À LA RECHERCHE DUNE MAÎTRESSE
Clémence, quest-ce que tu fais ? sétonne Paul, surpris de voir sa femme lui tendre un short et un débardeur.
Rien du tout. Pendant que tu roupilles, tous les autres ramassent déjà les maîtresses ! Sa femme lui arrache la couette et des frissons parcourent le pauvre Paul, sans défense, qui se recroqueville.
Mais enfin, quest-ce que tu racontes ?
Après ta grande déclaration dhier soir, sur le fait que, tôt ou tard, tu aurais une maîtresse, jai pris une décision. Le moment est venu, Paul. Il est cinq heures et demie : lève-toi, il faut conquérir le front de la tromperie !
Mais je ne le pensais pas sérieusement ! On sest chamaillés, tu as oublié ? Désolé, javais tort.
Non, non, tu avais raison. Jai négligé notre feu de la passion. Jai tout misé sur moi, jai tout brûlé. Maintenant, il ne reste que de la cendre ; même des pommes de terre ny cuiraient pas. Je vais corriger ça. Allez, debout !
Tu me chasses ?
Je te motive ! Tu vas te remettre en forme tous les jours, jusquà ce que tu aies éliminé tout ça. Une maîtresse ne supportera pas un Michelin comme talisman à son bras. Lève-toi, on ne répète pas deux fois !
Comprenant que Clémence ne lâchera pas laffaire, Paul se traîne hors du lit, enfile péniblement le short qui coince sur son vieux caleçon.
Rappelle-moi dacheter un maillot de bain. Avec ces parachutes, tu risques de tenvoler du lit de ta future maîtresse sil y a un coup de vent.
Après dix minutes à trottiner autour de la maison, sous le regard impitoyable de son « coach », Paul, à demi-mort, se traîne jusquà la porte et rampe jusquau lit, saccrochant au parquet avec les dents.
Tu comptes aller où, là ? larrête Clémence.
Mourir sur le lit, pendant mon sommeil.
Pas de ça ! On cherche une maîtresse, pas un médecin légiste. File sous la douche. Va falloir en prendre deux fois par jour. Tu mas assez asphyxiée, ne va pas intoxiquer une innocente. Et tu te brosseras les dents matin et soir désormais ! crie-t-elle déjà depuis lautre pièce. Et lave-toi bien la tête, aujourdhui on va faire une séance photo.
Une séance photo ?
Pour un profil sérieux sur un site de rencontres. Je ne peux pas prendre une vraie photo, parce que je te connais par cœur et à travers lobjectif, on ne verrait quun grutier, un roi de la bière ou un accro aux pâtes au beurre. Ce quil nous faut, cest capturer un vrai « mâle alpha ».
Clémence, ça suffit, tu ne crois pas ?
Garde tes mots doux pour les oreilles féminines, on y est presque ! Allez, sélectionnons une candidate.
Là, Paul retrouve un peu le moral : il aime bien, pour samuser sans risque, surfer sur les profils de rencontres ; aujourdhui, il a le droit officiel de le faire. Il se met à faire défiler les photos.
Celle-ci, peut-être ?
Tu plaisantes, non ?
Quoi, elle ne va pas ?
Paul, la maîtresse de mon mari doit me faire honte pour moi, pas pour toi ! Regarde-la ! Même ta vieille Clio était plus désirable avant la casse. On pourrait létiqueter : « Prudence, risque de décollement de façade ».
Bon, celle-là alors.
« Ça » ? Tu voulais dire ? Pauvre de moi, comment je regarderai nos amis en face si mon mari me trompe avec une « nimporte qui » ? Tiens, regarde celle-ci, parfait !
Mais jamais dans ma vie une fille pareille ne me répondra
Alors ça, cest terrible, ce manque de confiance. Pourquoi je tai choisi ? Quest-ce qui ma séduite pour quon tienne quinze ans ?
Mon humour ? tente Paul.
Soyons honnêtes : si le rire prolongeait vraiment la vie, avec tes blagues, tu aurais été veuf avant la fin du voyage de noces. Inutile de provoquer le destin : allons tacheter un vrai costume, on pêchera la maîtresse au vif.
Ça suffit Clémence, on pourrait peut-être faire la paix ?
