Alexandre désemparé lorsque sa femme disparaît soudainement : Laurence observe la cour grise sous …

Julien est désorienté lorsque sa femme disparaît soudainement

Manon se tient près de la fenêtre, observant la cour grise détrempée par la pluie.

Julien parcourt les actualités sur son portable, grognant parfois, tenant à montrer à sa femme un post particulièrement choquant.

Manon, sans lever les yeux de lécran, tu pourrais aller à la boulangerie ? Jai envie de quelque chose avec le thé.

Elle se retourne, le dévisage. Depuis quand est-ce quil est allé faire les courses lui-même pour la dernière fois ?

Julien, tu ne peux pas y aller toi-même ?

Mais je suis crevé à cause du boulot. Et puis, tu sais mieux ce quil faut acheter.

Bien sûr que je sais mieux. Évidemment. Cela fait quinze ans que je fais les courses. Que je dresse les listes, compte les euros, me souviens que le sel arrive à sa fin, et que Camille ne mange pas de fromage blanc.

Quest-ce que tu sais de nos achats ? dit-elle doucement.

Comment ça ?

Par exemple, combien de litres de lait consommons-nous par semaine ?

Julien est pris au dépourvu :

Euh, beaucoup ?

Quel fromage blanc jachète ?

Le classique ?

Non, le Danone à 9%. Louise ne mange que celui-là. Et le pain ?

Manon, pourquoi ce quiz ?

Parce que, Manon pose sa tasse sur le rebord, tu vis dans cette maison comme un client à lhôtel. La nourriture apparaît toute seule, le linge se lave tout seul, les enfants shabillent tout seuls.

Oh, ça va, Julien abandonne son téléphone à contrecœur. Je bosse, moi ! Je ramène largent !

Moi aussi je travaille. Mais jai en plus une deuxième journée ici, à la maison.

Maman, Camille relève la tête, demain il y a réunion parents-professeurs. Tu viens ?

Bien sûr.

Et papa ?

Manon regarde Julien. Il hausse les épaules :

Jai une réunion importante demain.

Et mon boulot nest pas important ?

Ce nest pas ça.

Alors cest quoi ? Cest que les enfants, cest mon département à moi ?

Vous avez plus de facilité à parler avec les profs.

Manon rit doucement, un rire étrange, amer.

Tu sais quoi ? Je viens de réaliser que tu ne connais pas le nom de la prof principale de Louise. Que tu ignores quel jour Camille a anglais. Et tu trouves ça normal, ce partage des tâches.

Ben oui, non ?

Julien, elle sassoit en face de lui. Dis-moi franchement : si demain je disparaissais, quest-ce que tu ferais ?

Pourquoi tu dis nimporte quoi ?

Réponds.

Julien reste silencieux, visiblement il cogite.

Je men sortirais, je suppose.

Tu supposes. Tu ignores où sont les papiers des enfants. Tu ne connais pas le numéro de la pédiatre. Tu ne sais pas leur pointure.

Je le trouverai !

Camille et Louise échangent un regard. Le silence devient lourd : les filles sentent que le sujet est grave.

Manon, la voix se fait plus douce, quest-ce qui se passe ? Pourquoi cette discussion maintenant

Ce nest pas soudain. Ça sest accumulé année après année. Je croyais que cétait normal. Que la femme devait tout gérer. Mais je viens de comprendre que non, elle ne doit pas.

Cette nuit, elle est allongée, fait le compte.

Quinze ans de mariage. Plus de cinq mille jours où elle sest levée la première, couchée la dernière. Préparé les petits-déjeuners, vérifié les devoirs, lavé, rangé, pensé aux vaccins et aux anniversaires.

Et Julien ? Lui il travaille. Et pense que cest suffisant.

Au matin, elle prend une décision.

Les filles, elle dit à ses filles pendant le petit-déjeuner, ce soir je pars chez mamie Raymonde.

Pour longtemps ? demande Louise.

Une semaine. Peut-être plus.

Julien relève enfin la tête de son café :

Quoi ? Mais jai le boulot

Justement. Tu as une semaine pour découvrir comment fonctionne cette maison sans moi.

Manon, cest une fuite !

Non, elle débarrasse la table, cest une expérience scientifique.

Quel genre dexpérience ?

On verra si tu sauras être le maître de la maison pendant une semaine.

