Dis donc, tu as vraiment des soucis, ma petite sœur, mais ce nest pas ton appartement.
La sœur de ma mère na jamais eu denfants, mais elle possède un superbe appartement de trois chambres au cœur de Paris, et sa santé laisse franchement à désirer. Son mari, passionné de collections en tout genre, avait transformé lappartement en véritable cabinet de curiosités.
Ma petite sœur, Camille, partage sa vie avec un mari paresseux et élève deux enfants. Ils vivent tous les quatre dans une chambre universitaire quils louent à la périphérie de la ville. Dès que Camille a appris les ennuis de santé de notre tante, elle sest précipitée chez elle, surtout pour lui raconter combien sa propre vie était difficile.
Il faut dire que notre tante, Geneviève, na jamais été ce quon appelle une personne facile : elle nhésite pas à dire ce quelle pense, même quand ça dérange, et na de leçons à recevoir de personne. Pendant des années, elle ma invitée, mon mari Martin et moi, à venir habiter chez elle, promettant quelle finirait par nous léguer son appartement.
Mais Martin et moi avons notre propre logement, alors nous avons toujours refusé poliment son offre : on lui apportait simplement des courses, des médicaments, et jaidais à faire le ménage, par respect, et non pas pour son appartement parisien. Après une visite à notre tante, Camille sest installée chez elle avec mari et enfants.
Je nai jamais eu de grandes affinités avec ma sœur. Elle ma toujours enviée : un mari investi et aimant, un fils formidable, un bon travail, un salaire confortable, un appartement à nous Camille ne prenait jamais de mes nouvelles que pour me demander de largent.
Il faut dire quelle na pas bonne mémoire, car elle na jamais remboursé le moindre sou. Quand je suis retombée enceinte, je navais plus le temps de visiter notre tante, même si Martin continuait de lui déposer, de temps en temps, des paniers gourmands. Lorsque mon bébé a eu six mois, je me suis décidée à passer voir tante Geneviève. Arrivée devant la porte de son appartement, jentends des cris. Rapidement, je comprends : cest Camille qui hurle.
Tant que tu nauras pas signé lacte de donation, tu nauras pas à manger ! Alors retourne tenfermer dans ta vieille chambre, et tu restes là ce soir, et pas un mot !
Je sonne à la porte. Dès que Camille maperçoit, elle se met à magresser verbalement.
Ny pense même pas, tu ne mettras pas un pied ici, et tu nauras jamais cet appartement !
Jai seulement été autorisée à entrer après avoir menacé dappeler la police. En voyant tante Geneviève, jai cru ne pas la reconnaître : elle semblait avoir vieilli de dix ans en si peu de temps. Dès quelle ma vue, elle a fondu en larmes.
Pourquoi tu pleures ? Allez, raconte-lui comme tout va bien chez nous, et dis-lui de nous laisser tranquilles. Regarde, elle na même pas pris la peine de nous présenter son enfant ! criait Camille.
Dans la chambre de tante, il ne restait quun lit. Même larmoire avait disparu, ses affaires étaient entassées par terre. Tout objet de collection avait disparu de lappartement, et tante Geneviève ne portait plus ses bijoux exubérants. Cétait évident que Camille et son mari revendaient tout ce quils pouvaient.
Jai prétexté un besoin urgent daller aux toilettes, et jai aussitôt envoyé un SMS à Martin : Viens vite, il faut sauver tante Geneviève. Elle ne peut pas rester avec Camille. De retour dans la chambre, jai fait semblant de raconter à ma tante tous les événements de lannée : la naissance de mon bébé et en lui disant patiente encore un peu, jai serré sa main et lui ai fait un petit clin dœil complice. Elle a compris, et ma regardée avec une immense gratitude.
Ma sœur faisait tout pour méjecter, et son mari venait vérifier si je ne tardais pas trop, prétextant que mon bébé devait me réclamer. Pile une heure après mon message, Martin est arrivé, accompagné dune policière du commissariat du quartier. Camille a mis une éternité avant douvrir la porte.
Jai expliqué que mon mari venait me chercher, mais larrivée de la policière a laissé Camille et son mari complètement décontenancés. Jai fait venir la fonctionnaire dans la chambre :
Voilà la victime, jai personnellement entendu quon la privait de nourriture. Ils ont vendu tous les meubles, tout lor et tous les objets de valeur. Le mari de tante était collectionneur, il y avait tant de trésors ici
Au mépris de Camille, la policière sest tournée vers tante Geneviève :
Madame, souhaitez-vous porter plainte ?
Ma sœur a écopé dune peine avec sursis, mais son mari a passé les deux années suivantes à Fleury-Mérogis. Ma mère, pourtant brouillée avec Camille depuis des années, la reprise chez elle, enfants compris. Mais à cause de cette histoire avec la police, elle men a voulu et ma annoncé que je ne serais jamais héritière Mais en récompense pour avoir sauvé sa vie, tante Geneviève ma légué son appartement parisien.
Aujourdhui, avec Martin, nous passons souvent voir tante Geneviève, et nous lui avons trouvé une aide-soignante à domicile. Jai encore du mal à imaginer ce quelle a dû endurer avec Camille sous son toit !







