Ophélie, et ces quelques kilos en trop, ce n’est pas un problème peut-être ? – La mère de Damien n’en démordait pas. – De mon point de vue, je n’ai rien en trop, surtout que mon futur mari s’en accommode très bien. Il ne faut pas que toutes les femmes soient des brindilles ou des petits formats ! – répondit Ophélie, lançant un regard railleur à Hélène et à la mère de Damien, ce qui fit rougir Hélène d’indignation. – Maman ! Tu as acheté du thé amincissant ? Et des graines de chia ? Pourquoi as-tu mis autant de beurre dans mon porridge, tu veux que je prenne du poids ou quoi ? Damien, tu as encore acheté du pain brioché ? Ce n’est pas sain ! Il faut boire trois verres d’eau le matin, sinon on ne maigrit pas… Où est mon eau ? – Voilà le genre de remarques qu’entendait Damien depuis son enfance. Sa mère et sa sœur aînée étaient constamment préoccupées par leur ligne. Aujourd’hui, Hélène avait trente-huit ans, n’avait jamais été mariée et ressemblait à un cheval sec et voûté, avec un regard perpétuellement affamé. Sa mère, elle, évoquait une longue aiguille à tricoter toute droite. C’en était à un point que Damien était toujours attiré par des personnes joviales, à l’appétit franc. Il avait toujours rêvé d’une future épouse différente de sa mère et de sa sœur. Et il l’avait trouvée ! Elle s’appelait Ophélie. Ophélie… même son prénom sonnait doux, agréable, presque gourmand comme une pâtisserie parfumée. Non, Ophélie n’était pas grosse. Mais elle mesurait un mètre soixante-treize pour quatre-vingt-cinq kilos. Et tous ces kilos respiraient la santé et la bonne humeur. Une poitrine haute, une taille marquée, des formes féminines et de jolies fossettes sur des joues pleines qu’on avait envie de pincer. Tout cela provoqua chez Damien un enthousiasme indicible dès qu’il la vit. Un soir, il accompagna sa sœur à la banque. Elle prit son ticket et s’assit dans la salle d’attente tandis qu’il arpentait la pièce en attendant. Soudain, il entendit un rire argentin, vif comme une clochette. Il était discret mais si communicatif que Damien sourit malgré lui. Curieux de découvrir l’auteure du rire, il suivit le son. C’était une jeune femme au guichet, qui desservait un client âgé. Celui-ci avait dit quelque chose de drôle et la jeune femme était repartie d’un éclat de rire. Damien ne pouvait plus détacher son regard d’elle… Ses cheveux ondulaient joliment, sa bouche formait un joli nœud. De plus, elle n’était pas maigre, c’était évident… Il regagna sa voiture avec sa sœur, écoutant son monologue monotone, mais il n’était pas vraiment là, il était resté à la banque, perdu dans le souvenir de la jeune femme. – Damien, tu m’écoutes ? – s’irrita Hélène. – Bien sûr, Hélène, je t’écoute, répondit-il, tentant de se rappeler son propos. – Je lui disais que je ne mange pas de viande grillée, seulement du blanc de poulet bouilli, se plaignait-elle à propos d’un énième prétendant. Damien hocha la tête avec compassion, claquant la langue d’un air entendu… Le lendemain, en fin d’après-midi, il se rua à la banque. L’objet de ses rêves était bien là, il poussa un soupir de soulagement. À la fermeture, il prit un bouquet de roses dans sa voiture et aborda la jeune femme. – Mademoiselle, auriez-vous besoin d’un homme, ou d’un gendre pour votre mère ? hasarda-t-il, tendant les roses. Son visage devait être si drôle et désemparé qu’elle éclata de rire mais accepta les fleurs. – Mon Dieu… quelles magnifiques roses ! Comme elles sentent bon ! s’exclama-t-elle, enfouissant son visage dans le bouquet tandis qu’il la contemplait… Depuis ce jour, ils étaient inséparables. Il y a des moments dans la vie où l’on rencontre quelqu’un et on comprend tout de suite : c’est la personne qu’il nous faut et on ne souhaite plus rien