Désormais, vous aurez enfin votre propre enfant, alors il est temps de ramener cette petite au foyer : quand donc mon fils aura-t-il enfin un héritier ? – Madame Dubois posa un regard irrité sur sa belle-fille assise à table…

Quand est-ce que mon fils aura enfin un héritier? sagaça Françoise Delacroix en jetant un regard mauvais sur sa belle-fille assise à table.

Vous savez aussi bien que moi quon essaie depuis trois ans davoir un enfant, répondit Camille, lasse. Chaque rencontre tournait au même interrogatoire. Que pouvait-elle faire de plus ? Les médecins affirmaient quaucun problème nexistait, ni chez elle, ni chez Pierre.

Justement, voilà trois ans de mariage et toujours rien, gloussa sèchement Françoise. Tu nas pas eu une jeunesse très sage, jimagine…

Madame Delacroix, à quoi riment ces insinuations? sindigna Camille, refermant brusquement son ordinateur portable. Impossible de travailler dans lambiance actuelle. Je vous demande darrêter de me parler ainsi !

Et sinon quoi ? Tu vas aller te plaindre à Pierre ? Tu crois quil me désavouerait, moi, sa mère ?

Camille lui répondit par une porte claquée. Bien sûr, elle ne comptait rien raconter à Pierre, non par crainte quil prenne le parti de sa mère, mais simplement pour ne pas lattrister.

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Camille navait jamais réussi à sentendre avec sa belle-mère depuis leur première rencontre. Françoise critiquait tout : son allure jugée trop simple, son style vestimentaire, sa cuisine La liste était interminable. Elle avait tenté de dissuader Pierre de cette union, mais heureusement, celui-ci avait su se montrer ferme.

Le mariage fut célébré. Françoise semblait sêtre un peu calmée, dautant plus que les jeunes mariés avaient trouvé un appartement loin du domicile parental.

Mais six mois plus tard, vilain refrain : toujours pas denfant ? Les reproches recommencèrent de plus belle.

Au début, Camille plaisantait : on est jeunes, profitons un peu, faisons carrière Mais Françoise nen démordait pas : il fallait un enfant au plus vite, et pourquoi pas plusieurs.

Camille céda, soumise à la pression. Hélas, trois ans dexamens médicaux et de traitements se soldèrent par un échec.

Un médecin suggéra que le problème pouvait venir du stress de Camille. Françoise sen moqua ouvertement, recommandant simplement de changer de médecin.

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Après une énième dispute, Camille tenta doublier ses soucis en défilant mécaniquement sur son fil dactualité. Les photos denfants lui serraient toujours le cœur, désirant plus que tout un enfant pas pour satisfaire sa belle-mère, non, mais pour elle-même.

Son attention fut attirée par le témoignage dune femme travaillant dans un foyer denfants. Il y avait tant denfants privés de parents

Camille réfléchit. Serait-elle capable daimer un petit adopté? Limage dun bébé souriant, tendant ses bras vers elle, la hanta. Résolue, elle commença à se renseigner.

Certes, la paperasse était conséquente, les démarches, longues et fastidieuses, mais lenvie davoir un enfant surpassait tout.

Restait à obtenir laccord de Pierre. Camille, anxieuse, fut surprise de le voir accepter sans hésiter à condition que lenfant vienne de la pouponnière. Marché conclu.

Quelques mois plus tard, une petite fille entrait dans leur vie: la douce Mélisande, âgée de cinq mois. Tous deux ladorèrent immédiatement. Seule Françoise Delacroix protesta, mais personne nécouta plus ses jérémiades; Pierre menaça même de déménager loin si sa mère ne se calmait pas. Françoise dut faire semblant, en public, dadorer sa petite-fille.

Sept ans passèrent. Mélisande terminait son CP, entourée damis. Gentille, appliquée, Camille était fière de la fillette.

Lété, la famille partit sur la côte basque. Soleil, vagues, sable blanc le bonheur. Dautant que Françoise, restée à Lyon, ne pouvait ternir lambiance.

Mais en fin de séjour, Camille se sentit mal. Elle nen dit rien, ne voulant inquiéter personne. À leur retour, elle fonça à lhôpital.

