VIENS DONC… Mal en point sur le chemin de l’église. Les jambes de Marine flageolaient, sa vue se troublait. Il fallait pourtant grimper le sentier étroit menant à la chapelle en haut de la colline, mais elle n’en avait plus la force. Marine s’écarta du chemin, s’assit péniblement, puis s’allongea directement sur l’herbe. Sa meilleure amie Claire glissa gentiment son sac à dos sous sa tête. Les pèlerins passaient, observaient Marine avec curiosité, puis poursuivaient patiemment leur ascension vers la vieille église. Quelqu’un proposa un cachet. Marine entrouvrit la bouche, accepta docilement le médicament sans en connaître le nom. Cela lui était bien égal. …Apparemment, elle se sentit un peu mieux. Mais monter au sommet, à présent, elle n’en avait plus du tout envie. Marine et Claire descendirent jusqu’au torrent de montagne. Leur hôtel était tout près, elles y revinrent en longeant la rivière. Marine s’allongea sur son lit sans se changer. Une grande tristesse, de l’incompréhension. «Pourquoi le Seigneur m’a-t-il interdit l’accès à sa maison ? M’a-t-il barré le passage ? Comme pour me dire : prends du recul, Marine, laisse les purs venir à Moi. Toi, la pécheresse, allonge-toi là sur le chemin et réfléchis à ta vie…» — Marine, viens, on prend un petit thé ? — suggéra Claire, inquiète devant sa copine abattue. — Merci, ma Claire, pas tout de suite. Plus tard. — Marine ferma les yeux, soupira. «Regarde Claire, par exemple. Oh, elle en a fait des folies… Maris, amants qui défilent… Pas d’enfants, et ne le regrette même pas. Honnêtement, elle n’a pas la conscience tranquille. Pourtant, elle veut monter à l’église. Elle a peur de l’enfer, sans doute… Tout le monde rêve du paradis. Si possible, vivre à fond puis se repentir au dernier moment. Idéalement le dernier jour… Mais tu ne sais jamais si tu auras le temps… Je la plains ma copine. Elle est gentille, entière, elle m’a toujours soutenue. On ne canalise pas sa fougue. Égocentrique, un brin arrogante, et si ça ne va pas comme elle veut — tu es vite mis dehors… Personne n’est irremplaçable. …Mais parfois, son oreiller est mouillé de larmes. Quarante-quatre ans, et elle ne s’est jamais vraiment posée. Elle dérive toujours… Mais elle rêve d’un amour fou ! Absolu, passionné, qui consume tout. Elle me blâme : un seul mari, deux enfants, la famille toujours dans les pattes, la cuisine non-stop — une vie monotone ! «Regarde autour de toi, Marine, tous ces hommes qui te tournent. Goûte au plaisir, deviens vivante. Tu reviendras toujours vers ton Philippe. Il t’aimera comme tu es. Mais au moins, tu connaîtras la passion, le feu. Sors de ta routine, copine ! Tu ne le regretteras pas.» …Oh non, je ne veux plus de tout ça ! Honnêtement, JE NE VEUX PLUS. J’ai bien eu Jérôme… Je l’aimais à la folie. Le destin m’a mise sur sa route. J’ai vécu une histoire avec lui pendant deux ans. Mon mari s’en doutait, mais ne disait rien. J’ai sérieusement envisagé de quitter Philippe. Jérôme m’a totalement bouleversée, j’aurais été incapable de lui dire non. Nos rencontres me faisaient chavirer jusqu’à l’ivresse et les palpitations… Il m’a enflammée, oh oui… Impossible à décrire… Mais j’ai réussi à le quitter. En l’aimant toujours… Je suis revenue vers ma famille. Parfois, je me demande pourquoi ? Avec Jérôme, c’était un bonheur tout petit mais sans fin. Philippe… J’ai cessé de l’aimer depuis longtemps. Mais je l’aimais vraiment, autrefois — à en perdre le souffle… Il ne reste que de la tendresse, voilà tout. C’est de sa faute. Il a bu mon amour, mon cher mari. Ne m’en veux pas… Bref, j’étais complètement perdue à l’époque. Mais je n’ai jamais rien dit à Claire à propos de mon amant. Elle me croit toujours irréprochable… Eh bien… Et Dieu ne m’a pas laissée entrer dans l’église… Il sait reconnaître une vraie chipie… …Ça a été dur d’oublier Jérôme. Nous étions des âmes sœurs, on se comprenait du regard, à demi-mot… Je ne pourrai sans doute jamais l’effacer de ma mémoire. Tout était trop fort, trop rapide, trop avide… Ça n’arrive qu’une fois dans la vie. Tu voudrais revivre ça, Marine ? J’EN AI ENVIE ! Ah là là…» méditait la femme de quarante-cinq ans… — Allez Claire, sers-nous ce thé, — sourit Marine en prenant son amie dans ses bras. …Et dans sa tête, elle entendit distinctement : «Écoute-toi, ma fille. Purifie ton âme. Je t’aime. Aime-toi aussi. Puis viens…»