d’autre. Ainsi fut-il pour Damien et Ophélie. Il lui demanda sa main après un mois, et elle accepta avec joie. Restait à rencontrer les parents respectifs. Les parents d’Ophélie les accueillirent autour d’une grande table, à coups de rires et de bonnes tartes. Sa mère, une grande et belle femme, l’embrassa sur les deux joues, ce qui le déstabilisa. Son père lui tapa l’épaule comme à un vieux copain et l’emmena à la cuisine. – Viens, mon garçon, éloignons-nous un moment des femmes, sinon elles vont nous assaillir ! Mais ne t’en fais pas, ma Natalie, la maman d’Ophélie, est d’un naturel paisible ! Voilà pourquoi je l’aime depuis trente ans. Et Ophélie, notre Ophélie, c’est un vrai diamant. Prends soin d’elle, mon petit, conseilla-t-il en le scrutant. Au dîner, tout le monde se régala et riait en évoquant des souvenirs marquants. Ensuite, Ivan, le père d’Ophélie, attrapa la guitare et mena la chanson. Damien se sentit accueilli comme dans une famille de toujours… Trois jours plus tard, ils allèrent chez les parents de Damien. Sur la route, Ophélie fit halte à la pâtisserie et acheta de superbes éclairs artisanaux pour les dames. À dix-sept heures, ils arrivèrent. Sa mère, Geneviève, ouvrit la porte. – Oh … Bonjour, mes chers, … – elle sembla surprise à la vue d’Ophélie, restant figée, bouche ouverte, main sur la poignée… – Maman, moi aussi je t’aime. On ne va pas rester sur le palier, non ? On entre ? – Damien se faufila et ils pénétrèrent enfin à l’intérieur. – Bien sûr, mon fils, bien sûr… Entrez… Vous, vous êtes donc la fameuse Ophélie, n’est-ce pas ? – Elle se ressaisit et détailla Ophélie de haut en bas sans se gêner. – Oui, je suis Ophélie ! Ravie de faire votre connaissance. – Ophélie lui tendit la main avec naturel et entra. La mère de Damien la suivit du regard, médusée. – Papa, Hélène, Maman, voici Ophélie, ma fiancée ! Nous avons déposé les bans et bientôt on se marie. Ophélie, voici ma famille : ma sœur Hélène, maman Geneviève et papa Michel. – présenta Damien. La nouvelle du mariage surprit visiblement la famille, qui resta bouche bée. Le silence s’installa, troublé seulement par les bruits de couverts. – Bien ! Ophélie ! Nous sommes heureux de t’accueillir dans la famille. Qu’as-tu apporté là ? Oh, parfait ! Et des petits gâteaux ! Pour vous, les filles, s’exclama Michel en détendant l’atmosphère. – Non, non, nous ne mangeons pas de pâtisseries, surtout pas le soir. Voyons, Ophélie… – Geneviève poussa la boîte de côté, presque avec mépris. – Vous non, mais nous, oui ! Passe-moi cette boîte, voyons voir… Je suis sûr qu’Ophélie n’a amené que du bon, c’est bien cela ? – lança joyeusement Michel. Enfin, tout le monde se calma un peu. La table garnie de chocolats, fruits et quelques bulles, on trinqua. Mais le silence revint vite. – Maman, j’ai rencontré les parents d’Ophélie, ils sont adorables. Tu les apprécieras ! – proposa Damien pour briser la glace. Pendant qu’Ophélie observait son verre et qu’Hélène ne quittait pas Ophélie des yeux, son père lança une blague, tout le monde rit et la tension se dissipa. – Ophélie, ne vous inquiétez pas, j’ai une excellente spécialiste à vous recommander. Elle saura vous aider avec votre problème, déclara soudain Geneviève. – Problème ? Je n’en ai aucun, répondit Ophélie, étonnée. – Comment ça ? Ophélie, et ces kilos en trop ? Ce n’est pas un problème ? – la mère de Damien insistait. – À mon sens, je n’ai rien en trop, surtout que mon futur mari s’y retrouve. Il ne faut pas que toutes les femmes soient des tailles 36 ou des piquets ! – Ophélie balaya d’un regard moqueur Hélène et Geneviève, faisant rougir Hélène. – Ophélie, il doit bien y avoir vingt kilos en trop ! Ce n’est pas bon pour la santé. Et quand vous aurez un enfant, qu’est-ce