Clara décide de prendre un moment de détente avec sa meilleure amie au parc pendant qu’Antoine est e…

Journal intime de Manon, mercredi.

Je croyais quêtre infidèle, cétait forcément spectaculaire. Un drame de salon parisien : des cris, des portes qui claquent, des assiettes brisées, des larmes au cœur de la nuit. Jamais je naurais pu imaginer quon puisse trahir dans le plus grand silence un silence si doux quon le perçoit à peine, comme le souffle du vent remuant les feuilles des vieux tilleuls le long du Parc Monceau.

Alexis était parti pour un déplacement professionnel à Lyon lundi matin. Avant de franchir la porte, il ma embrassée sur la tempe, a murmuré « ne tennuie pas trop », ma lancé un clin dœil et cest tout, ne laissant derrière lui quun effluve de parfum boisé bien trop cher. Jaime Alexis. Enfin, voilà ce que je réponds toujours, instinctivement, lorsquon me demande si je suis heureuse. Mais depuis deux ans, cette certitude nest plus quun écho, comme si quelquun baissait lentement le volume dune vieille radio dans mon cœur.

Ce matin de mercredi, Juliette a appelé.

On va se balader au parc ? a-t-elle lancé dune voix enjouée, presque trop. Il fait un temps de rêve, et toi tu restes cloîtrée depuis une semaine, tu vas attraper des toiles daraignée !

Jallais déclinée envie de prétendre que jai du linge à plier, un placard à trier, des livres à finir. Mais à ma surprise, jai répondu :

Daccord. À quatorze heures près de la vieille fontaine.

Le parc nous a accueillies avec des parfums de pin chauffé par le soleil et dherbe fraîchement coupée. Déjà, les tilleuls laissaient tomber quelques feuilles dorées elles sétendaient sur le bitume, éclats brillants pareils à de petites pièces dor. Javais enfilé un trench beige clair, des baskets toutes blanches presque trop chic pour flâner, mais javais soudain envie de me sentir jolie. Au moins aujourdhui.

On a marché lentement, un peu au hasard. Juliette bavardait à perte de souffle de son nouvel amoureux qui « comprend tout mais ne fait rien », et je hochais la tête, même si mes pensées étaient bien ailleurs. Quel drôle de sentiment dêtre libre avec mon mari si loin, alors que je ne pouvais mempêcher de vérifier mon portable toutes les sept minutes.

Arrivées presque au bout de lallée déserte qui borde le bassin, Juliette sest arrêtée net.

Tiens, regarde. Cest pas ?

Jai suivi la direction de ses yeux.

Un homme, seul, était assis sur un banc en bois, sous un tilleul massif. Blouson bleu marine. Un ordinateur posé sur les genoux mais les yeux perdus ailleurs, dans la lumière tachetée qui filtrait à travers le feuillage. Jai senti mon cœur se resserrer brutalement ce nétait ni de la peur, ni de la surprise, plutôt ce pincement familier, comme si une main invisible pressait doucement autour de mon cœur.

Cest Benoît, a soufflé Juliette. Benoît Pujol le fameux.

Aucun doute, je lai reconnu aussitôt. Benoît Pujol. On avait partagé les mêmes amphis en lettres modernes, quinze ans plus tôt. Celui qui, dans la résidence étudiante, alors que tout le monde dormait, me murmurait des vers dApollinaire jusquà ce que la pluie vienne heurter la vitre. Celui qui, puis, a disparu nouvelle ville, mariage, silence radio, plus un signe sur les réseaux sociaux ; il sétait effacé comme un fantôme.

On va le saluer ? tenta Juliette, avançant déjà.

Non attends, soufflai-je, saisissant brusquement son bras.

Elle ma regardée, perplexe.

Quest-ce quil tarrive ?

Juste pas maintenant.

Trop tard. Benoît leva la tête. Nos regards se sont croisés à travers le parc. Pendant une fraction de seconde, le temps sest arrêté.

Il sest levé, lentement, comme sil avait peur de réveiller la magie de linstant. Il a refermé son ordinateur, la posé sur le banc, puis sest dirigé vers nous.

