Marine Dupont regarde son téléphone, la voix de sa fille Capucine tremblante à lautre bout du combiné. «Maman, je peux venir chez toi?» lance la petite, les larmes déjà prêtes à couler.
Marine, bien que surprise, accepte sans hésiter. Elle rappelle à Capucine que la maison est aussi la sienne, elle na même pas besoin de demander.
«Je pensais que tu serais contre, vu quon vit maintenant chez papa», bafouille Capucine.
«Peu importe où tu habites, tu restes ma fille. Stéphane sera avec nous?», répond la mère.
Capucine hoche la tête, puis, dune voix presque étouffée, explique que la situation est bien pire que ce que le téléphone laisse entendre.
«Tout le monde est sain et sauf?» demande Marine.
«Oui», répond la fille.
Alors, Marine invite Capucine à se rendre immédiatement à la maison, curieuse de connaître la raison de son appel. Elle imagine les pires scénarios: maladie, dispute avec le père, ou encore une chute dans le chaos quotidien. Mais rien ne lempêche despérer que ce ne soit pas si grave.
Capucine arrive, le visage pâle, et lâche : «Maman, je ne comprends pas, on utilisait toujours la contraception, et» balbutie-t-elle. Stéphane, assis à côté delle, caresse son épaule en lançant un regard micomplice, midésolé, comme un chiot qui vient de faire une bêtise.
Marine soupire intérieurement. Elle se souvient de toutes les consignes inscrites sur les emballages des préservatifs: même avec un taux déchec dun sur mille, il faut parfois accepter que «lon sest laissé prendre».
«Ce nest pas un problème insurmontable, Capucine. Où en estu dans ta grossesse?», demande la mère.
«Dix semaines déjà. Comment naije pas remarqué?Je pensais que mon retard était à cause dune rougeole, mais ça ne colle pas.», répond la jeune fille, les yeux rouges.
Marine intervient rapidement. «Une infection, le stress des exams, ou même rien du tout peuvent décaler le cycle. Quand on utilise des préservatifs fiables, la première chose qui vient à lesprit nest pas de blâmer la contraception.»
Stéphane, un peu embarrassé, ajoute dune voix sèche : «Nous navions pas prévu davoir un enfant maintenant, nos vingtneuf ans, pas de diplôme, pas de travail stable. Si on attend quelques années, on pourra tout planifier. En ce moment, même trouver un logement décent serait un miracle.»
Marine, inquiète, pousse la réflexion plus loin. «Tu savais que tu ne pouvais pas porter une grossesse maintenant, non?Ta santé ne le permet pas, surtout après ce que tu as vécu au premier trimestre.»
Capucine acquiesce : «Je navais pas lintention dabandonner le bébé, mais Papa a perdu la tête quand il a appris. Il criait que sil ny a pas de petitenfant, il nest plus mon père, et il invoquait la religion pour justifier son rejet.»
Marine répond dun ton mordant : «Avant la légalisation de lavortement, les jeunes femmes comme toi devaient recourir à des méthodes dangereuses, perdant santé et chances dêtre mères. Ce nest pas une excuse. Son exmari ne pouvait pas te traiter ainsi.»
Stéphane tente de détendre latmosphère. «Je je ne veux pas que ça senvenime davantage.»
Marine, ferme, rappelle les faits : «Il a démissionné, il a erré chez moi pendant un an et demi, puis il a demandé le divorce. Jai découvert sa grossesse bien après le dépôt du dossier de divorce. Jai tout entendu, même le test quil a trouvé dans la poubelle de la salle de bains.»
Capucine explique que lorsquil a découvert la nouvelle, il sest mis à crier, à menacer de tout ruiner. Elle ajoute : «Je nai pas pu le convaincre, il a promis des choses que je nai jamais vues se réaliser.»
Marine, résignée, conclut : «Vous restez ici tant que vous avez besoin dun toit, même si cest étroit. Vous finirez vos études, vous trouverez un petit boulot, et vous partirez quand vous serez prêtes. Quant à Olivier, je le confronterai dès que je le verrai.»
Le lendemain, Olivier se présente à la porte, furieux, essayant de forcer Marine à prendre son parti. Il lance des arguments religieux, puis, en colère, crie : «Tu as ruiné mes efforts, tu as détruit ma chance davoir un petitenfant!»
Marine, implacable, réplique : «Jai divorcé de toi parce que tu ne respectais plus nos projets, pas à cause de tes discours moralisateurs.»
Elle le renvoie dun ton glacial, et il séloigne, furieux, tandis que Capucine et Stéphane, soutenus par Marine, décident de poursuivre leurs études, de travailler à mitemps et de quitter le petit appartement dès quils le pourront. Elles savent quelles nont plus besoin dune famille déformée, seulement dun avenir stable et dune vraie liberté.