que ça donnera ? – Quand j’aurai un enfant, je serai encore plus radieuse, entourée de mon mari et de notre bébé. Mais dites-moi Hélène, vous qui êtes si fine, vous êtes forcément mariée à un bel homme, avec au moins deux enfants… – répliqua Ophélie, savourant un éclair. Hélène ravala sa salive, outrée, s’apprêtant à rétorquer, mais Michel coupa court en servant à boire et portant un toast. – À toutes les femmes de cette famille, si différentes, mais toutes aimées ! Deux heures plus tard, ils sortirent, échangèrent un regard complice et éclatèrent de rire. – Eh bien… Je ne m’attendais pas à ce genre de remarque de la part de ma future belle-mère ! – Ophélie, tu es magnifique et tu le sais ! Et ma mère et ma sœur… pardonne-les. On ne choisit pas sa famille. Le mariage eut lieu le 25 août. Famille et amis se pressèrent à la mairie, puis au restaurant. La mariée, resplendissante dans une robe mettant en valeur sa silhouette féminine, faisait briller les yeux de Damien. La mère de la mariée, tout aussi splendide que sa fille, attira elle aussi l’attention des hommes, contrastant avec sa future belle-sœur, toute fluette dans un tailleur austère. La sœur de Damien, Hélène, était le portrait jeune de sa mère. La musique retentit et les jeunes mariés ouvrirent le bal, tournoyant comme seuls au monde tandis que les invités les regardaient, émerveillés. – Quand même… La mariée devrait songer à perdre du poids. Elle est vraiment énorme, et cette robe n’arrange rien… – souffla Geneviève, la mère de Damien. Les mots, une fois prononcés, ne peuvent être rattrapés… Geneviève aurait sûrement voulu ravaler ses paroles, mais il était trop tard. – Vous savez, les hommes ne se précipitent pas tous sur des squelettes. Beaucoup préfèrent de vraies femmes, pleines de vie. Votre fils en fait partie, d’ailleurs. Et vous, chère belle-maman, attention à ce que vous dites : je suis douce, mais parfois nerveuse, surtout quand il s’agit de ma fille… – répliqua Natalie, la mère d’Ophélie, plantant ses mains sur ses hanches, et poussant Geneviève contre le mur avec son opulente poitrine. Les deux femmes se dévisagèrent, l’une inquiète, l’autre furieuse, jusqu’à ce qu’Ivan, le père d’Ophélie, s’interpose. – Oh ! Mesdames ! Je vois que vous avez sympathisé. Mais je dois vous voler ma femme, très chère Geneviève… Natalie, je t’emmène danser. Les jeunes ont eu leur moment, c’est à nous maintenant ! Il l’enlaça par la taille et ensemble ils entrèrent dans la valse. La musique battait son plein, des visages rayonnaient. Tout le mariage chantait et dansait, comme dans les chansons populaires françaises. Espérons que les jeunes mariés vivront longtemps heureux et prospères… N’est-ce pas là le plus important, après tout ?

Camille, et tous ces kilos en trop, ce nest pas un souci ? La mère dAntoine nabandonnait jamais.
Selon moi, je nai rien de trop, surtout que mon futur mari les aime comme ils sont. Tout le monde nest pas fait pour ressembler à une brindille ou à une poupée de porcelaine, vous savez. Camille parcourut dun regard amusé Julie et la mère dAntoine. Julie sempourpra devant tant daplomb.
Maman ! Tu as encore acheté du thé minceur ? Et ces graines de chia ? Pourquoi tu mas mis tant de beurre dans la bouillie, cest des calories en trop ! Antoine, tu as repris du pain complet ? Ce nest pas bon ! Il faut boire trois verres deau le matin, sinon on ne perd pas de poids Où est mon verre deau ?! Voilà ce que saisissait Antoine depuis lenfance.
Sa mère et sa grande sœur vivaient obsédées par leur ligne. Aujourdhui, Julie avait déjà trente-huit ans, navait jamais été mariée, et rappelait à Antoine un cheval maigre, nerveusement affamé. Sa mère Mireille ressemblait à une aiguille à tricoter droite et sèche.
