Mon ex-belle-mère nous surveille constamment, ma fille et moi.
Mon ex-belle-mère, Françoise, a 52 ans. Elle est la mère de mon ex-femme, Claire. Je me suis marié à lâge de 23 ans. Avant même notre mariage, Claire était tombée enceinte, et nous avons eu une fille, que nous avons prénommée Aurélie.
Après deux années de bonheur, tout s’est effondré : Claire est tombée gravement malade et elle nous a quittés en peu de temps.
Je me suis retrouvé seul avec ma fille. Jai alors pris la décision de quitter Paris pour retourner à Lyon, chez mes parents. Cela me convenait, car javais des journées de travail très longues, souvent plus de dix heures, et ils pouvaient soccuper dAurélie pendant mon absence. Cétait notre accord.
La vie a repris son cours, jai rapidement été promu et jai acheté une maison à une trentaine de minutes de chez mes parents. À partir de là, Aurélie était confiée, soit à mes parents, soit à une nounou que javais engagée (je tenais absolument à ce que mes parents se reposent parfois, je ne voulais pas les accabler). Aurélie a aujourdhui huit ans.
Cest à ce moment que Françoise a décidé, tout à fait soudainement, de venir sinstaller elle aussi à Lyon, pour être proche de sa petite-fille. Javoue que ça ma surpris Ce nest pas son intention qui ma étonné (je peux comprendre!), mais bien la distance quelle a parcourue elle habitait jusque-là à Brest, à pratiquement mille kilomètres !
Je me suis dit : “Bon, finalement, Claire était sa fille unique et Aurélie est sa seule petite-fille. Au fond, elle ne veut sûrement pas finir seule.
Mais depuis que Françoise s’est installée ici, la situation est devenue pesante
Premièrement, elle passe le plus clair de son temps chez moi. Vraiment, elle reste toute la journée, même quand je rentre du travail, je la trouve chez moi. Comme si cela ne suffisait pas, le week-end, elle débarque aussi, sauf que, là encore, “débarquer” est un euphémisme : elle arrive le matin, repart le soir, et cest comme ça à chaque fois.
Même quand Aurélie est à lécole, Françoise trouve des excuses pour rester dans ma maison. Voici quelques-unes de ses justifications:
« Si je ne viens pas faire le ménage, qui le fera? La poussière saccumule tous les jours, sans une femme, la maison devient vite invivable. »
« Tes plantes sont en train de faner, dans quelques jours il faudra les jeter. »
« Hier, j’ai vu des rôdeurs dans le quartier, mais ils nont rien tenté ici parce que jétais là. »
« Ne tinquiète pas, je ne touche pas à ton argent. »
J’ai même l’impression qu’elle croit que l’esprit de Claire erre dans la maison, car il mest arrivé de la surprendre en train de parler toute seule, comme si elle nétait jamais vraiment seule.
Jai tenté à plusieurs reprises davoir une discussion sérieuse avec elle, mais son comportement est une vraie source de malaise pour moi. Je ressens cette situation comme une intrusion constante dans ma vie privée. Mais Françoise n’écoute pas vraiment, ou du moins, fait semblant d’entendre mes arguments jusquà ce que tout recommence.
La semaine dernière, jai craqué. Depuis un an et demi, je fréquente une femme, Mathilde. Ce week-end-là, toutes les conditions étaient réunies pour quelle vienne chez moi. Aurélie était chez mes parents et javais préparé une soirée parfaite : dîner, cinéma, détente sur le canapé. Soudain, jentends un bruit, un léger froissement dans le couloir. Je me tourne, et qui vois-je ? Lombre de Françoise, qui, visiblement, na pas jugé utile de frapper ou de prévenir avant dentrer.
À quoi pensait-elle ? Que je nallais pas arroser les fleurs?
Mais je nai même pas eu le temps de me mettre en colère, car cest elle qui a explosé, maccusant de tromper Claire, de manquer de respect à sa mémoire.
Jétais abasourdi par son culot. Jai pris mon courage à deux mains: je lui ai tout dit, ai récupéré la clé de la maison et je lui ai demandé de partir, en lui déclarant:
Tu nes plus la bienvenue chez moi !
Françoise na plus de famille proche. Plusieurs personnes de mon entourage, y compris mes propres parents, me suggèrent de revenir sur ma décision, par égard pour elle. Par décence? Peut-être, mais je suis décidé: je laisserai Aurélie aller chez sa grand-mère de temps en temps, car cest sa petite-fille. Mais mon foyer restera désormais un bastion imprenable pour Françoise. Il ny aura pas de retour en arrière.







