Votre mari est le père de mon fils.
Avec ces mots, une femme inconnue coupa le calme déjeuner de Clémence. Sans aucune gêne, la visiteuse prit place juste en face delle, attendant une réaction, nimporte laquelle.
Et quel âge a votre petit ? répliqua Clémence avec le calme dune nonchalance désarmante, comme si les révélations de ce genre faisaient partie de sa routine quotidienne.
Huit ans, répondit sèchement la femme, prénommée Sylvie. Ce nétait pas du tout la réaction attendue ! Où étaient lindignation, laccusation de mensonges, le regard de mépris quelle avait anticipés ?
Magnifique, murmura presque Clémence, un sourire imperceptible effleurant ses lèvres avant de se replonger dans sa tarte aux cerises préférée, celle du salon de thé où elle venait chaque semaine. Cela ne me concerne en rien. Artur et moi sommes mariés depuis seulement trois ans. Tout ce qui précède, franchement, mindiffère. Une seule question toutefois Artur est-il au courant ?
Non, Sylvie sappuya contre le dossier, visiblement contrariée. Mais cela na aucune importance ! Je vais réclamer une pension et il paiera, cest clair ?
Évidemment, il paiera, concéda Clémence sans sourciller. Mon mari adore les enfants. Sil lavait appris plus tôt, il aurait sans doute voulu sinvestir dans la vie de votre fils. Dailleurs, comment sappelle-t-il ?
Gaspard, lâcha machinalement Sylvie avant de froncer les sourcils. Cela ne te fait rien que ton mari ait un fils ailleurs ?
Encore une fois, tout ce qui date davant notre mariage ne me touche pas, laissa tomber Clémence, son sourire doux sans faiblir. Je savais très bien en épousant Artur que ce nétait pas un adolescent innocent. Un homme de trente ans a eu des histoires Ça me glisse dessus. Lessentiel, cest que je sois la seule aujourdhui.
Très bien, on se verra devant le juge. Prépare-toi à sortir les euros, jexigerai tout ce que la loi doit à mon fils.
Sylvie se leva brusquement, laissant derrière elle un sillage de parfum entêtant qui força Clémence à retenir une grimace. Une telle intensité On aurait dit que la moitié du flacon sétait répandue sur elle.
Quelle essaie donc, murmura Clémence, finissant la dernière bouchée de sa tarte, philosophe. Jespère quelle appréciera la nouvelle : le salaire déclaré dArtur plafonne à trente mille euros par an. Lentreprise est au nom de son père. Et il soccupe de sa mère malade, dailleurs. Elle ne récoltera que des miettes.
Clémence eut soudain une pointe de compassion pour cet enfant. Peut-être devrait-elle leur rendre visite. Comprendre leur vie. Et pourquoi pas trouver un compromis, une somme décente pour lenfant, chaque mois.
Mais seulement si Gaspard était réellement le fils dArtur. Elle en avait vu dautres
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Le test ADN fut expédié en quelques jours. Largent lève bien des obstacles. Le verdict ne se fit pas attendre : Gaspard était bien le fils dArtur.
Le garçon, cependant, troubla Clémence. Un calme pesant, une réserve inquiétante. Aucun enfant de huit ans ne devrait rester ainsi, muré dans le silence, pendant près dune heure et demie, sans regarder autour, sans réclamer un dessin animé, sans se faufiler dans les couloirs Rien de rien. Pas le moindre geste de gamin impatient.
Étrange. Plus que jamais, Clémence était décidée à rendre visite à ce nouveau membre de la famille.
Immeuble sécurisé, quartier chic de Lyon. Concierge à lentrée, deux pièces bien refaites, décoration raffinée
Clémence nota tout sans pouvoir sempêcher de se demander comment une femme vivant ainsi pouvait sans cesse se plaindre du manque dargent.
Laudience est dans une semaine, grogna Sylvie, ouvrant la porte à peine poliment, on aurait pu attendre ce jour-là.
Je voulais découvrir Gaspard. Artur souhaite vraiment trouver sa place dans sa vie. Peut-être laccueillir certains week-ends Quand le lien sera établi.
Personne ne lui donnera ! coupa Sylvie sur la défensive.
Un juge peut trancher, répondit Clémence, égalant la froideur de lautre. Artur est le père, il y a droit. Je ne vois dailleurs aucun jouet
Je nai pas de sous à gâcher pour ces choses-là, cracha Sylvie. Déjà que je peine à lui acheter des vêtements, alors les jouets !
Sérieusement ? Clémence balaya la pièce du regard : le sac de marque posé fièrement sur la table, les vêtements griffés jetés sur le canapé, la trousse de maquillage luxueuse sur la coiffeuse Vous prétendez manquer dargent ?
Je suis encore jeune ! Je veux refaire ma vie et ce ne sont pas tes affaires !
Et pendant tes rendez-vous, il reste seul ? insista Clémence, commençant à saisir la raison de la tristesse silencieuse de Gaspard.
Il nest plus un bébé, il sait rester sage seul. Dautres questions ? Sinon, à très bientôt devant le juge !
Je demanderai que chaque euro soit justifié et alloué à lenfant, lâcha Clémence en refermant derrière elle. Ce quelle venait de voir la révoltait profondément. Jai comme limpression que tu naimeras pas la décision finale, Sylvie
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le tribunal a décidé daccepter partiellement la requête de Sylvie Lefèvre. Reconnaître quArtur Martin est le père légal de Gaspard Lefèvre. Ordonner à létat civil de modifier en conséquence lacte de naissance. Refuser la demande de pension alimentaire au profit de Sylvie Lefèvre. Accepter la contre-demande dArtur Martin pour la résidence principale de Gaspard
Un sourire satisfait étira les lèvres de Clémence : elle avait obtenu ce quelle voulait. Gaspard viendrait vivre avec eux. Certains la condamneraient peut-être, lui reprochant darracher un enfant à sa mère. Mais cétait la seule décision juste. Les voisins, tous, racontaient que Sylvie hurlait fréquemment sur son fils, le frappait parfois sans témoin, quelle ne laimait guère. Même la psychologue scolaire avait recommandé léloignement immédiat. Les enseignants et même les anciens animateurs de loisirs lavaient confirmé.
Désormais, Gaspard aurait sa propre chambre, de la lumière, des jouets à foison, un ordinateur Mais surtout, lamour, sincère, que portent déjà Artur et Clémence à cet enfant adorable, qui na connu jusquici quindifférence et solitude.