Exaspéré, Antoine avait toujours aimé sentourer de gens pleins de vie et dappétit. Il avait toujours espéré que la femme de sa vie serait différente de sa mère et sa sœur. Et il en avait trouvé une !
Elle s’appelait Camille. Rien que son prénom était doux, agréable, fondant comme une pâtisserie délicate. Camille nétait pas corpulente, mais à un mètre soixante-treize, elle affichait fièrement ses 85 kilos.
Tout en elle respirait la santé et la joie de vivre : poitrine généreuse, taille marquée, formes féminines et fossettes dans ses joues pleines, quon avait envie de pincer. Antoine en était tombé fou amoureux au premier regard.
Un soir, il accompagna sa sœur à la Banque Populaire. Elle tira un ticket et sinstalla sur une chaise. Il patientait, marchant dans le hall.
Tout à coup, il entendit un rire cristallin, doux et communicatif, qui le fit sourire malgré lui. Intrigué, il suivit le son. Cétait la conseillère, qui riait à une plaisanterie dun client âgé. Antoine ne pouvait détacher ses yeux delle : son chignon décoiffé, ses lèvres en cœur Et ses formes, dune féminité éclatante.
De retour dans la voiture avec sa sœur, il lécoutait parler mécaniquement, mais en pensée, il arpentait encore le hall auprès de Camille.
Antoine, tu mécoutes ? simpatientait Julie.
Bien sûr, Julie, vas-y Il luttait pour capter de quoi elle parlait.
Je lui ai bien dit que je ne mange jamais de viande grillée, seulement du blanc de poulet vapeur, et voilà comment il me regarde se lamentait Julie à propos de son prétendant éconduit. Antoine hochait la tête, feignant la compassion.
Le lendemain en fin de journée, Antoine repartit à la banque. Camille était bien là. Soulagé, il patienta la fermeture. Puis, il sortit de la voiture un bouquet de pivoines et savança vers elle.
Mademoiselle Vous nauriez pas besoin dun homme, ou dun gendre pour votre maman ? lâcha-t-il, maladroit, en lui tendant le bouquet.
Il devait avoir lair si désarmé quelle éclata de rire, mais elle accepta les fleurs.
Mon Dieu quelles sont belles ! Ça sent si bon ! Elle enfouit son visage dans les pivoines et il la contemplait, ravi.
Dès ce jour, ils ne se quittèrent plus. Il y a ces rencontres qui sont des évidences, où lon comprend quon na plus rien à chercher. Après un mois, Antoine demanda la main de Camille qui accepta joyeusement. Restait la rencontre avec les parents.
Les parents de Camille laccueillirent chez eux autour dune grande table, entre tartes maison, éclats de rire et conversations animées. Sa mère, Martine, grande et magnifique, le couvrit de bises, ce qui le troubla beaucoup. Son père, Henri, le fit entrer dans la cuisine dune tape amicale.
Ne te laisse pas tourmenter par les femmes, mon garçon. Mais tu verras, Martine, cest la sérénité incarnée ! Et Camille, notre bijou, prends-en grand soin. Henri le fixa dun regard chaleureux.
Ils passèrent la soirée à table, mangeant de bon appétit, riant, échangeant des souvenirs cocasses. Henri sortit sa guitare et entonna des chansons à reprendre en chœur. Antoine se sentit immédiatement à laise, comme en famille depuis toujours.
Trois jours plus tard, ils partirent rencontrer les parents dAntoine. Camille sarrêta chez un maître pâtissier de la rue Montorgueil acheter des éclairs maison pour offrir. À dix-sept heures, les voilà arrivés.
C’est la mère dAntoine, Mireille, qui ouvrit.
Oh Bonjour mes chéris Elle regarda Camille, bouche bée, figée sur le seuil.
Maman, moi aussi je taime Mais si on entrait ? souffla Antoine en la poussant doucement. Enfin, ils pénétrèrent dans lappartement.
Entrez, entres Vous êtes donc Camille, nest-ce pas ? Mireille se ressaisit, détaillant Camille de pied en cap sans gêne.
Oui, enchantée de faire votre connaissance. Camille lui serra la main avec énergie et avançait, tandis que Mireille restait perplexe.
