Tu es jalouse de mes patientes, des infirmières, des médecins. Même des réverbères dans la rue. Et ça dépasse toutes les limites Et je suis vraiment épuisé, cest la vérité.
Martin, cest quoi, ça ? me lança sévèrement Camille en tenant ma chemise à la main. Cette tache rose, cest quoi ? Du rouge à lèvres ? Tu es resté tard au travail, vraiment ?
Camille, mais quest-ce que tu racontes ? soupirai-je en vidant mon sac de garde. Je viens de finir une garde de nuit. Du rouge à lèvres ? Dans notre service, la seule femme cest Madame Nadine, linfirmière en chef, et crois-moi Je suis crevé.
Camille pinça les lèvres, froissa la chemise et senferma dans la salle de bain. Je lâchai un long soupir.
Voilà plus de six mois que Camille et moi sommes ensemble. Tout semblait parfait, sauf sa jalousie excessive. Elle trouvait des raisons dêtre jalouse même là où il ny en avait pas.
… Regarde par toi-même, râlait Camille auprès de sa sœur il me trompe, cest évident. Regarde cette chemise.
Camille tendit la chemise à Amélie, sa sœur, les bras croisés, furieuse.
Amélie observa la tache, huma le tissu, puis éclata de rire.
Pourquoi tu ris ? soffusqua Camille.
Cest de la confiture de fraise, ça.
Camille arracha la chemise, la sentit, son visage oscillant entre surprise et gêne.
Tu dois apprendre à te détendre. Je ne comprends pas cette méfiance, souffla Amélie.
Camille sassit en face delle.
On nest pas sortis ensemble par hasard, avoua Camille, les yeux baissés. Il a quitté son ex pour moi. Je croyais quil ne partirait jamais, mais maintenant… j’ai peur quil me quitte à son tour.
Ce nest pas une raison pour accuser quelquun dinfidélité. Il faut que tu apprennes à faire confiance.
Jessaie, répondit Camille. Mais jai toujours peur de le perdre.
Amélie secoua la tête, impuissante.
… Où étais-tu ? demanda Camille les bras croisés. Il est une heure du matin.
Je soupirai.
Cest toi qui mas dit daller voir le match avec les gars. On a juste regardé la Ligue 1, rien dautre. Quest-ce qui ne va pas ?
Damien est déjà rentré, jai téléphoné à Lisa. Où étais-tu ces deux dernières heures ?
Damien est parti plus tôt pour sa femme, jai traîné un peu avec Serge. Camille, calme-toi. Je vais dormir.
Je suis allé dans la chambre, je me suis effondré sur le lit. Je voulais retrouver un peu de paix, loin de ses soupçons constants. Mais Camille avait encore tout gâché.
…En sortant de la boulangerie, Camille se perdit dans son téléphone, sans faire attention à ce qui lentourait. En levant la tête, elle aperçut soudain, de lautre côté de la rue, une blonde accrochée à mon cou. On riait tous les deux, elle me tenait fort.
Le regard de Camille sembruma de colère. Elle lâcha son sac de courses et traversa en trombe. Elle arracha la main de la fille de mon bras et lattira sur le côté.
Je le savais ! cria Camille. Tu me trompes ! Tu es un salaud, tu mas menti depuis le début ! Jen étais sûre ! Traître !
Je fixai Camille, les poings serrés, la gorge nouée de tristesse. La blonde, prise au dépourvu, ne comprenait rien.
Camille…
Ne me parle pas ! Je connais ta chanson ! Je ne veux plus técouter.
Cest ma cousine, Boniface. Tu as déjà rencontré sa mère, tante Isabelle. Et Amélie est ma sœur, on a grandi ensemble. On règlera ça à la maison.
Camille, confuse, hocha la tête et bredouilla un pardon à la cousine avant de rentrer.
Je suis rentré tard ce soir-là, blessé. Je serrais les lèvres, jévitais son regard.