VIENS DONC

Sur le chemin menant à la basilique, Irène sentit le malaise lenvahir.
Ses jambes fléchissaient, sa vue se brouillait. Le sentier, escarpé et étroit, sélevait dans la colline, et elle navait plus la moindre force.
Irène quitta le chemin, sassit prudemment, puis sallongea sur lherbe fraîche. Son amie Solange plaça délicatement son petit sac à dos sous sa tête.
Les pèlerins les dépassaient, lair intrigué, puis poursuivaient leur ascension vers la vieille basilique perchée sur la falaise.
Quelquun proposa un comprimé. Irène entrouvrit les lèvres, accepta la pilule sous la langue sans même demander son nom. Cela navait plus dimportance.
Peut-être, finalement, cela allait mieux.
Mais lenvie de remonter la colline avait disparu.
Irène et Solange préfèrent longer la rivière de montagne et regagnent leur hôtel, blotti dans la vallée.
Sans même se changer, Irène se laisse tomber sur le lit de sa chambre.
Un sentiment amer dincompréhension lenvahit. «Pourquoi Dieu ma-t-il barré la route vers son église ? Il a dit : Attends, Irène, laisse donc passer les âmes innocentes. Toi, restes là un moment sur le bord de la route, et pense à ta vie»
Irène, on se ferait bien un petit thé, non ? Solange observait sa compagne, soucieuse.
Merci Solange, mais ça ne me dit rien. Peut-être plus tard. Irène ferma les yeux, soupira longuement.

«Prenons, ne serait-ce que Solange. Elle aussi nest pas sans fautes Les maris se sont succédé, puis les amants. Elle na pas voulu denfants et nen garde aucun regret. On pourrait écrire des livres sur ses frasques, et pourtant, la voilà en pèlerine vers léglise. Sans doute la peur de lenfer Tout le monde veut finir au paradis. Vivre toute une vie de passions, puis, à la fin, se repentir juste à temps. Si seulement la Vie nous laissait ce dernier jour

Maudite soit la hâte, parfois Je la plains, Solange. Elle est gentille, généreuse, toujours là dans les pires moments. Personne ne peut réfréner son tempérament explosif. Égocentrique, fière. Que la vie ne tourne pas comme elle lentend et elle part au quart de tour. Personne nest irremplaçable.

Mais certaines nuits, son oreiller est mouillé de larmes. Quarante-quatre ans, et elle na jamais trouvé de port. Toujours ballottée par les flots

Et cet amour quelle recherche ! Inouï, dévorant, qui consume tout sur son passage.