Papa, Julie, Maman, voici Camille, ma fiancée : nous avons fait notre demande et nous allons bientôt nous marier. Camille, voici ma famille : ma sœur Julie, maman Mireille et papa Gérard.
La nouvelle du mariage laissa la famille bouche bée et le dîner se déroula dans un silence presque complet, rythmé par le cliquetis des couverts.
Camille ! On vous souhaite la bienvenue dans la famille. Vous avez apporté une bouteille ? Parfait ! Oh, des douceurs, ça cest pour vous, mesdames ! détendit alors Gérard.
Non non, on ne mange pas de pâtisseries, surtout après dix-huit heures. Merci Camille osa Mireille, écartant la boîte à gâteaux avec un petit air de dédain.
Eh bien, nous, on goûte ! Passe donc la boîte, quon découvre ça ensemble. Je suis sûr que Camille ne rapporterait jamais de mauvaises choses, nest-ce pas ? tonna joyeusement Gérard.
Finalement, chacun trouva sa place autour de la table. Chocolats, amuse-bouches et une bouteille de Crémant occupaient la table. On trinqua, on sourit, puis le silence revint.
Jai rencontré les parents de Camille. De vrais gens formidables. Vous les aimerez vraiment, lança Antoine pour détendre latmosphère. Camille tripotait son verre, Julie fixait Camille sans ciller. Gérard raconta une blague, les rires reprirent, lair redevint plus léger.
Camille, ne vous en faites pas, jai une spécialiste qui pourrait vous aider à régler votre problème, dit soudain Mireille.
Quel problème ? Je nen ai pas, sétonna Camille sans détour.
Mais voyons ! Camille, tous ces kilos en trop, ce nest pas un souci ? insista Mireille.
Pour moi, tout va bien, surtout que cela plaît à mon futur mari. Toutes les femmes ne courent pas après une taille de guêpe, vous savez, répondit Camille, lançant un regard ironique sur Julie et sa mère. Julie, indignée, rougit jusquaux oreilles.
Camille, vous avez bien vingt kilos de trop ! Ce nest pas bon pour la santé. Et lorsque vous aurez un enfant, jose à peine imaginer
Eh bien, quand jaurai un enfant, je serai encore plus belle, avec un mari aimant et un bébé heureux, répliqua Camille en croquant dans un éclair, un sourire satisfait aux lèvres. Et vous, Julie, vous êtes sûrement déjà mariée, non ? Avec une si belle ligne, un mari superbe et au moins deux enfants, je suppose ?…
Julie avala sa salive, révoltée, sapprêtant à répliquer, mais Gérard choisit ce moment pour remplir les verres et porter un toast.
Aux femmes de notre famille, diverses et toutes aussi chères à nos cœurs !
Deux heures plus tard, sur le trottoir, Antoine et Camille échangèrent un regard, soupirèrent puis éclatèrent de rire.
Eh bien ! Je ne mattendais pas à entendre ma future belle-mère me dire que je suis dodue, rit Camille.
Camille, tu es belle, tu le sais. Maman et Julie, il faut leur pardonner. On ne choisit pas sa famille…
Le mariage fut fixé au 25 août. Famille et amis sétaient donné rendez-vous à la mairie de Bordeaux pour la cérémonie, puis au restaurant.
La mariée rayonnait dans une robe somptueuse, mettant en valeur son corps féminin. Le marié ne la quittait des yeux. Martine, la mère de Camille, affichait la même prestance, ses formes gracieuses sublimées par un tailleur moderne. Nombre dhommes lui lancèrent des regards admiratifs. Elle contrastait singulièrement avec Mireille, la belle-mère, mince, tirée à quatre épingles dans une robe stricte. Julie nétait guère différente de sa mère, en version plus jeune.
La musique séleva, le couple ouvrit le bal sur une valse envoûtante, ignorant le reste du monde pour ne vivre que leur bonheur. Les invités, émerveillés, retinrent leur souffle.
Hm Elle devrait songer à perdre un peu. Quelle taille ! Et cette robe la grossit encore murmura Mireille.
Mais comme on dit en France, les paroles senvolent, et elle aurait bien voulu ravaler ses mots.
