pris le train ou quoi ? Vous ne savez pas manger ici ? Cest infâme ! sest indignée Élodie.
Je vous assure, ce nest pas volontaire ! ai-je répondu, commençant à démêler les nouilles de ses cheveux châtains.
Toute la nuit, le compartiment était imprégné dune odeur persistante de nouilles. Même les contrôleurs évitaient Élodie ; elle aurait voulu se laver, mais pas facile dans ces conditions ordinaires, sans commodités luxueuses.
Je me suis endormi paisiblement, même si mon estomac na pas trouvé satisfaction à cause de lodeur. Que dire ? Toute cette mésaventure m’a appris que parfois, la rigidité et lintolérance des uns finissent par leur retomber dessus… et quen France, il vaut mieux apporter des sandwichs !







