Pendant plusieurs heures, une dame âgée est restée à la gare en attendant son fils, mais il n’était nulle part en vue !

Tu sais, l’autre jour, il est arrivé quelque chose de vraiment triste à Bernadette. Elle venait de quitter son petit village de la campagne bretonne pour rejoindre la gare Montparnasse, à Paris. Elle portait avec elle deux énormes sacs, chacun pesant presque dix kilos elle voulait à tout prix gâter sa famille et avait dépensé ses dernières économies pour leur acheter des cadeaux. Elle croyait sincèrement que ça leur ferait plaisir et, comme à son habitude, elle ne venait jamais les mains vides. Cette fois, elle sétait même dépassée !
Le trajet na pas été facile. Malgré la fatigue qui commençait à gagner ses bras, elle na jamais douté, persuadée que son fils, Christophe, lattendrait à la gare, comme promis. Mais voilà, une fois arrivée, personne à lhorizon… Elle navait pas dautre solution que de reposer ses sacs sur le quai et dappeler Christophe.
Le téléphone a sonné un bon moment et, au bout du dixième appel, la voix endormie de son fils sest enfin fait entendre, complètement perdue :
Oh maman, mince, je suis vraiment désolé, javais complètement zappé que tu venais aujourdhui… On a décidé à la dernière minute daller voir les parents de Clémence, dans le Val de Loire, et on ne rentrera que la semaine prochaine. Du coup, tu tes déplacée pour rien. Vraiment, pardonne-moi, je ne pensais pas et jai oublié de te prévenir, tout est allé si vite
Bernadette en avait les larmes aux yeux, mais elle na rien dit de plus quun simple Daccord.
Elle a fini par donner les deux sacs à des sans-abris sur le parvis de la gare, incapable de rebrousser chemin avec tout ce poids et les bras en compote. Jamais elle na partagé sa tristesse avec son fils, qui na sûrement jamais saisi à quel point il avait blessé le cœur de sa mère. Bernadette avait mis tout son amour et son énergie à lélever, et là, il ne trouvait même pas le temps de la voir alors quelle prenait de lâge.
Un mois plus tard, Clémence a appelé pour lui demander si elle pouvait garder les petits le temps dun week-end, parce quils devaient aller à un mariage damis. Cette fois, Bernadette a gentiment décliné. Elle en avait assez de nêtre considérée que lorsque sa présence arrangeait les autres.

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Pendant plusieurs heures, une dame âgée est restée à la gare en attendant son fils, mais il n’était nulle part en vue !
Mamie, tu étais si belle quand tu étais jeune, alors que papi, même s’il était gentil, n’était pas très beau. On t’a mariée de force avec lui ? s’enquiert Valérie, la petite-fille d’Anfisa. — Oh, pas du tout ! J’étais sacrément vive, moi, dans ma jeunesse ! Mes parents avaient bien du mal à me tenir. C’est moi qui l’ai presque forcé à m’épouser, ricane Anfisa. — Comment ça ? s’étonne Valérie. Tu devais avoir plein de prétendants, non ? — Oh, j’en avais, souffle Anfisa, pas sans un brin de coquetterie. Mais c’est d’Igor que je suis tombée amoureuse. Enfin, surtout de son accordéon ! — Petit, il était déjà un vrai chenapan. Une fois môme, il a trouvé une vieille cartouche et l’a jetée au feu, ce grand bêta ! Les autres gamins sont partis en courant, mais lui, il traînait, le doigt dans le nez. Il s’est retrouvé avec l’oreille arrachée, la narine fendue, et un doigt en moins… — Ça ne l’a pas empêché de continuer à grimper sur les palissades ni à chaparder les pommes dans les vergers voisins. Mais quand il a été question de se caser, les fiancées n’affluaient pas… Il serait sans doute resté célibataire si un jour, un gars de passage ne lui avait échangé un accordéon contre un bout de lard. C’est là qu’on a découvert qu’Igor avait de l’oreille ! — À force de s’entraîner, il s’est mis à jouer, puis à composer des chansons. Je me souviens de la première fois où il s’est pointé à une soirée avec son accordéon. Il a joué si bien que certains ont versé une larme. Et mon cœur, à moi, il a chaviré. J’entendais sa voix, et j’avais l’impression de voir son âme. — Après ça, je sortais en soirée uniquement pour lui. J’ai fini par tanner mon père : je veux épouser Igor ! Ma mère a pleuré, elle disait que sa fille était folle d’épouser un handicapé. Mon père a dit qu’un homme qui voudrait bien d’une godiche pareille, il le bénirait ! — Après, je me suis mise à lui faire comprendre qu’il me plaisait. Mais lui, têtu comme une bourrique : Pourquoi t’infliger ma compagnie ? Avec moi, tu aurais honte de traverser le village, tout le monde te montrerait du doigt. — Alors j’ai feinté. J’ai passé toute la nuit sur le banc avec lui. Je rentre chez moi, mon père m’attend, la lanière à la main. Je me jette à ses pieds en pleurant : j’ai passé la nuit avec Igor ! Plus le choix, il a fallu qu’il m’épouse. — Au début, tout le monde jasait. On disait que sa mère m’avait ensorcelée. Mon Dieu, ma belle-mère, Malasha, égorgeait des poulets pour détourner le mauvais œil. Après, on racontait que j’étais abîmée à l’intérieur. Puis j’ai commencé à pondre : un fils, une fille, un fils, une fille… Plus personne n’a moufté. — Et pourtant, on a eu une belle vie. Je rentrais de la traite, il arrosait le jardin, faisait bouillir les patates. La choucroute, c’est lui qui la faisait, il ne me faisait pas confiance ! Il s’occupait des enfants… Les autres hommes filaient de la maison pour éviter les cris des petits, mais lui, il s’en occupait avec tendresse. — Mais jusqu’à la fin, il est resté pudique. « Passe devant, je te rejoins », disait-il. « Eh bien, t’es mon homme ou une midinette ? » que je répondais. Je l’attrapais par le bras, on avançait ensemble. — Voilà dix ans qu’il est parti. Quand la tristesse me prend, je serre son accordéon dans mes bras et je pleure. J’ai alors l’impression qu’il est là, assis à côté de moi, sans pouvoir dire un mot. Voilà, ma petite, il ne faut pas épouser la beauté qui brille, mais suivre l’appel du cœur.