Mon mari me vantait toujours les mérites de sa mère : son modèle parfait de femme, mère et épouse, alors que moi, je me débattais entre travail, maison et enfant – jusqu’au jour où j’ai dit stop à son ingratitude, son éternelle comparaison et sa dépendance à sa maman.

Mon époux prenait toujours sa mère en exemple.

Tout cela flotte dans létrange brume du souvenir, comme un rêve où lon remonte les rues pavées dAvignon à lenvers. Je me revois, vingt-cinq ans, glissant la bague au doigt, enveloppée dun nuage de lilas et dombres allongées. Un an plus tard, Amélie, ma fille, naît dans une maison emplie de lumière diffuse. Une période où, dans ce rêve, tout semblait aller de soi jusquà ce que les murs se courbent et que les voix deviennent sourdes.

Mon mari, Étienne, me traitait souvent de feignasse. Il prétendait que mon congé maternité nétait quun long sommeil, que mon salaire, bien que presque égal au sien, nétait quun hasard daumône. Jétais alors prise au piège entre les aiguilles de lhorloge et le tic-tac de ses récriminations.

Avec le mariage, son attachement filial sest éveillé comme une herbe folle, envahissant toutes choses. Sa mère, Joséphine, était pour lui un phare elle travaillait dans la comptabilité dune mairie de province, cultivait mille fleurs dans un jardin suspendu, élevaient deux enfants dune poigne de fer dans un gant de velours. Il répétait son nom, la plaçait derrière chaque assiette, chaque rideau, chaque conversation assourdie.

Moi, jétais en quête de mérite : jaidais Joséphine à couper les roses, à préparer les petits plats qui sentaient la lavande, rangeais la maison sur sa cadence, accompagnais Amélie dans ses devoirs au salon tiède, sous les lampes jaunes. Le travail pesait de plus en plus lourd. On nous payait peu à la mairie Étienne affirmait que je devais prendre une deuxième place. Jencaissais, muette, isolée dans la lumière brumeuse du quotidien, parce que divorcer en France, cest comme croquer dans une madeleine trop sèche : on ne veut pas abîmer lenfance de son enfant.

Mais plus je meffaçais, plus les contours dÉtienne sétiraient, jusquà occuper le plafond. Je lui expliquais ma fatigue, il répondait avec logique froide : « Je donnerai à la maison autant que toi, le reste, je le mets de côté pour moi ; cest la justice. » Et mon cœur tanguait comme un bateau sur la Loire par grand vent. Le lien entre nous nétait plus quune corde tressée damertume et dindifférence.

Lexaspération ma poussée hors du sommeil. Jai compris dans ce songe que je navais rien à prouver à sa mère ni à lui. Quand il a lancé, un soir de fin dété, que si je refusais de trouver un « vrai » travail, il repartirait vivre chez Joséphine, la décision sest déposée en moi, douce mais inexorable.

Il ma pourtant fallu trois années, éternité floue, avant doser rompre le sortilège. Par lintermédiaire de Sophie, une amie denfance, jai trouvé une place bien payée chez un notaire dAix-en-Provence. Je tairai ce que jai enduré alors : les plissements de draps, les disputes à propos de centimes deuros, les déménagements. On sest, enfin, divorcés. On a divisé nos biens, échangé nos clefs, mais on ne pouvait pas échanger nos souvenirs.

Aujourdhui, Amélie et moi vivons dans un appartement rue des Teinturiers. La paix a une saveur étrange celle du café pris sur le balcon, celle des rires déplacés denfant. Le travail est honnête, modeste, mais il me permet dacheter du fromage de chèvre au marché, de couvrir Amélie de petits bonnets tricotés.

Ma famille, comme sortie dun album de photos un peu floues, sentête à vouloir me « marier de nouveau ». Ils me voient, à travers le prisme des légendes de province, comme une veuve dont le destin ne peut être comblé que par le retour dun homme à la maison. Mais pourquoi aurais-je besoin de cela ? Jai déjà goûté au prétendu bonheur matrimonial. Jai envie de placarder sur ma porte : « Jeune, charmante, absolument désintéressée par les rendez-vous. Ma vie, cest moi et Amélie. Rien ne viendra gâcher notre tranquillité. » Étienne aussi a retrouvé la paix : il est retourné habiter chez Joséphine à Orange, bercé dans les souvenirs de son enfance.

Cest ainsi, dans ce rêve étrange et un peu doux-amer, que je flotte entre deux rives, en équilibre, enfin sereine.

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Mon mari me vantait toujours les mérites de sa mère : son modèle parfait de femme, mère et épouse, alors que moi, je me débattais entre travail, maison et enfant – jusqu’au jour où j’ai dit stop à son ingratitude, son éternelle comparaison et sa dépendance à sa maman.
Elle va le regretter, cette fois !