Elle narrête pas de me faire des reproches. Un seul mari, deux enfants, des devoirs de famille, la cuisine du matin au soir, quelle monotonie ! Regarde autour de toi, Irène, les hommes te tournent autour. Goûte donc à la passion ! Tu reviendras toujours vers ton Bernard, il te pardonnera tout. Mais au moins, tu connaîtras enfin le feu, livresse ! Sors-toi de ta routine de femme au foyer. Cours un peu la vie, tu ne le regretteras pas.

Mais moi, je nen veux plus de ces passions ! Pour être honnête, je nen veux VRAIMENT plus.

Jai pourtant eu mon Étienne. Je laimais à en perdre la tête. Pourquoi donc le destin ma-t-il mise sur son chemin ? Deux ans de passion volée. Mon mari devinait quelque chose, mais il se taisait.

Parfois, le péché ma traversé lesprit : tout quitter pour Étienne.

Cet amant ma chamboulée, je navais plus la volonté ni lenvie de lui résister. Chaque rencontre, une décharge, un frisson, le cœur prêt à exploser. Il a su mallumer comme jamais
On ne peut pas décrire cela avec des mots

Et pourtant, je suis partie. En laimant.
Je suis revenue à ma famille. Parfois je me demande, pourquoi ? Avec Étienne, javais une petite part de bonheur, simple et inépuisable.

Et Bernard
Lamour pour lui a passé depuis longtemps. Mais il y en a eu, un vrai, qui me coupait le souffle
Il ne reste plus que la pitié. Tu as bu notre amour, mon cher époux. Pardonne-moi

Bref, jétais tellement perdue alors Mais à Solange, je nai jamais révélé lexistence dÉtienne. Pour elle, je reste la sainte de service. Oui, bien sûr

Et Dieu qui ne ma pas laissée entrer dans son église
Il démasque les coquines

Ce ne fut pas facile doublier Étienne. Nous étions âmes jumelles, on se comprenait à demi-mot, dun simple regard

Sans doute, jamais je neffacerai son souvenir. Tout fut si fou, si intense, si avide
On naime ainsi quune fois dans la vie.

Irène, tu voudrais revivre ça ? OUI ! Ah, ma fille»

Solange, prépare-moi donc ce thé, sourit soudain Irène, en serrant son amie dans ses bras.

Et dans son esprit résonnait distinctement : «Prends le temps de te comprendre, ma chère. Rends ton âme limpide. Je taime. Aime-toi aussi. Et puis, reviens»

***

Toute vie est traversée de passions, derreurs et de remords. Mais la paix ne vient que lorsque lon saccepte, que lon se pardonne, et que lon avance avec bonté dabord envers soi-même.