Vous savez, beaucoup dhommes ne courent pas après les os ! Ils aiment les femmes bien vivantes. Votre fils est de ceux-là ! Et vous, Mireille, faites attention à vos paroles ou, douce que je sois, je pourrais perdre patience lorsquil sagit de ma fille gronda Martine, montant le ton et plaquant vivement sa poitrine contre celle de Mireille, acculée contre le mur.
Un instant, les deux femmes se jaugèrent du regard. Mireille, effrayée, Martine, prête à défendre sa progéniture. Henri intervint, comprenant dun regard la scène.
Mesdames, vous êtes déjà de grandes amies à ce que je vois ! Mais, chère Mireille, je dois vous voler ma femme. Ma douce Martine, accepte donc cette valse ! Les jeunes ont dansé, cest à notre tour.
Il emporta Martine sur la piste. Les visages séclairèrent. La fête battait son plein, comme dans les chansons.
Espérons que les jeunes vivront heureux et sauront chérir leur bonheur Car finalement, cest cela, lessentiel : vivre sans se soucier du regard des autres, accepter ses différences et savourer la vie telle quelle est.

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Ophélie, et ces quelques kilos en trop, ce n’est pas un problème peut-être ? – La mère de Damien n’en démordait pas. – De mon point de vue, je n’ai rien en trop, surtout que mon futur mari s’en accommode très bien. Il ne faut pas que toutes les femmes soient des brindilles ou des petits formats ! – répondit Ophélie, lançant un regard railleur à Hélène et à la mère de Damien, ce qui fit rougir Hélène d’indignation. – Maman ! Tu as acheté du thé amincissant ? Et des graines de chia ? Pourquoi as-tu mis autant de beurre dans mon porridge, tu veux que je prenne du poids ou quoi ? Damien, tu as encore acheté du pain brioché ? Ce n’est pas sain ! Il faut boire trois verres d’eau le matin, sinon on ne maigrit pas… Où est mon eau ? – Voilà le genre de remarques qu’entendait Damien depuis son enfance. Sa mère et sa sœur aînée étaient constamment préoccupées par leur ligne. Aujourd’hui, Hélène avait trente-huit ans, n’avait jamais été mariée et ressemblait à un cheval sec et voûté, avec un regard perpétuellement affamé. Sa mère, elle, évoquait une longue aiguille à tricoter toute droite. C’en était à un point que Damien était toujours attiré par des personnes joviales, à l’appétit franc. Il avait toujours rêvé d’une future épouse différente de sa mère et de sa sœur. Et il l’avait trouvée ! Elle s’appelait Ophélie. Ophélie… même son prénom sonnait doux, agréable, presque gourmand comme une pâtisserie parfumée. Non, Ophélie n’était pas grosse. Mais elle mesurait un mètre soixante-treize pour quatre-vingt-cinq kilos. Et tous ces kilos respiraient la santé et la bonne humeur. Une poitrine haute, une taille marquée, des formes féminines et de jolies fossettes sur des joues pleines qu’on avait envie de pincer. Tout cela provoqua chez Damien un enthousiasme indicible dès qu’il la vit. Un soir, il accompagna sa sœur à la banque. Elle prit son ticket et s’assit dans la salle d’attente tandis qu’il arpentait la pièce en attendant. Soudain, il entendit un rire argentin, vif comme une clochette. Il était discret mais si communicatif que Damien sourit malgré lui. Curieux de découvrir l’auteure du rire, il suivit le son. C’était une jeune femme au guichet, qui desservait un client âgé. Celui-ci avait dit quelque chose de drôle et la jeune femme était repartie d’un éclat de rire. Damien ne pouvait plus détacher son regard d’elle… Ses cheveux ondulaient joliment, sa bouche formait un joli nœud. De plus, elle n’était pas maigre, c’était évident… Il regagna sa voiture avec sa sœur, écoutant son monologue monotone, mais il n’était pas vraiment là, il était resté à la banque, perdu dans le souvenir de la jeune femme. – Damien, tu m’écoutes ? – s’irrita Hélène. – Bien