24 mai 2022
Tu sais, il y a quelque temps, jai commencé à avoir des soucis avec mon fils et surtout avec sa femme, Élodie. Elle sest fâchée contre moi à cause de lappartement et maintenant elle retourne mon petit-fils contre moi Franchement, parfois je me demande où tout ça va nous mener.
Depuis que mon mari nest plus là, mon fils, Jules, cest tout ce qui me reste. On la élevé avec beaucoup damour, en lui donnant une bonne éducation et il a toujours été un garçon bosseur. Il a commencé à travailler avant même davoir son diplôme de la Sorbonne, et quand il la enfin eu, il a décroché tout de suite un super poste dans une boîte parisienne.
Je suis vraiment fière de lui : il a une belle carrière, il est droit et honnête. Tu sais, on na jamais roulé sur lor, alors acheter un appart à Jules, cétait hors de portée. On avait réussi à acheter le nôtre, à Montrouge, seulement après nos quarante ans avant, cétait les locations et les fins de mois serrées. Mais bon, on a fait ce quon pouvait, et on sest toujours dit quil devrait se débrouiller comme nous.
Quand Jules a rencontré Élodie, je me suis vraiment réjouie. Je voulais avoir une bonne relation avec elle, alors jai mis un point dhonneur à ne jamais lhumilier, la réprimander ou quoi. Lessentiel pour moi, cétait le bonheur de mon fils. Au début, Élodie me semblait douce et timide, mais une fois le mariage passé, elle a montré un tout autre visage.
Après leur lune de miel à Nice, Élodie sest totalement arrêtée de travailler. Elle disait que son patron lui cherchait des noises et quelle voulait trouver un meilleur job. Mais ça fait deux ans quelle ne fait rien et ne cherche rien Elle vit littéralement aux crochets de Jules, et cest lui qui paie tout à commencer par les salons de beauté et ses fringues chez les belles boutiques du Marais.
Leur appartement est un petit T1 du côté de Saint-Denis, pas terrible niveau espace. Comme Élodie ne travaille pas, Jules ne peut pas acheter mieux. Impossible pour moi de comprendre comment on ne peut pas trouver un boulot en deux ans à Paris Je crois quelle ment et quen vrai, elle adore vivre sans se soucier de rien.
Un jour, je lui demande si le bébé est prévu :
Un enfant ? Franchement, Madame, on na même pas la place de se faire un vrai dîner, alors un bébé répondit Élodie.
Jai osé suggérer déconomiser pour un apport afin de demander un crédit immobilier.
Épargner ? Mais avec quoi, on arrive à peine à finir le mois ! lâcha-t-elle.
Jai préféré ne rien dire sur le fait quavec un petit salaire à deux, ça ferait déjà une différence. Honnêtement, sils essayaient vraiment déconomiser, jaurais filé un bon coup de pouce jai mis de côté un peu dargent mais je refuse de donner ce que jai épargné pour quÉlodie le claque en balivernes.
Dernièrement, Élodie recommence à parler bébé, elle se plaint que le temps passe, et elle insiste pour un héritier, mais franchement dans cet appart Jules commence à prendre son parti.
Et là, ils mont sorti LE plan :
Maman, tu sais, Élodie et moi on a réfléchi. Peut-être que tu pourrais échanger ton appart avec nous Pas besoin dactes notariés, on ferait ça simplement. Juste un échange : tu serais bien dans notre petit appart, et nous, on pourrait enfin avoir de lespace
Ça ma fait mal. Je crois que ça vient pas de Jules. Je lui ai expliqué que mon travail était trop loin, que je suis trop attachée à mon quartier on ne change pas son arbre quand il est vieux, comme on dit ici.
Élodie sest interposée, sourire aux lèvres :
Tu ne travailles plus que quelques années, et puis tu auras des petits-enfants à gâter !
Jai refusé net leur « bonne affaire ». Pour moi, il est hors de question de quitter mon chez-moi.
Jules a essayé den reparler, mais à chaque fois cétait pire, et je me dis quÉlodie le pousse à me demander ça sans scrupules. Jamais, en vingt-cinq ans, mon fils na profité de personne pour senrichir.
Et puis, la dernière fois quils sont venus, Élodie a dit devant Jules :
Allez, on rentre. Je tavais dit que ta mère en a rien à faire quon ait des enfants, elle ne lèverait pas le petit doigt pour nous aider !
Depuis, Jules ne mappelle plus et ne répond à aucun message. Je ne comprends plus mon fils. Je sais quil nest pas idiot, mais dès quÉlodie est dans les parages, jai limpression quil perd la têteCe silence me ronge. Le soir, je fais le tour de mon petit salon et regarde les photos accrochées au mur : Jules enfant, son sourire de gamin sage, son regard ouvert. Je me demande comment on en est arrivé là, et surtout, à quel moment la tendresse sest effritée, emportée par les ambitions et les non-dits.
Mais jai compris que je ne peux forcer personne à revenir. Ici, dans mon appartement, il y a lodeur du café de mon mari, les rires de Jules petit, la chaleur de tous nos souvenirs. Je les garde précieusement, même si la porte reste fermée. Les familles traversent des tempêtes parfois on séloigne, parfois on se retrouve. Et je sais quun jour, un matin peut-être, la sonnette retentira à nouveau, et derrière la porte, jaurai le bonheur de retrouver le regard de mon fils.
Pour linstant, japprends à patienter. Je replante mes géraniums, et je garde la place du cœur ouverte. Parce que lamour dune mère ne séchange pas comme des appartements ; il attend, il accueille, il pardonne. Un jour, Jules comprendra et alors, nous aurons à nouveau des histoires à nous raconter, autour dun café, à Montrouge, chez moi.







