Le chat tombe par hasard sur un téléphone portable
Le chat, en flânant entre les feuilles mortes derrière un square à Lyon, découvre soudain un objet rectangulaire. Il sent lhumain à plein nez, et quand il sapproche, il trouve que cest agréablement tiède. Avec le confort typique des matous, il sinstalle dessus, serre lappareil entre ses pattes et sy allonge. Dun simple effleurement de la patte, lécran sallume sous son poids.
Clémence na même pas eu le temps de savourer son nouveau smartphone. Dès quelle la déballé, il sest mis à chauffer à la moindre utilisation ; et le voilà déjà disparu, à peine utilisé. Mauvais coup Lappareil était pourtant parfait : grand écran, batterie puissante celle-là même qui finit par lui faire défaut. À présent, impossible de faire jouer le retour : le téléphone sest volatisé.
Clémence peste à voix haute, se traite elle-même didiote, récupère son vieux portable à touches, et compose son propre numéro. Les sonneries retentissent, mais personne ne décroche.
Un peu désespérée, elle verse quelques gouttes de tisanes calmantes, sallonge et tente de retracer son parcours de la journée dans sa tête. Peut-être quen refaisant ses pas, elle remettra la main dessus. Au moment où le sommeil la gagne, une vibration insolite se fait sentir sous sa main : On lappelle ! Son vieux téléphone affiche son numéro à elle, bien connu.
Allô ? Oui ?
Elle nentend quinspiration, froissements, comme un souffle tout près Jusquà ce quun doux Miaou perce le silence.
Clémence raccroche aussitôt, vexée. On se moque de moi ! se dit-elle. Dommage quelle nait même pas mis de verrouillage sur le portable nimporte qui peut samuser avec à présent. Un nouveau appel la coupe dans ses pensées.
Même ambiance : petits bruits, respiration, et juste après, un deuxième miaulement à peine timide.
Arrêtez de me rappeler ! semporte-t-elle.
Mais les appels continuent. Au bout dun moment, estimant quelle na plus rien à perdre, Clémence enfile son manteau et sort dans la nuit fraîche. Les sons semblent venir de lextérieur. Alors, son tour la mène machinalement là où elle a marché un peu plus tôt.
Elle avance, composant son numéro à intervalles réguliers. Soudain, sans réel espoir, elle entend la sonnerie familière. Clémence se précipite vers la source du bruit, prête à remonter les bretelles au plaisantin qui joue avec son portable volé.
Or, sous un vieux marronnier, le chat, lové sur lobjet tiède, observe fasciné le rectangle qui vibre et parle. Intrigué, il le renifle ; lappareil enchaîne les sons. Le chat, poli, répond dun miaulement.
Le smartphone se tait. Prudent, le chat le gratte dun coup de patte : il recommence à parler. Lengin chauffe davantage ; dans la fraîcheur du soir, cest une véritable petite île chaude pour le matou. Il repose encore une patte dessus.
Et là, dun coup, le téléphone se met à jouer une mélodie. Effrayé, le chat lui flanque une tape, mais rien ny fait : la musique continue. En pleine lutte contre ce drôle dobjet chantant, il ne voit même pas quune silhouette approche.
La combativité de Clémence sévanouit instantanément lorsquelle découvre enfin le responsable. Sous larbre, cest un gros chat roux, lair éreinté, qui tente furieusement de faire taire le téléphone à laide de ses petites pattes. Mais dès quil aperçoit Clémence
il court dans sa direction, comme sil retrouvait une vieille amie. Son souffle chaud, ses ronronnements, et la façon dont il se frotte à ses mains, cest irrésistible. Clémence, émue, se penche pour le caresser ce chat abandonné la bouleverse de tendresse.
Il se frotte à ses joues, cherche ses lèvres comme pour lembrasser. Elle constate quil est glacé : pas étonnant quil se soit réchauffé sur son téléphone bouillant.
Le téléphone retrouvé au fond de la poche et le matou bien installé dans ses bras, Clémence chemine lentement vers son appartement, se laissant envahir par une affection nouvelle. Apparemment, elle avait plu immédiatement à ce chat mystérieux ! Impossible désormais de labandonner.
Quant au chat, il est fou de bonheur, se tortille contre elle, explore son visage de sa truffe froide, malgré les tentatives de Clémence déchapper à ses élans même si, au fond, elle adore ça. Comment croire quun chat des rues puisse être aussi affectueux ?
Finalement, lexplication est dune simplicité enfantine
Le chat était simplement grisé par le parfum de sa tisane à la valériane, que Clémence avait préparée un peu plus tôt pour se rasséréner.