sûr, Hélène, je t’écoute, répondit-il, tentant de se rappeler son propos. – Je lui disais que je ne mange pas de viande grillée, seulement du blanc de poulet bouilli, se plaignait-elle à propos d’un énième prétendant. Damien hocha la tête avec compassion, claquant la langue d’un air entendu… Le lendemain, en fin d’après-midi, il se rua à la banque. L’objet de ses rêves était bien là, il poussa un soupir de soulagement. À la fermeture, il prit un bouquet de roses dans sa voiture et aborda la jeune femme. – Mademoiselle, auriez-vous besoin d’un homme, ou d’un gendre pour votre mère ? hasarda-t-il, tendant les roses. Son visage devait être si drôle et désemparé qu’elle éclata de rire mais accepta les fleurs. – Mon Dieu… quelles magnifiques roses ! Comme elles sentent bon ! s’exclama-t-elle, enfouissant son visage dans le bouquet tandis qu’il la contemplait… Depuis ce jour, ils étaient inséparables. Il y a des moments dans la vie où l’on rencontre quelqu’un et on comprend tout de suite : c’est la personne qu’il nous faut et on ne souhaite plus rien d’autre. Ainsi fut-il pour Damien et Ophélie. Il lui demanda sa main après un mois, et elle accepta avec joie. Restait à rencontrer les parents respectifs. Les parents d’Ophélie les accueillirent autour d’une grande table, à coups de rires et de bonnes tartes. Sa mère, une grande et belle femme, l’embrassa sur les deux joues, ce qui le déstabilisa. Son père lui tapa l’épaule comme à un vieux copain et l’emmena à la cuisine. – Viens, mon garçon, éloignons-nous un moment des femmes, sinon elles vont nous assaillir ! Mais ne t’en fais pas, ma Natalie, la maman d’Ophélie, est d’un naturel paisible ! Voilà pourquoi je l’aime depuis trente ans. Et Ophélie, notre Ophélie, c’est un vrai diamant. Prends soin d’elle, mon petit, conseilla-t-il en le scrutant. Au dîner, tout le monde se régala et riait en évoquant des souvenirs marquants. Ensuite, Ivan, le père d’Ophélie, attrapa la guitare et mena la chanson. Damien se sentit accueilli comme dans une famille de toujours… Trois jours plus tard, ils allèrent chez les parents de Damien. Sur la route, Ophélie fit halte à la pâtisserie et acheta de superbes éclairs artisanaux pour les dames. À dix-sept heures, ils arrivèrent. Sa mère, Geneviève, ouvrit la porte. – Oh … Bonjour, mes chers, … – elle sembla surprise à la vue d’Ophélie, restant figée, bouche ouverte, main sur la poignée… – Maman, moi aussi je t’aime. On ne va pas rester sur le palier, non ? On entre ? – Damien se faufila et ils pénétrèrent enfin à l’intérieur. – Bien sûr, mon fils, bien sûr… Entrez… Vous, vous êtes donc la fameuse Ophélie, n’est-ce pas ? – Elle se ressaisit et détailla Ophélie de haut en bas sans se gêner. – Oui, je suis Ophélie ! Ravie de faire votre connaissance. – Ophélie lui tendit la main avec naturel et entra. La mère de Damien la suivit du regard, médusée. – Papa, Hélène, Maman, voici Ophélie, ma fiancée ! Nous avons déposé les bans et bientôt on se marie. Ophélie, voici ma famille : ma sœur Hélène, maman Geneviève et papa Michel. – présenta Damien. La nouvelle du mariage surprit visiblement la famille, qui resta bouche bée. Le silence s’installa, troublé seulement par les bruits de couverts. – Bien ! Ophélie ! Nous sommes heureux de t’accueillir dans la famille. Qu’as-tu apporté là ? Oh, parfait ! Et des petits gâteaux ! Pour vous, les filles, s’exclama Michel en détendant l’atmosphère. – Non, non, nous ne mangeons pas de pâtisseries, surtout pas le soir. Voyons, Ophélie… – Geneviève poussa la boîte de côté, presque avec mépris. – Vous non, mais nous, oui ! Passe-moi cette boîte, voyons voir… Je suis sûr qu’Ophélie n’a amené que du bon, c’est bien cela ? – lança joyeusement Michel. Enfin, tout le monde se calma un peu. La table garnie de chocolats, fruits et quelques bulles, on