Martin…
Jen peux plus, avouai-je. Je ne comprends pas doù te vient cette jalousie maladive. Depuis quon est ensemble, tu ne fais que maccuser. Tu me soupçonnes avec nimporte qui, même les lampadaires ! Je nen peux plus, vraiment…
Martin ! Tu veux vraiment me quitter ? Je ten supplie Je taime ! Pardonne-moi. Je ne sais pas ce qui me prend. Je vais changer, je te le promets
Camille sagenouilla presque, magrippant les mains et me regardant dans les yeux. Javais pitié delle, je laimais sincèrement. Javais quitté une relation de cinq ans pour elle. Elle avait su me séduire comme personne. Mais maintenant… mes propres doutes me rongeaient.
Je taime, murmurais-je en lui serrant la main et en plongeant mon regard dans le sien. Mais ce que tu fais nest pas normal. Je ne peux pas vivre comme ça…
Je ne recommencerai plus, sanglota-t-elle. Jamais. Reste avec moi, je ten supplie. Je ne survivrai pas sans toi.
Je soupirai et la serrai contre moi. Je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas la quitter. Pas après tout ça.
…Pendant quelques mois, Camille sembla vraiment avoir changé. Tout allait bien, elle ne me montrait plus de jalousie. Jétais heureux avec elle, je ne cherchais plus dexcuses pour passer du temps à lhôpital.
Mais lautomne arriva, avec ses épidémies. Le service était sous leau, je rentrais encore plus tard que dhabitude, épuisé. À peine rentré, je dînais et filais au lit.
Camille recommença à douter. Elle essayait de se convaincre de me croire, de ne pas demander pourquoi ma chemise sentait tant de parfums différents. Après tout, il ny avait là que des collègues âgées Mais chaque jour la suspicion rongeait davantage son esprit : elle fouillait mes vêtements, surveillait mes gestes, voulait tout savoir.
Un soir, de retour du travail, je suis passé directement à la douche, rapide cette fois, trop fatigué. Et je suis tombé sur Camille : elle fouillait en vitesse dans mon téléphone.
Camille Quest-ce que tu fais ?
Surprise, elle déposa aussitôt le téléphone sur la table de nuit.
Oh, rien… Je voulais juste passer un appel.
Je lui désignai son portable dans létui rose, posé sur le lit.
Et le tien, il ne marche pas ?
Il est déchargé.
À ce moment-là, le sien vibre : nouveau message.
Vraiment ? Aussi déchargé que ça ? Donc tu me mens aussi… Tu veux que je découvre dautres choses sur toi ?
Excuse-moi, elle baissa la tête.
Alors, Madame Marple, tu as trouvé ce que tu cherchais ? ménervai-je.
Elle secoua la tête.
En silence, je sortis ma valise et commençai à ramasser mes affaires. Camille bondit, saccrocha à mon bras.
Sil te plaît : non ! Ne pars pas. Je ne recommencerai plus. Je te fais confiance maintenant… Martin !
Non, Camille. La première fois, jai pardonné. Mais pas deux fois. Jen peux plus. Je veux juste vivre. Tranquillement. Avoir confiance et quon me fasse confiance. Sinon, ce nest pas une vie…
En une demi-heure, javais fini ma valise, malgré ses sanglots. Elle saccroupit sur le lit, les bras autour des genoux.
Je taime, vraiment. Mais je ne peux plus. Et toi ? Tu ne changeras pas.
Jai quitté notre petit appartement loué et je suis allé chez mes parents. Oui, jétais vraiment fatigué.
…La méfiance détruit tout. Peu importe la solidité dun couple : sans confiance, il ne reste rien. Peut-être que Camille avait peur que je la trompe comme javais trompé mon ex. Mais cest elle qui ma choisi, avec mon passé. Sans confiance, il ny a ni amour, ni amitié, ni rien de solide. Cest sa plus grande erreur, et jai compris aujourdhui que la confiance est la clé de tout.
Si vous avez vécu la même chose, dites-le-moi dans les commentaires.





