Prémonition d’un malheur : L’angoisse nocturne de Julie, les larmes inexplicables, et la terrible nouvelle pour son petit Eugène — une lutte désespérée contre la maladie avec l’espoir d’un miracle en terre étrangère

PRESCIENCE DE MALHEUR

Cette nuit-là, Charlotte s’est réveillée sans parvenir à se rendormir. Un drôle de malaise, peut-être un cauchemar, peut-être une inquiétude impalpable, lui étreignait le cœur. Les larmes coulaient sur ses joues sans quelle en comprenne la raison. Langoisse s’abattait sur elle, un pressentiment horrible d’une catastrophe qui planait dans lair.

Charlotte se glissa jusquau berceau de son petit garçon. Antoine dormait paisiblement, un sourire aux lèvres, ses petits doigts remuant dans le sommeil. Elle remit la couverture en place, embrassa doucement son front et sortit dans la cuisine. Dehors, la nuit était noire comme de lencre.

Charlotte, encore une nuit blanche ? demanda soudain Louis dans son dos.

Ça recommence Je ne comprends pas, Louis, ce qui marrive, répondit-elle, la voix tremblante.

Ce doit être ce fameux baby-blues, tu crois pas ? essaya-t-il de plaisanter.

Je ne sais pas Antoine a six mois maintenant, je nai rien eu avant, tout allait bien, et soudain

Les hormones, la fatigue, tu sais Il ne faut pas trop sinquiéter, tout va sarranger !

Jai peur, Louis murmura-t-elle, blottie contre lui.

Ça va aller, je te le promets, répondit-il en la serrant fort.

Trois semaines plus tard, Charlotte fut convoquée chez le pédiatre de secteur. Antoine venait de passer ses six mois, il fallait refaire un bilan. Les analyses venaient dêtre faites, les rendez-vous senchaînaient, quand l’appel de linfirmière la surprit.

Il s’est passé quelque chose ? demanda-t-elle, la gorge nouée.

Ne vous en faites pas, Charlotte, le docteur vous expliquera tout, répondit la voix bienveillante.

À lhôpital, la salle dattente débordait, et Charlotte sentait la panique monter. Quand ce fut enfin leur tour dentrer, elle était déjà au bord des larmes.

Asseyez-vous, dit doucement la pédiatre. Madame Dubois, jai besoin de vous parler. Il faut refaire des analyses. Ne soyez pas inquiète.

Mais quest-ce qui se passe ? souffla Charlotte, sentant au fond delle-même que ses craintes prenaient forme.

Les résultats dAntoine sont inquiétants. Son taux de leucocytes est bien trop élevé, il y a dautres signes préoccupants. Il faut contrôler tout ça, dans un centre spécialisé.

Où ça ? murmura-t-elle.

Au centre régional de cancérologie pour enfants, répondit la médecin.

Charlotte ne sut jamais comment elle était rentrée. Louis lattendait déjà, la mine grave il était rentré dès quelle lavait appelé.

Charlotte, quest-ce qui se passe ? sinquiéta-t-il.

Les larmes coulaient sur les joues de Charlotte, mais elle ne les sentait même plus :

On nous envoie au centre de cancérologie, murmura-t-elle, brisée.

Cest sûrement juste pour vérifier tenta-t-il de rassurer, bien quil doutât lui-même.

Non, je le sais, jai toujours pressenti ça La catastrophe allait tomber, mais je ne savais pas doù.

Charlotte serra son fils contre elle, sanglotant. Antoine bougea dans son sommeil. Il ne savait pas encore quelle bataille lattendait.

Le diagnostic est sans appel, annonça un vieux médecin après examen : leucémie aiguë, il faut commencer le traitement immédiatement.

Charlotte seffondrait. La chimiothérapie se fit sans elle Antoine en réanimation, Charlotte derrière la porte.

Rentrez chez vous, insistait linfirmière de nuit, vous ne pouvez pas voir votre fils ce soir

Je ne peux pas méloigner, quest-ce que je ferais sans lui ?

Charlotte et Louis sétaient mariés huit ans auparavant. Longtemps, ils avaient attendu ce bébé tant aimé. Les examens navaient rien révélé, mais la grossesse se faisait attendre elle nétait venue quau bout de huit années de mariage. Ce fut une période à la fois heureuse et terriblement anxieuse : Louis veillait sur Charlotte, ne lui laissant porter rien de plus lourd quun verre deau Charlotte avait passé le dernier mois à lhôpital par précaution, au moindre risque daccouchement prématuré. Et voilà, six mois plus tôt, naissait enfin leur petit garçon, prénommé Antoine, en mémoire du père de Louis, disparu dans un accident de voiture.

