Jai eu trois longues histoires damour dans ma vie. Dans chacune, je me suis vu père. Dans chacune, jai fini par partir, juste au moment où le désir denfant devenait sérieux.
La première femme que jai aimée, Hélène, avait déjà une petite fille. Moi, javais vingt-sept ans. Au début, cette situation ne me dérangeait pas. Je me suis adapté à leur routine, aux horaires, aux petites responsabilités. Mais lorsque notre conversation a dérivé vers lidée davoir un enfant ensemble, les mois ont passé sans que rien n’arrive. Cest elle qui a pris linitiative daller consulter son médecin. Tout allait bien de son côté. Puis, elle ma demandé si, moi aussi, javais fait des examens. Je lui répondais que ce nétait pas nécessaire, que les choses finiraient bien par venir. Mais en réalité, je devenais nerveux, irritable, tendu. Nos disputes se sont multipliées, de plus en plus violentes. Et un matin, incapable de supporter cette pression, jai quitté lappartement.
Ma deuxième relation était différente. Pauline navait pas denfants. Dès le début, tout était clair : nous voulions une famille. Les années passaient. Les échecs saccumulaient, chaque test négatif menfermait un peu plus dans le silence. Elle, elle pleurait de plus en plus souvent. Moi, je fuyais les discussions. Un jour, elle ma suggéré quon consulte un spécialiste ensemble. Jai balayé la proposition dun revers, prétendant quelle dramatisait. Je rentrais de plus en plus tard, je méloignais même de notre appartement du Marais. Au bout de quatre ans, jai mis un terme à notre histoire.
Ma troisième compagne, Audrey, avait déjà deux fils adolescents. Dès le début, elle ma dit que lidée dun autre enfant ne lintéressait pas. Pourtant, après quelques mois, cest moi qui ai relancé le sujet. Comme pour me prouver que jen étais capable. Mais une fois de plus, rien ne sest passé. Peu à peu, je me suis senti comme un étranger chez elle, comme si joccupais une place qui nétait pas la mienne.
Il y a eu ce fil rouge entre toutes ces histoires : ce nétait pas seulement la déception, cétait surtout la peur. Peur de masseoir face à un médecin parisien, dentendre que tout venait de moi.
Je nai jamais fait aucun test. Jamais eu le courage daller au bout. Jai toujours préféré disparaître plutôt que daffronter une vérité que je nétais pas prêt à entendre.
Aujourdhui, japproche la cinquantaine. Il marrive dapercevoir mes anciennes compagnes, heureuses, avec dautres maris, dautres enfants que je ne connaîtrai jamais. Et bien souvent, je me demande si je suis parti parce que je nen pouvais plus ou parce que je nai jamais eu le cran de rester et de faire face à ce qui, peut-être, mattendait depuis le début.