Juliette, sentant la tension, sest empressée de rompre le silence :

Benoît ! Salut ! Ça alors, quelle surprise ! Thabites ici maintenant ?

Il a souri ce sourire qui autrefois me donnait des fourmillements au bout des doigts. Il ne regardait que moi.

Bonjour, a-t-il dit tout bas. Je ne mattendais pas à te croiser ici.

Moi non plus, ai-je répondu, surprise moi-même par la neutralité de ma voix.

Juliette, comprenant quelle dérangeait, lâcha un vague « Je vais voir sil reste de la glace » et fila vers le kiosque.

Benoît ma demandé doucement :

Comment vas-tu ?

Je vais bien. Mariée. Je travaille. Comme tout le monde.

Je suis divorcé depuis un an et demi, a-t-il lancé soudain, sans prévenir. Je suis revenu ici pour arrêter de fuir.

Impossible de trouver une réponse. Javais limpression que les mots rétrécissaient face à ce qui bouillonnait en moi.

Tu veux marcher ? a-t-il proposé.

Jai acquiescé.

Nous avons parcouru lallée silencieuse. Les feuilles craquaient sous nos pas. Plus loin, un chien aboyait. Le monde semblait feutré, recouvert dun voile de gaze.

Tu te souviens, cest là quon sest embrassés la première fois ? souffla-t-il soudain.

Je sursautai.

Non, cétait pas exactement là

Si. Juste là, sur ce banc. Et tu avais dit que tu népouserais jamais quelquun qui ne sait pas se taire magnifiquement. Je tavais répondu que tu serais obligée de te taire seule toute ta vie.

Jai fermé les yeux une seconde.

Jai épousé un homme qui parle juste ce quil faut.

Un rictus à peine audible plissa sa bouche.

Et alors ?

Je nai rien répondu.

Nous sommes arrivés au bout, là où une placette circulaire abritait un vieux bassin asséché. Autrefois, il y avait une guinguette ; aujourdhui, seules des rafales de vent faisaient danser la poussière.

Je ne te cherchais pas, ai-je glissé. Je pense à toi presque jamais.

Moi, si. À chaque fois que je reviens à Paris, que je vois la lumière dans tes fenêtres. Je savais que tu étais là, mariée, heureuse. Et je pensais à toi quand même.

Ma gorge sest serrée violemment.

Pourquoi tu me dis ça ?

Parce que je nen peux plus de faire semblant que ça mest égal.

Je me suis détournée, contemplant la margelle écaillée du bassin, la mousse dans les fissures.

Jai un mari, ai-je fini par dire. Un homme bien. Fiable. Lui, il ne maurait jamais

Il ne te fait jamais sentir que tu es vivante ? a achevé Benoît, tout bas.

Je me suis retournée, le regard brillant.

Ne commence pas.

Pardon.

Mais il ne baissa pas les yeux.

Nous sommes restés là, sans bouger, trop longtemps. Puis jai reculé dun pas.

Je dois partir.

Attends.

Il sortit son téléphone de sa poche.

Je ne tappellerai pas. Je nécrirai pas. Mais si un jour, juste une seconde, tu y penses compose mon numéro. Je lenregistre sur ton portable. Rien quune fois. Et cest tout.

Je fixais ses doigts entrain de pianoter les chiffres, « enregistrer contact », il me tendit le téléphone.

Je lai pris javais les mains qui tremblaient.

Je nappellerai pas, ai-je murmuré.

Je sais, a-t-il soufflé. Mais je tattendrai quand même.

Je suis partie. Vite, presque en courant, sans regarder derrière.

Juliette patientait au kiosque, deux cornets de glace vanille à la main.

Alors ? Vous avez causé ?

Oui.

Et alors ?

Rien.

Son regard scruta mon visage.

Tu pleures ?

Cest le vent.

On a quitté le parc côte à côte. Je nai pas soufflé un mot sur le trajet. Dans le métro, jai posé mon front contre la vitre froide et fixé la succession des lumières.