À midi, Manon a fait ses valises. Julien la suit dans lappartement, essaie de la convaincre que cest absurde, quil comprend, quils finiront par sarranger.

Tu reviens quand ?

Je ne sais pas, répond-elle sincèrement. Quand je sentirai quon me veut ici. Pas quon mutilise.

Mamie Raymonde la mère de Julien accueille Manon avec circonspection.

Quest-ce quil se passe ? Vous êtes disputés ?

Non. Je suis juste fatiguée dêtre la bonne à tout faire.

Comment ça la bonne ? soffusque la belle-mère. Tu es lépouse, la mère !

Justement. Une épouse et une mère, pas une gouvernante.

Raymonde hoche la tête :

La jeunesse Avant, les femmes faisaient tout, et nen faisaient pas une histoire.

Et les hommes, ils faisaient quoi ?

Mais ils travaillaient ! Ils faisaient vivre la famille !

Et rien dautre ?

Ben quoi dautre ? répond naïvement la belle-mère.

Manon observe cette femme de soixante-dix ans qui toute sa vie a trouvé normal dêtre seule à gérer la maison. Qui a élevé un fils sans jamais lui demander de faire la vaisselle.

Raymonde, vous navez pas été épuisée de tout faire seule pendant quarante ans ?

Épuisée, oui, admet-elle dans un souffle. Très fatiguée. Mais bon Cest la destinée de la femme.

Non. Ce nest pas une destinée. Cest un choix.

Les trois premiers jours, Julien appelle chaque soir. Il râle que Camille refuse ses steaks hachés, que Louise ne trouve pas son survêtement, quil ne sait même pas à quelle heure aller chercher les filles à lécole.

Demande-leur, répond Manon.

Elles nen savent rien !

Si, elles savent. Mais tu ne leur as jamais demandé.

Le quatrième jour, il cesse dappeler. Manon sinquiète et finit par téléphoner elle-même.

Allô ? une voix lasse, cassée.

Comment ça va ?

Mal, avoue Julien.

Le silence sétend dans le combiné.

Manon, cest bon là ? Jai compris. Jai compris.

Compris quoi ?

Que je suis mauvais père. Et mauvais mari aussi. Que tu es une héroïne, bordel. Je naurais jamais imaginé à quel point cest dur.

Manon ferme les yeux. Pour la première fois en quinze ans, son mari reconnaît la difficulté.

Ce nest pas une question de dur ou facile. Cest une question de famille. Nous sommes une équipe, pas moi lemployée et les autres les spectateurs.

Reviens, sil te plaît.

Bientôt.

Au septième jour, Raymonde aborde le sujet du retour :

Ma fille, tu crois pas que la leçon est apprise ? Julien ma appelée, il était à deux doigts de pleurer.

Manon rentre dix jours plus tard.

Les filles, elle serre ses filles contre elle, vous mavez tellement manqué !

Nous aussi ! Camille se pend à son cou. Papa sait faire des pâtes maintenant !

Vraiment ? Manon sourit.

Et la lessive aussi, ajoute Louise. Mais il a transformé mon pull en rose

Julien regarde sa femme dun air contrit :

Je savais pas quil fallait laver les couleurs à part.

Sur la table une liste de tâches écrite par Julien. Les horaires des activités des filles, les numéros du médecin, le menu de la semaine.

Quest-ce que cest ? sétonne Manon.

Je me suis organisé, répond-il, gêné.

Le soir, quand les enfants sont couchés, ils boivent le thé ensemble dans la cuisine.

Excuse-moi, dit Julien. Jétais aveugle. Je croyais que tout se faisait par magie. Jai vécu quinze ans dans une maison delfes.

Manon éclate de rire pour la première fois depuis des jours.

Pas des elfes. Une femme épuisée.

Plus jamais. Je te le jure. Jai fait un planning : qui cuisine, qui nettoie, qui aide les filles. Cest partagé.

Sérieuse ?

Sincèrement.

Dehors, il pleut toujours. Mais à lintérieur, il fait doux.

Parfois, il faut que la femme sefface pour que lhomme apprenne à la chérir.

Vous dites que cest un conte ? Eh bien non.

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Alexandre désemparé lorsque sa femme disparaît soudainement : Laurence observe la cour grise sous …
Mon mari a décidé de me punir par le silence, alors j’ai simplement arrêté de préparer le dîner.