trinqua. Mais le silence revint vite. – Maman, j’ai rencontré les parents d’Ophélie, ils sont adorables. Tu les apprécieras ! – proposa Damien pour briser la glace. Pendant qu’Ophélie observait son verre et qu’Hélène ne quittait pas Ophélie des yeux, son père lança une blague, tout le monde rit et la tension se dissipa. – Ophélie, ne vous inquiétez pas, j’ai une excellente spécialiste à vous recommander. Elle saura vous aider avec votre problème, déclara soudain Geneviève. – Problème ? Je n’en ai aucun, répondit Ophélie, étonnée. – Comment ça ? Ophélie, et ces kilos en trop ? Ce n’est pas un problème ? – la mère de Damien insistait. – À mon sens, je n’ai rien en trop, surtout que mon futur mari s’y retrouve. Il ne faut pas que toutes les femmes soient des tailles 36 ou des piquets ! – Ophélie balaya d’un regard moqueur Hélène et Geneviève, faisant rougir Hélène. – Ophélie, il doit bien y avoir vingt kilos en trop ! Ce n’est pas bon pour la santé. Et quand vous aurez un enfant, qu’est-ce que ça donnera ? – Quand j’aurai un enfant, je serai encore plus radieuse, entourée de mon mari et de notre bébé. Mais dites-moi Hélène, vous qui êtes si fine, vous êtes forcément mariée à un bel homme, avec au moins deux enfants… – répliqua Ophélie, savourant un éclair. Hélène ravala sa salive, outrée, s’apprêtant à rétorquer, mais Michel coupa court en servant à boire et portant un toast. – À toutes les femmes de cette famille, si différentes, mais toutes aimées ! Deux heures plus tard, ils sortirent, échangèrent un regard complice et éclatèrent de rire. – Eh bien… Je ne m’attendais pas à ce genre de remarque de la part de ma future belle-mère ! – Ophélie, tu es magnifique et tu le sais ! Et ma mère et ma sœur… pardonne-les. On ne choisit pas sa famille. Le mariage eut lieu le 25 août. Famille et amis se pressèrent à la mairie, puis au restaurant. La mariée, resplendissante dans une robe mettant en valeur sa silhouette féminine, faisait briller les yeux de Damien. La mère de la mariée, tout aussi splendide que sa fille, attira elle aussi l’attention des hommes, contrastant avec sa future belle-sœur, toute fluette dans un tailleur austère. La sœur de Damien, Hélène, était le portrait jeune de sa mère. La musique retentit et les jeunes mariés ouvrirent le bal, tournoyant comme seuls au monde tandis que les invités les regardaient, émerveillés. – Quand même… La mariée devrait songer à perdre du poids. Elle est vraiment énorme, et cette robe n’arrange rien… – souffla Geneviève, la mère de Damien. Les mots, une fois prononcés, ne peuvent être rattrapés… Geneviève aurait sûrement voulu ravaler ses paroles, mais il était trop tard. – Vous savez, les hommes ne se précipitent pas tous sur des squelettes. Beaucoup préfèrent de vraies femmes, pleines de vie. Votre fils en fait partie, d’ailleurs. Et vous, chère belle-maman, attention à ce que vous dites : je suis douce, mais parfois nerveuse, surtout quand il s’agit de ma fille… – répliqua Natalie, la mère d’Ophélie, plantant ses mains sur ses hanches, et poussant Geneviève contre le mur avec son opulente poitrine. Les deux femmes se dévisagèrent, l’une inquiète, l’autre furieuse, jusqu’à ce qu’Ivan, le père d’Ophélie, s’interpose. – Oh ! Mesdames ! Je vois que vous avez sympathisé. Mais je dois vous voler ma femme, très chère Geneviève… Natalie, je t’emmène danser. Les jeunes ont eu leur moment, c’est à nous maintenant ! Il l’enlaça par la taille et ensemble ils entrèrent dans la valse. La musique battait son plein, des visages rayonnaient. Tout le mariage chantait et dansait, comme dans les chansons populaires françaises. Espérons que les jeunes mariés vivront longtemps heureux et prospères… N’est-ce pas là le plus important, après tout ?
Pour la première fois, elle comprit qu’elle ne craignait rien.