À la maison, je suis restée longtemps dans lentrée, dans le noir. Puis je me suis approchée du miroir. Jai contemplé la femme de trente-six ans dans la glace, les fines rides au coin des yeux, lalliance soudain étrangère à ma main.

Jai ouvert le répertoire. Un numéro inconnu, rien quun +33 suivi de sept chiffres.

Mon doigt a hésité Il na pas appuyé. Jai effacé le numéro.

Je suis allée dans la galerie. Une photo de nous deux, Alexis et moi, sur la plage à Arcachon, lété passé. Il me serre dans ses bras, rit, jai les yeux plissés sous le soleil. Une photo, un bonheur ordinaire.

Je lai regardée longtemps.

Jai éteint le portable.

Je lai posé, écran contre la table.

Puis jai filé à la cuisine pour faire infuser du thé.

Cette nuit-là, je me suis réveillée à trois heures. Alexis devait rentrer après-demain. Allongée dans le noir, jentendais lhorloge dans le salon rythmer la nuit. Finalement, je me suis levée, jai entrouvert les rideaux.

Paris dormait.

Quelque part, à quelques kilomètres à peine, sous cette même lune, dormait peut-être un homme qui, jadis, me murmurait Apollinaire sous la pluie.

Jai appuyé la paume sur la vitre froide.

Est-ce que jappellerai un jour ? Est-ce quil répondrait sil le voulait encore ?

Je nen savais rien.

Mais je savais au fond de moi : quelque chose avait irrémédiablement changé.

Ce quelque chose était venu en silence. Presque sans bruit. Comme le souffle du vent dans les feuilles des vieux tilleuls.

Et cela ne disparaîtra jamais. Ce nest pas une trahison, et pourtant, ça y ressemble. Au fond de moi, jespère que le temps effacera, que même ce sentiment finira par passerLe lendemain, la lumière a percé doucement par la fenêtre. Jai préparé deux tasses de café comme dhabitude, sans réfléchir, avant de me rappeler que je buvais seule. Je me suis surprise à sourire à la solitude ; elle nétait plus un vide, mais une présence ténue, amicale presque. Jai regardé la place de lautre côté de la table, celle dAlexis, avec la nappe un peu froissée, la chaise tirée de travers. Il y aurait, en moi, toujours ce coin un peu sombre et secret où vibre encore la voix de Benoît sous la pluie. Mais la vie nest pas faite de rendez-vous manqués elle tient dans la force paisible des matins ordinaires, dans la délicatesse de ne pas céder à chaque vertige.

Jai attrapé mon carnet. Jy ai noté : « Ce matin, je me sens plus vivante que je ne lai été depuis longtemps et ce nest ni une faute, ni une victoire. Cest juste la foi humble, fragile, quun possible existe, même sil naura jamais lieu. »

Jai ouvert la fenêtre en grand. Le vent chaud apportait la promesse du printemps, et dans la lumière, il ma semblé que tout était redevenu possible : aimer, attendre, rester, ou partir. Jai fermé les yeux, et jai choisi dattendre. Non pas quAlexis, ni Benoît, ni un destin romanesque. Jai choisi dattendre chaque vibration infime du vivant, même si cest en silence.

Et cest cela, peut-être, la vraie fidélité : ne jamais oublier qui lon a été, même lorsque tout semble paisible à la surface du cœur.