Ma chérie, il ne faut pas donner à un enfant le nom de quelquun parti tragiquement ! répétait sa grand-mère en lapprenant.

Ce ne sont que des superstitions, mamie, samusait Charlotte. Elle voulait croire au bonheur.

Charlotte désormais passait chaque heure près du lit dAntoine. Le nourrisson avait maigri, son visage sétait vidé, ses joues nétaient plus roses, sous ses yeux des cernes effrayants. Elle ne séchait plus ses larmes elle n’en avait plus la force. Si elle pouvait au moins rester auprès de lui ! Elle hurla devant la réanimation jusquà obtenir le droit dentrer dans la chambre stérile. Son fils dormait, elle le dévisageait sans sarrêter, comme pour graver son image en elle.

Ces interventions-là ne sont pas possibles ici, annonça sèchement le professeur Giraud, chef de service.

Où faut-il aller ? demanda Charlotte, la voix déterminée.

À Paris, au centre Gustave-Roussy ou à Necker. Ce sont les seuls en France à pouvoir sauver votre fils. Mais cela coûte très cher.

Nous trouverons largent, préparez le dossier, sil vous plaît.

Les documents furent envoyés aussitôt à Paris, dans des centres spécialisés dans les leucémies pédiatriques. La réponse fut rapide : Antoine pouvait être opéré, mais le devis frisait les 250000 euros.

Charlotte, même en vendant lappartement et la voiture, on narrive même pas au quart ! expliqua Louis, accablé. Jai lancé un appel, mais ils trouvent rarement un acquéreur en quelques jours.

Nous avons au plus deux mois, sanglotait Charlotte. Nous devons agir, coûte que coûte.

Tous se mobilisèrent : les collègues, lassociation caritative du quartier, les amis, la famille, même la mairie apporta une aide, quelques bénévoles également. Ils réunirent un peu plus de la moitié de la somme. Le temps pressait : il fallait décider.

Pars à Paris avec Antoine, dit Louis. Je vous transfèrerai le reste progressivement ! Peut-être quon vendra notre bien avant.

Leur petite ville se serrait autour deux, mais réunir une telle somme paraissait impossible.

Les billets en main, Charlotte embarqua pour Paris avec son fils, le cœur meurtri, langoisse au ventre. Il manquait encore beaucoup dargent. Antoine commença les examens, les préparations. Charlotte sinterdisait de penser au reste, elle priait juste pour un miracle. Un mois encore, et Antoine aurait un an.

Dans la chambre voisine, une autre maman, avec un garçonnet de trois ans, habitait aussi en Normandie, à deux pas de chez Charlotte. Claire avait réussi à rassembler les fonds nécessaires, mais son petit Julien avait été diagnostiqué trop tard : la maladie progressait vite, retardant sans cesse lopération.

Ne pleure pas, Charlotte, tout peut sarranger ! Tu verras, tu emmèneras encore Antoine au cirque, au zoo Julien a adoré les ours, il les observait sans quitter la vitre des yeux. Je ne savais pas encore quil était malade au zoo, il a saigné du nez, impossible darrêter. Jai eu si peur Les saignements sont revenus Cest là quon a enfin consulté. Troisième stade déjà Comment ai-je pu passer à côté ?!

Claire, il ne faut pas ten vouloir ! On ira ensemble, un jour, au zoo avec les garçons, lui disait Charlotte, tentant de sécher ses larmes.

Si, je savais quil y avait un souci : Julien ne mangeait presque plus, il avait maigri, il nétait plus comme avant Jaurais dû courir chez le médecin ! Je men veux tellement Ma mère me disait aussi quil fallait vérifier Mais je nai pas voulu croire le pire, sanglotait Claire. Et Charlotte se sentait impuissante devant le chagrin de son amie.

Quelques jours plus tard, Julien fut transféré en réanimation. Claire, interdite dans la salle, campait devant la porte, en larmes.

Claire, viens te reposer lencourageait Charlotte.

Non, cest ici que je dois rester. Il sent ma présence, ça laide ! sobstinait-elle.

Il le sait déjà, tu es près de lui, viens, insista Charlotte.

Mais Claire, vidée, restait en faction, une injection calmante bientôt administrée par linfirmière. Elle cessa de pleurer, mais attendait, yeux vides, comme figée dans lattente dun miracle.

Vers le soir, mon téléphone sonna. Louis annonçait avoir fait parvenir près de 10000 euros. Lappartement intéressait un jeune couple, ils demandaient quelques jours de réflexion. D’où j’étais, je le rassurai dun mot.