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VIENS DONC… Mal en point sur le chemin de l’église. Les jambes de Marine flageolaient, sa vue se troublait. Il fallait pourtant grimper le sentier étroit menant à la chapelle en haut de la colline, mais elle n’en avait plus la force. Marine s’écarta du chemin, s’assit péniblement, puis s’allongea directement sur l’herbe. Sa meilleure amie Claire glissa gentiment son sac à dos sous sa tête. Les pèlerins passaient, observaient Marine avec curiosité, puis poursuivaient patiemment leur ascension vers la vieille église. Quelqu’un proposa un cachet. Marine entrouvrit la bouche, accepta docilement le médicament sans en connaître le nom. Cela lui était bien égal. …Apparemment, elle se sentit un peu mieux. Mais monter au sommet, à présent, elle n’en avait plus du tout envie. Marine et Claire descendirent jusqu’au torrent de montagne. Leur hôtel était tout près, elles y revinrent en longeant la rivière. Marine s’allongea sur son lit sans se changer. Une grande tristesse, de l’incompréhension. «Pourquoi le Seigneur m’a-t-il interdit l’accès à sa maison ? M’a-t-il barré le passage ? Comme pour me dire : prends du recul, Marine, laisse les purs venir à Moi. Toi, la pécheresse, allonge-toi là sur le chemin et réfléchis à ta vie…» — Marine, viens, on prend un petit thé ? — suggéra Claire, inquiète devant sa copine abattue. — Merci, ma Claire, pas tout de suite. Plus tard. — Marine ferma les yeux, soupira. «Regarde Claire, par exemple. Oh, elle en a fait des folies… Maris, amants qui défilent… Pas d’enfants, et ne le regrette même pas. Honnêtement, elle n’a pas la conscience tranquille. Pourtant, elle veut monter à l’église. Elle a peur de l’enfer, sans doute… Tout le monde rêve du paradis. Si possible, vivre à fond puis se repentir au dernier moment. Idéalement le dernier jour… Mais tu ne sais jamais si tu auras le temps… Je la plains ma copine. Elle est gentille, entière, elle m’a toujours soutenue. On ne canalise pas sa fougue. Égocentrique, un brin arrogante, et si ça ne va pas comme elle veut — tu es vite mis dehors… Personne n’est irremplaçable. …Mais parfois, son oreiller est mouillé de larmes. Quarante-quatre ans, et elle ne s’est jamais vraiment posée. Elle dérive toujours… Mais elle rêve d’un amour fou ! Absolu, passionné, qui consume tout. Elle me blâme : un seul mari, deux enfants, la famille toujours dans les pattes, la cuisine non-stop — une vie monotone ! «Regarde autour de toi, Marine, tous ces hommes qui te tournent. Goûte au plaisir, deviens vivante. Tu reviendras toujours vers ton Philippe. Il t’aimera comme tu es. Mais au moins, tu connaîtras la passion, le feu. Sors de ta routine, copine ! Tu ne le regretteras pas.» …Oh non, je ne veux plus de tout ça ! Honnêtement, JE NE VEUX PLUS. J’ai bien eu Jérôme… Je l’aimais à la folie. Le destin m’a mise sur sa route. J’ai vécu une histoire avec lui pendant deux ans. Mon mari s’en doutait, mais ne disait rien. J’ai sérieusement envisagé de quitter Philippe. Jérôme m’a totalement bouleversée, j’aurais été incapable de lui dire non. Nos rencontres me faisaient chavirer jusqu’à l’ivresse et les palpitations… Il m’a enflammée, oh oui… Impossible à décrire… Mais j’ai réussi à le quitter. En l’aimant toujours… Je suis revenue vers ma famille. Parfois, je me demande pourquoi ? Avec Jérôme, c’était un bonheur tout petit mais sans fin. Philippe… J’ai cessé de l’aimer depuis longtemps. Mais je l’aimais vraiment, autrefois — à en perdre le souffle… Il ne reste que de la tendresse, voilà tout. C’est de sa faute. Il a bu mon amour, mon cher mari. Ne m’en veux pas… Bref, j’étais complètement perdue à l’époque. Mais je n’ai jamais rien dit à Claire à propos de mon amant. Elle me croit toujours irréprochable… Eh bien… Et Dieu ne m’a pas laissée entrer dans l’église… Il sait reconnaître une vraie chipie… …Ça a été dur d’oublier Jérôme. Nous étions des âmes sœurs, on se comprenait du regard, à demi-mot… Je ne pourrai sans doute jamais l’effacer de ma mémoire. Tout était trop fort, trop rapide, trop avide… Ça n’arrive qu’une fois dans la vie. Tu voudrais revivre ça, Marine ? J’EN AI ENVIE ! Ah là là…» méditait la femme de quarante-cinq ans… — Allez Claire, sers-nous ce thé, — sourit Marine en prenant son amie dans ses bras. …Et dans sa tête, elle entendit distinctement : «Écoute-toi, ma fille. Purifie ton âme. Je t’aime. Aime-toi aussi. Puis viens…»
— Maman, ne mange pas cette soupe, j’ai vu papa y ajouter quelque chose : après ces mots de ma fille, j’étais horrifiée, puis je me suis rappelée notre conversation matinale avec mon mari.