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Clara décide de prendre un moment de détente avec sa meilleure amie au parc pendant qu’Antoine est e…
J’avais entendu parler de belles-mères qui refusaient tout contact avec leurs brus, mais c’était la première fois qu’une mère rompait avec son propre fils : Mon mari a eu ce « privilège ». Sa mère était furieuse : — Je n’ai pas besoin d’un fils qui regarde en silence pendant qu’on m’humilie. Alors que personne ne l’avait humiliée. Quand j’ai rencontré mon mari, il a mis longtemps avant de me présenter à sa mère. Cela m’arrangeait, car j’ai beaucoup de mal à parler aux nouvelles personnes : je perds mes moyens, je rougis, je transpire, je bégaie… On veut tout faire parfaitement, mais c’est pire. Avec le temps, ça s’arrange, mais les premières fois, je panique. Mais quand il m’a demandé en mariage, je n’ai plus eu le choix. Ma belle-mère m’a immédiatement embarquée : découper la charcuterie et le fromage, laver les fruits, faire la vaisselle, essuyer, et toutes sortes de petites tâches. Des choses banales, mais j’étais angoissée et timide, et ma belle-mère, puissante, autoritaire et bruyante, avait l’habitude de commander. Je tremblais, coupais tout de travers, faillis casser une tasse, j’étais stressée dès le début. Elle comprit très vite que je ne souhaitais pas me disputer, me prit à tort pour une femme sans caractère, et commença à me donner des grandes leçons de vie. Surtout à propos de cette rencontre et des années à venir dans la famille. Mais elle s’est trompée. Quand je ne connais pas quelqu’un, je suis mal à l’aise, mais une fois passée la première étape, tout devient normal. Au début du mariage, je n’avais aucune envie de conflit avec la mère de mon mari. Les premières années, elle venait tous les quinze jours environ. Elle travaillait alors, et n’avait pas beaucoup de temps. Mais lors de ses brefs passages, elle inspectait l’appartement : ce qu’on mangeait, comment c’était rangé, traquait la poussière, les taches sur les vitres… Par chance, elle n’a jamais fouillé les placards, mais je ne l’aurais pas permis. Je n’aimais pas ça, mais ma mère, pleine de sagesse, m’avait conseillé de relativiser. Une visite toutes les deux ou trois semaines, c’était gérable. Pas une grande perte pour moi, ma belle-mère donnait ses conseils, repartait satisfaite, et la paix régnait. Mais tout a changé après la naissance du bébé — et la retraite de ma belle-mère, qui malheureusement sont survenues en même temps. Elle venait chaque jour. Bien sûr, il n’était pas question de m’aider avec le bébé. Non, elle venait pour m’enseigner… Un mois de visites quotidiennes, où elle répétait sans cesse que je négligeais la maison, tout en lavant elle-même le sol chaque jour — pour la propreté de son petit-fils. Elle me disait que je nourrissais, portais ou changeais le bébé très mal. Elle critiquait le frigo vide, le fait que mon mari rentrait affamé sans rien dans l’assiette. Mais elle ne proposait jamais de cuisiner elle-même pour son fils ; elle donnait juste des ordres. Quand elle a déclaré que j’étais une mauvaise mère à cause de la façon dont j’avais mis la couche (la « mauvaise », selon elle, qui déformerait ses articulations !), là, j’ai craqué. J’ai dit que, chez moi, je choisissais comment nourrir mon fils, mon époux, quand je faisais le ménage et quel produit j’utilisais. Et que si elle osait encore me traiter de mauvaise mère, elle ne verrait son petit-fils qu’au tribunal. Mon mari a assisté à la scène, et m’a soutenue à 100%. Il avait déjà voulu dire son fait à sa mère, mais je lui avais demandé de l’éviter pour ménager la paix. J’avais promis que, le jour où j’en aurais marre, je le lui dirais moi-même. C’est ce jour-là qu’il est arrivé. — Tu ne vas rien lui dire ? — a lancé ma belle-mère. — Non, elle a raison, — a répondu mon mari, en passant son bras sur mes épaules. Ma belle-mère s’est alors raidie, puis a lancé qu’elle n’avait pas besoin d’un fils qui la laisse humilier sans broncher. — Et tu es d’accord avec elle, — a-t-elle sifflé avant de sortir brusquement de chez nous. Depuis quatorze jours, plus de nouvelles, pas d’appel. Hier, c’était son anniversaire : mon mari a voulu l’appeler le matin, sans succès. Elle a seulement répondu à un SMS : “Je ne veux rien de vous, même pas vos vœux.” Ma mère trouve que je suis allée trop loin mais mon mari et moi sommes sûrs d’avoir bien agi. En tout cas, je ne vois pas pourquoi nous devrions présenter des excuses à ma belle-mère. — Quand une belle-mère franchit la ligne rouge : comment ma fermeté face à l’intrusion de ma belle-mère a failli briser toute une famille, mais m’a permis de retrouver ma place au sein de notre foyer