Mais qui a dit quon était fâchés ? Avoir une maîtresse, cest la signature dun homme de réussite. Quant à la femme dun homme de réussite, cest aussi un statut. Dailleurs, pourquoi se limiter à une seule maîtresse ?
Au centre commercial, Clémence traîne Paul dans la boutique la plus chère. Ils dépouillent tous les mannequins.
Clémence, ce pantalon et cette veste coûtent autant quun train de pneus neige, proteste Paul en glissant dans la cabine.
Aucun problème, on tachètera des pneus en pharmacie, été ou hiver, mais double protection obligatoire ! Pas de mauvaises surprises à la maison.
Clémence !!!
Quoi ? La sécurité avant tout. On ne choisit pas une trottinette, on rajoute un côté à notre triangle amoureux. Dailleurs, tu as appelé ton chef ?
Pourquoi faire ? senquiert Paul, ajustant la veste.
Pour largent, forcément. Il te faut une augmentation, non ? Comment tu vas faire pour entretenir deux femmes avec ton salaire ? Moi, je mangerai de la soupe, mais la maîtresse, tu oublies. Il faut un dîner, trois verres de vin, cinq étoiles à lhôtel si tu grattonnes sur un, tout sécroule.
Paul ajuste cravate et veste.
Magnifique, comme le jour de notre mariage, pouffe Clémence, émue.
Il vous va très bien, approuve la vendeuse dà côté.
Vous voulez quon vous lemballe ? Mon mari cherche une maîtresse, vous savez.
Non merci, jai déjà un amant, affiche-t-elle sans gêne, trois même.
Paul, pas question dune comme ça, gronde Clémence, il nous faut du sérieux, solide comme un compte externe où on peut transférer des fonds en toute sécurité. Allez, parfumerie ! Un nuage de parfum, et tu peux prendre ton envol.
Ils arpentent le centre commercial une heure de plus, jusquà ce que Clémence hoche la tête, satisfaite.
Voilà, Paul, tu es prêt. Même sans la photo. Va, souviens-toi de tout : sois persévérant, élégant et sûr de toi, comme le jour où tu as vendu la Clio.
Clémence retourne préparer la soupe, et Paul se lance dans la jungle, cherchant la maîtresse pour laquelle on la préparé toute la journée, dur labeur.
Une heure après, la sonnette résonne dans lappartement.
Bonjour, charmante dame. Votre mari est-il à la maison ? Une voix, inconnue, profonde, brûlante, fait vibrer chaque fibre de Clémence et même le grésillement de linterphone ajoute au suspense.
Oh ! sursaute Clémence, laissant tomber sa louche, bouleversée. Non, il est parti voir sa maîtresse.
Laissez-moi entrer, jai quelque chose à vous proposer.
Terrassée par la chaleur de cette voix et la promesse sous-jacente, Clémence pense attraper du paracétamol, puis se ravise et appuie trois fois sur la gâchette. Paul pousse la porte trois minutes plus tard, un imposant bouquet rouge à la main. Il attire doucement Clémence par la taille. Dans létroit couloir, il fait soudain très chaud.
Tu as pleuré ? sétonne Paul en voyant les yeux de sa femme.
Juste un peu. Jai pensé avoir tout gâché, maintenant je comprends quil fallait du bois sec pour rallumer le feu.
Alors, vous accepteriez, en ce cas, de passer la soirée avec un homme fascinant et passionné ? Il y a dans les yeux de Paul une lueur animale, et peut-être cinquante grammes de cognac pour le courage. Je vous invite au restaurant, histoire de vous conter une histoire incroyable sur votre beauté. Promis, cest du réel, mais vous allez adorer.
O-oui, balbutie Clémence, riant à moitié, il faut juste que je retire la soupe du feu, et que je me mette un peu de mascara.
Je commande un taxi ? propose Paul.
On va où ? Clémence sourit bêtement.
Un cinq étoiles !
Il ny en a pas ici Juste des pizzerias « cinq fromages ».
Alors ce sera là. Pour ma maîtresse, seulement le nec plus ultra.
Et votre femme, elle ne sera pas jalouse ?
On fera tout pour quelle le soit, rétorque Paul avec un clin dœil plein de malice.