Pierre, bien quoccupé, remarqua vite que son épouse nallait pas bien et insista pour rentrer, promettant de revenir en vacances lhiver suivant. Camille céda.

Le diagnostic les surprit : Camille attendait un bébé. Une joie immense. Mélisande, ravie, se voyait déjà responsable et grande sœur.

Françoise Delacroix ne lapprit que deux mois plus tard, quand la grossesse devint impossible à cacher. Profitant dun moment où Camille était seule, elle débarqua.

Je ne te demanderai pas pourquoi tu ne las pas dit plus tôt, annonça-t-elle demblée, mais jai une question.

Laquelle? Camille eut un mauvais pressentiment.

Quand comptez-vous rendre Mélisande à lassistance? Maintenant que tu vas avoir votre vrai enfant, il serait temps de rendre lautre.

Camille blêmit. Comment pouvait-on dire une telle chose? Comment parler ainsi dune enfant qui faisait corps avec leur famille?

Vous êtes sérieuse?

Parfaitement, renchérit Françoise, le regard fixé sur elle sans desserrer les lèvres. Cest pour quand?

Sortez dici, gronda Camille, peinant à ne pas la pousser dehors. Et ne remettez plus jamais les pieds chez moi!

Elle éjecta la visiteuse tout en tentant de retrouver son calme. Prévenir Pierre? Un rendez-vous professionnel crucial lattendait, mais il faudrait bien finir par lui parler.

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Ulcerée, Françoise fila droit au bureau de Pierre. Ignorant la secrétaire, elle fit irruption dans son bureau.

Ta précieuse épouse ma jetée dehors ! Comme une vulgaire inconnue !

Salut maman et quest-ce que tu as bien pu lui dire pour quelle en vienne là? soupira Pierre.

Jai seulement demandé quand vous ramèneriez cette gamine à la DDASS. Puisque vous allez avoir votre vrai enfant maintenant, vous allez avoir besoin de toute votre énergie et de votre argent !

Mais comment peux-tu? Le poing serré, Pierre brisa son stylo. Il est hors de question de priver Mélisande de sa famille. Que tu lacceptes ou non, elle est ma fille!

Et elle le serait en quoi? Ce nest quune adoptée. Déjà grande. Elle comprendra si on lui explique.

Interdiction formelle de lui dire quoique ce soit! cria-t-il en frappant la table. Ai-je été clair?

Et comment comptes-tu men empêcher? siffla-t-elle, quittant la pièce. Cette fille na pas sa place ici. Et jy veillerai.

Pierre contempla la porte close. Sa secrétaire, embarrassée, sexcusa davoir laissé entrer Françoise, mais il ny fit même pas attention. Comment protéger les siens? La décision fut vite prise, il saisit son téléphone

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Camille arpentait lentement le parc, observant Mélisande qui jouait avec son petit frère dun an. La fillette prenait son rôle de grande sœur très au sérieux.

Sur un banc, deux femmes bavardaient de leur belle-fille respective. Les pensées de Camille ségarèrent vers Françoise.

Depuis cette visite, elles ne sétaient plus jamais revues. En moins dune semaine, Pierre avait fait déménager la famille, loin de Lyon seul moyen doffrir la paix à Mélisande, par crainte que Françoise dévoile ses origines à tout le quartier.

Désormais, leur vie était paisible : une adorable fille, un petit garçon, bientôt un troisième enfant viendrait agrandir la famille.

Pierre gardait des nouvelles du père, apprenant que sa mère navait pas changé; elle sen prenait désormais à la fille qui venait tout juste de se marier. Pierre de son côté plaignait sa sœur, mais elle semblait supporter cette attention maternelle.

Chacun mène sa vie. Aujourdhui, en voyant les siens, Pierre se sentait pleinement heureux et il souhaitait à tous la même chance.

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Désormais, vous aurez enfin votre propre enfant, alors il est temps de ramener cette petite au foyer : quand donc mon fils aura-t-il enfin un héritier ? – Madame Dubois posa un regard irrité sur sa belle-fille assise à table…
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