Léonard refusait obstinément de croire qu’Irène était sa fille. Sa femme, Véronique, travaillait dans un supermarché et les rumeurs disaient qu’elle s’enfermait souvent avec d’autres hommes dans la réserve. C’est pourquoi son mari doutait que la frêle Irène soit réellement son enfant et n’aimait pas la petite. Seul le grand-père adorait sa petite-fille et lui laissa en héritage sa maison. Seul son grand-père aimait vraiment Irène — histoire d’une enfant fragile rejetée par ses parents mais soutenue par son grand-père, vieux garde forestier un peu sorcier qui lui transmit ses secrets sur les plantes et la nature, lui légua sa maison à l’orée de la forêt, et fit un vœu de bonheur pour elle, qui devint médecin malgré tout et y trouva finalement amour et destin, juste comme son grand-père l’avait prédit.

Lionel refuse obstinément de croire quAriane est sa fille. Sa femme, Véronique, travaille à la supérette du village. Les mauvaises langues prétendent quelle se retrouve parfois enfermée dans la réserve avec dautres hommes. De là vient le doute de Lionel quant à la paternité de la frêle Ariane, et une froideur s’installe avec lenfant. Seul son grand-père la chérit, jusquà lui léguer la petite maison au bout du village.
Seul papy Maurice aimait sa petite-fille
Toute petite, Ariane souffre souvent de maladies. Cest une enfant fragile, toute menue. “Il ny a jamais eu quelquun daussi petit ni chez toi, ni chez moi”, ronchonne Lionel. “Cette enfant, à peine plus grande quun pot à lait.” Peu à peu, même Véronique séloigne de sa fille, influencée par lattitude de son mari.
Une seule âme aime vraiment Ariane : cest son grand-père Maurice. Sa maisonnette se dresse à la sortie du bourg, à lorée de la forêt. Maurice a consacré sa vie au métier de garde forestier. Même retraité, il sy promène chaque jour, remplit son panier de baies et dherbes médicinales, nourrit les animaux lhiver venu. Certains villageois le trouvent un peu particulier ; il arrive parfois que ses paroles se réalisent. Pourtant, beaucoup viennent le voir pour ses potions et tisanes.
Veuf depuis longtemps, Maurice na pour réconfort que la forêt et sa petite-fille. Quand Ariane entre à lécole, elle vit presque chez lui. Maurice lui transmet le savoir des plantes et des racines. La petite comprend vite, et répond à qui lui demande ce quelle veut faire : “Je voudrais soigner les gens.” Sa mère lui répond quelle na pas les moyens de payer des études. Maurice la rassure : il nest pas sans ressources et, au besoin, il pourrait même vendre sa vache.
Un héritage de tendresse et despoir
Véronique ne vient voir son père que rarement, mais aujourdhui, elle frappe à sa porte. Son fils Julien sest ruiné au casino de Lyon et sest attiré de sérieux ennuis. Il a été tabassé, et on exige que la famille règle ses dettes coûte que coûte.
“Tu viens frapper à ma porte seulement dans la détresse ?”, gronde Maurice. “Des années sans nouvelles et te voilà ?” Il refuse déponger les dettes de Julien : “Je nai pas à payer pour les bêtises de ton fils. Ariane a besoin de moi pour ses études.”
Furieuse, Véronique senfuit en criant : “Je ne veux plus jamais vous voir, ni toi, ni cette fille !” Quand Ariane sinscrit à lécole dinfirmières, elle ne reçoit pas un sou de ses parents. Seul son grand-père veille sur elle, et sa bourse détudes laide à joindre les deux bouts, car Ariane travaille bien.
Peu avant la fin de ses études, Maurice tombe malade. Sentant la fin approcher, il confie à Ariane quil lui lègue sa maison. Il lui conseille de chercher un poste en ville, mais de ne pas oublier ce logis familial. “Une maison vit tant quelle sent la présence humaine. Lhiver, chauffe le poêle, naie pas peur de dormir ici seule, cest ici que le bonheur viendra te trouver”, prédit Maurice en souriant. Il paraît en savoir long sur lavenir…
La prédiction de Maurice saccomplit
Maurice disparaît un automne. Ariane travaille comme infirmière dans lhôpital de la sous-préfecture. Dès quelle le peut, elle retourne dans la maison de son grand-père, rallume le vieux poêle quand le froid tombe. Il y a assez de bois pour des années. La météo annonce une tempête de neige. Ariane, en congé, préfère venir ici quà lappartement quelle loue chez des cousins dune amie.
Elle arrive le soir au village. Dans la nuit, la tempête se déchaîne. Au matin, le vent tombe un peu, mais la neige continue et la route disparaît sous un épais manteau blanc. Soudain, quelquun frappe. Devant la porte, un jeune homme inconnu. “Bonjour, ma voiture est bloquée juste en face. Auriez-vous une pelle ?”, demande-t-il. “Elle est sous le porche, prenez-la. Je peux vous aider si besoin ?”, répond Ariane. Le jeune homme, costaud, sourit en coin : “Ce serait le comble quune demoiselle aussi menue sy mette !”
Il se débrouille très bien, dégage la voiture, tente de repartir et se retrouve à nouveau piégé. Il revient bredouille. Ariane linvite à rentrer prendre un thé brûlant. “La tempête finira bien par cesser, et la route sera vite déblayée, on nest pas au bout du monde”, dit-elle.
Après hésitation, linconnu accepte. “Vous navez pas peur, seule, ici, au bord de la forêt ?”, demande-t-il. Ariane explique quelle ne vient que les week-ends, travaille en ville, et se demande comment elle fera si lautocar ne passe pas. Il se présente : Sébastien, habitant lui aussi la sous-préfecture. Il propose de la raccompagner dimanche, car il doit y retourner. Elle accepte, soulagée.
Un soir, Ariane décide de marcher chez elle après le travail et découvre Sébastien près du portail. “Votre tisane doit être magique, plaisante-t-il. Javais drôlement envie de vous revoir et den reprendre une tasse.”
Ils ne se marient pas : Ariane nen ressent pas le besoin. Sébastien insiste dabord, puis renonce. Leur amour nen est pas moins sincère. Ariane découvre alors que, parfois, dans les livres, ce nest pas quun mythe quand on dit quun homme porte sa femme sur ses bras. Quand leur fils naît, tout le monde à la maternité sétonne quune femme si frêle ait mis au monde un si solide gaillard ! Quand on linterroge sur le prénom, Ariane répond en souriant : “Il sappellera Maurice, en hommage à quelquun de précieux.”

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Léonard refusait obstinément de croire qu’Irène était sa fille. Sa femme, Véronique, travaillait dans un supermarché et les rumeurs disaient qu’elle s’enfermait souvent avec d’autres hommes dans la réserve. C’est pourquoi son mari doutait que la frêle Irène soit réellement son enfant et n’aimait pas la petite. Seul le grand-père adorait sa petite-fille et lui laissa en héritage sa maison. Seul son grand-père aimait vraiment Irène — histoire d’une enfant fragile rejetée par ses parents mais soutenue par son grand-père, vieux garde forestier un peu sorcier qui lui transmit ses secrets sur les plantes et la nature, lui légua sa maison à l’orée de la forêt, et fit un vœu de bonheur pour elle, qui devint médecin malgré tout et y trouva finalement amour et destin, juste comme son grand-père l’avait prédit.
Il est parti travailler à l’étranger, n’a plus donné de nouvelles, a disparu. Un an jour pour jour, …