Un cri de désespoir retentit alors dans le service. Mon téléphone tomba de mes mains. Antoine se réveilla en pleurant ; je le câlinai. Dès quil se rendormit, je me précipitai dans le couloir, devinant lissue. Là, devant la réanimation, à genoux, Claire hurlait, inconsolable. Les infirmières tentaient de lui donner un calmant, en vain. Je navais jamais vu pareille souffrance.

Claire, il faut que tu restes forte, la consolai-je en lenlaçant. Tu dois vivre pour Julien !

À quoi bon ? Il nest plus là Cest ma faute ! Comment vivre avec ça ?! sanglotait-elle.

Jallais avec elle jusquà sa chambre, où lon la confia au médecin de garde.

Quelle se repose, elle aura tout le temps de pleurer, conclut-il, épuisé.

Cette nuit-là, impossible de fermer lœil. Je restai assis à regarder Antoine, espérant retenir chaque trait de son visage, par peur du lendemain.

Le lendemain, Claire vint me voir. Elle ne pleurait plus. En une nuit, elle avait pris dix ans. Ses yeux étaient hantés. Nous sommes restés longtemps enlacés.

Je te souhaite tout le bonheur pour Antoine, murmura-t-elle en partant. Saisis ta chance. Moi, je dois moccuper de Julien : lenterrement, les neuf jours, les quarante Jirai déposer une stèle, puis Lis mon mot quand je serai partie, je ne peux pas en dire plus Elle me tendit une enveloppe cachetée.

Merci chuchotai-je.

Après son départ, la mélancolie est revenue. Antoine était à ses soins. Jouvris lenveloppe :

« Chère Charlotte, te traçait une écriture tremblée, je souhaite de tout cœur quAntoine vive. Quil le fasse aussi pour Julien : quil grandisse, apprenne, joue, se réjouisse chaque jour, coure après un ballon, parte à la montagne Et sil te plaît, emmène-le au zoo et donne le bonjour au gros ours noir de la part de Julien ! »

Je dus essuyer mes yeux pour continuer : « Tu as une chance de vivre. Dans cette enveloppe, il y a largent prévu pour lopération. Julien nen aura pas besoin, quil serve à sauver Antoine. »

Je pleurais démotion et de tristesse. Mon fils allait pouvoir être opéré, mais à quel prix

Louis, ne vends pas lappartement ! dis-je à mon mari, Il nous faudra un toit au retour !

Et largent ? fit-il, étonné.

Il y en a assez. Tout ira bien désormais !

Cette fois, dans sa voix, jai entendu de lespoir. Il a raccroché, le sourire retrouvé. Jy croyais moi aussi.

Lopération eut lieu le lendemain, le jour même du premier anniversaire dAntoine. Pendant des jours, comme Claire, jai attendu devant la réanimation. Mais, dans notre cas, les nouvelles étaient bonnes. Bientôt, jai pu rejoindre mon fils ; nous avons été rassemblés, puis placés en quarantaine, suivis de longs mois de soins. Mais lessentiel était là : la vie revenait.

Petit à petit, Antoine reperdait vie : il se mit à jouer, à manger, même à sourire de nouveau. Quand il a murmuré pour la première fois un « maman » hésitant, jai à mon tour fondu en larmes. Le miracle avait eu lieu.

Ours ! cria Antoine en montrant du doigt lénorme animal noir dans sa cage.

Non, mon chou, « ours » ! reprenais-je en riant.

Nous étions enfin revenus au zoo, à celui où Julien avait autrefois contemplé les ours. Face à la cage, je murmurais :

Un bonjour à toi, gros nounours, de la part de Julien

Antoine courait dans les allées, croquant une glace, juché sur les épaules de Louis, émerveillé des animaux. Sa vie ségayait à nouveau de rires et de découvertes. Lhôpital était désormais loin derrière. Seuls quelques soirs, réveillé par le souvenir de mes inquiétudes, je me glissais dans sa chambre, guettant sa respiration paisible.

Langoisse me quittait alors. Devant lui, une vie entière souvrait, chargée de rêves, pour lui et pour Julien, qui lui avait offert cet espoir.

Ce que jai appris, cest quon ne porte jamais seuls nos peurs et nos chagrins. Mais lamour et le courage des autres peuvent transformer les épreuves en un sursaut de vie, même dans la nuit la plus noire.

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Prémonition d’un malheur : L’angoisse nocturne de Julie, les larmes inexplicables, et la terrible nouvelle pour son petit Eugène — une lutte désespérée contre la maladie avec l’espoir d’un miracle en terre étrangère
Ma sœur me demande de quitter mon propre appartement parce qu’elle va avoir un bébé. Est-ce vraiment normal qu’une telle chose arrive en France ?