Maman qui élève son bébé Emma avec tendresse tandis que son mari, François, ne parvient pas à l’aime…

Chaque matin, je me réveille au son du léger gémissement dAline. Elle est si minuscule, si parfaite. Ses doigts senroulent autour du mien lorsque je la porte, et jai limpression que tout retrouve son sens dans ma vie.
Bonjour, mon trésor, je murmure en la soulevant de son berceau. As-tu bien dormi ?
Depuis la cuisine, jentends les pas lourds de Rémy. Cet homme si réservé me semble encore plus distant depuis la naissance dAline.
Tu parles encore toute seule ? lance-t-il depuis la porte, avec ce regard dont je nai jamais percé le secret.
Je parle à Aline, réponds-je calmement.
Il soupire, glisse ses doigts dans ses cheveux.
Chloé, il faudrait quon discute.
Plus tard, dis-je, en berçant Aline doucement. Je dois dabord lui donner à manger.
Je le regarde séloigner, le cœur serré. Je sais que Rémy traverse quelque chose de douloureux, mais Aline dépend tellement de moi, elle est si vulnérable.
La journée, pendant quil est au travail, nous avons notre petit rituel. Je lui chante des berceuses, je lui donne son bain avec mille précautions, je lui lis des contes. Elle mécoute avec ses yeux brillants, comme si elle comprenait tout ce que je disais.
Ton papa finira par taimer, je lui souffle en changeant sa couche. Il lui faut juste un peu de temps.
Le soir, lorsque Rémy rentre, je trouve toujours un prétexte pour emmener Aline ailleurs. Il ne la regarde jamais, ne pose aucune question sur elle. Il marrive de lentendre pleurer dans la salle de bains et je ne comprends pas pourquoi.
Un soir, après avoir couché Aline, je trouve Rémy assis sur le canapé, tenant une photo contre lui.
Quest-ce que tu regardes ? demandé-je.
Il lève les yeux, son regard rougi par les larmes.
Tu te souviens de ça ?
Cest léchographie. Notre première échographie, il y a huit mois. Je me souviens parfaitement de ce jour-là : la joie, les projets, les prénoms choisis tous les deux.
Bien sûr que je men souviens, dis-je en masseyant à côté de lui. Cest le jour où nous avons appris quAline arrivait.
Rémy ferme les yeux, laisse les larmes couler sur ses joues.
Chloé Aline nest pas là.
Quest-ce que tu racontes ? Elle dort dans sa chambre.
Non, mon amour, il ny a pas de chambre denfant. Pas de berceau. Pas dAline.
Je me relève brusquement.
Tu es fou ! Elle est là, je viens à peine de la coucher !
Je cours vers la chambre, Rémy me suit. Jouvre la porte, il allume la lumière.
La pièce est vide. Il ny a pas de berceau, aucun mobile suspendu, pas de petits vêtements que jétais sûre davoir lavés ce matin. Juste des cartons poussiéreux et des meubles anciens.
Aline murmuré-je.
Nous avons perdu Aline il y a six mois, Chloé, dit Rémy dune voix brisée. À trente-deux semaines. Le cordon ombilical les médecins ont dit quon ne pouvait rien faire.
Les souvenirs reviennent par fragments, comme du verre brisé : lhôpital, les moniteurs silencieux, mes bras terriblement vides.
Mais je la porte chaque jour je la nourris elle me sourit
Rémy menlace alors que je meffondre.
Tu portes une couverture, mon amour. Tu parles à une couverture. Je tai vue la bercer, lui changer des “couches”. Jattendais que tu te rappelles, que tu reviennes vers moi.
Je regarde mes bras vides, et pour la première fois depuis des mois, ils me paraissent douloureusement légers. Le poids que je croyais ressentir, les murmures que jentendais, tout se dissipe, comme une brume.
Aline mon Aline
Je sais que ça fait mal, murmure Rémy. Moi aussi, jai mal tous les jours. Mais il faut avancer, ensemble, sans elle mais ensemble.
Cette nuit-là, je pleure pour la première fois depuis les funérailles dont je ne me souvenais plus. Je pleure mon bébé qui nest jamais rentrée à la maison, mon mari qui ma vue me perdre dans une illusion et qui a attendu patiemment mon retour, tous ces mois volés au vrai deuil.
Mais je pleure aussi de soulagement : enfin, je peux commencer à guérir.
Et Rémy est là, attendant, comme il la toujours fait.

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Maman qui élève son bébé Emma avec tendresse tandis que son mari, François, ne parvient pas à l’aime…
Adam, je ne veux pas te blesser ni te faire de la peine, mon chéri : une histoire de famille, de solitude et de nouveaux départs dans une maison française